8 mars, journée de la femme, journée de colère

zep-odeaux-poils
Share on FacebookTweet about this on TwitterShare on LinkedInShare on Google+Email this to someone

8 mars. Journée de la femme youpi !!!

Mon épicier m’offre une rose. J’ai les nerfs en pelote, envie d’exploser. Ma radio, le journal dans le métro, les commerçants… Tout le monde s’y met.

Alors, juste je peux appuyer sur pause? Je ne veux pas me la jouer chiante, surtout pas gâcher cette précieuse parce qu’unique journée. Mais quand même LA femme, quel joli mythe les amis. Il me semble que LA femme, comme LE jeune, L’homosexuel et autres étiquettes pleines de stéréotypes ne sont que prismes réducteurs. Et puis je me demande comment on a pu transformer si facilement un jour de lutte international pour les droits des femmes en insipide et stupide fête de la femme.

Enfin, je ne me le demande qu’à moitié… Les 8 mars sont des jours de colère, de tension. Des jours où j’ai envie de crier au monde qu’égalité formelle n’est pas égalité réelle, que je ne suis pas une minorité (et quand bien même!), et que je suis un sujet de droit équivalent à mon voisin.

Ces jours là valent pour tous les autres que je vis, les 364 autres. Ceux où en rentrant chez moi je me fais emmerder parce que femme et en jupe. Ceux où autour de moi au boulot je ne croise que des hommes, blancs, 50 ans minimum, des chaussures pointues et brillantes. Ceux où on me reproche de ne pas procréer à mon âge et dans « ma condition ». Ceux où on me protège un peu trop, comme si j’étais mineure. Ceux où la pharmacienne refuse de me vendre la pilule du lendemain, prenant mon ventre en otage. Ceux où on se marre à mon arrivée parce qu’une nana n’est pas censée se comporter comme ça…

Tous ceux où je refuse douceur et autres caractéristiques soi disant féminines pour mieux résister. Ces situations qui n’arrivent que parce que femme, contre lesquelles il faut apprendre à se protéger. Ces moments où il faut gérer la peur et surtout la rage.

Ironie absolue que d’exiger des femmes qu’elles s’échangent des trucs d’autodéfense, baissent le regard pour ne pas provoquer, s’enlaidissent pour leur sécurité plutôt que de faire le choix d’éduquer l’autre moitié de l’humanité. Ironie ou cynisme à ce stade ?

Jusque-là le 8 mars c’était ça pour moi. Une sombre où je rabâche mon discours féministe et où on est douze en manif comme d’hab. Et puis,l’Etat de l’autre côté des Pyrénées a fait un bond géant en arrière pour reprendre le contrôle sur les utérus des espagnoles. J’ai été heurtée par la violence de cet acte politique assumé. La Suisse m’a ensuite fait peur. Les discours traditionalistes et fascistes entendus en Europe m’ont terrorisée. Il y a encore deux ans quand je me disais féministe, que les gens me demandaient pourquoi encore ?, je répondais que si les formes avaient bougé, les structures elles étaient toujours là, que l’oppression spécifique aux femmes n’avait pas cessé. Aujourd’hui, plus que jamais nous en avons la preuve et devons rester en alerte et en lutte permanente.

Aujourd’hui plus que jamais je vais continuer à sortir, occuper l’espace urbain, m’habiller comme je veux, refuser d’être mère, soutenir les regards, contester les normes et lutter pour nos droits.

Des fois je me dis que le jour où on sera plein dans les rues la nuit, le jour où on aura plus ni peur ni colère, le jour où nos corps ne seront plus des instruments mais bien des outils politiques, ben… J’arrêterai peut-être mais on y est pas!
Zaza, 30 ans, Toulouse
Crédit photo Flickr CC Jes

Share on FacebookTweet about this on TwitterShare on LinkedInShare on Google+Email this to someone

RÉAGIS