Camille C.

Camille C.4 avril 2016 4 mn

Camille, 25 ans, future assistante sociale, amoureuse des volcans et marseillaise d'adoption ! Toujours à la recherche d'une belle photo même sans appareil sous la main, apprécie le silence mais aussi toutes les formes de musique ! Participe au projet Kaps de l'Afev à Air Bel dans Marseille ! Croque la vie avant qu'elle ne te croque ;-) Nourrit une passion pour les nashis depuis ma plus tendre enfance ;-)

Assistant.e social.e, stop aux clichés !

Donne-moi des sous ! Voleuse d'enfant ! Baba cool ! Autant de cliché sur les assistantes sociales que Camille subit au quotidien et tente de corriger.

Par Camille C.4 avril 2016 4 mn

Selon à qui vous demandez, vous aurez droit tour à tour aux divers stéréotypes à propos des assistant.e.s social.e.s qui ont la vie dure. J’ai moi-même un peu de mal avec le terme « assistant.e ». Ma vision de ce travail n’est pas d’assister mais plutôt d’accompagner des gens qui, à un moment de leur vie, ont éprouvé le besoin d’être « aidés » sur un aspect de leur vie qu’ils n’arrivaient pas à résoudre par eux-mêmes. Nous n’assistons pas, nous ne faisons pas « à la place de », mais nous agissons pour rendre ces personnes autonomes.

Je viendrai te voir, tu me fileras des sous !

Revenons-en aux clichés. Celui qui revient le plus souvent, c’est le tiroir-caisse. Beaucoup de gens viennent avec une demande purement monétaire. Mais nous faisons tellement d’autres choses, bordel ! Certes, nous faisons beaucoup pour permettre aux personnes d’accéder à ce à quoi ils ont droit, mais personnellement, si j’avais voulu être un tiroir-caisse, je serai devenue banquière, et aux dernières nouvelles ce n’est pas l’intitulé de mon diplôme.

Lorsque j’ai annoncé à mes amis mon entrée en formation d’assistant.e de service social, j’ai eu droit à un ballet de clichés : « Oui, comme ça je viendrai te voir, tu me fileras des sous. » Non mais ça va pas ? Si tu veux des sous, tu te lèves et tu vas bosser, comme tout le monde, comme moi. Oui, car une assistante sociale n’est pas une bénévole, elle a choisi ce métier dans l’optique de travailler avec les gens, dans leur quotidien, pour les aider à gagner en autonomie, mais aussi pour remplir le frigo et vivre, comme tout le monde.

Un autre cliché que l’on entend souvent : les assistantes sociales, elles sont toujours derrière le bureau, à remplir des dossiers à longueur de journée ! Certes, c’est une partie du travail, il ne faut pas le nier, mais on va aussi chez les gens, on participe à des réunions entre partenaires de l’institution où l’on travaille, on va boire un café pour prendre des nouvelles d’un « usager » (même ce terme me pose question : cela voudrait dire que c’est une personne qui use d’un service), on peut jouer avec des enfants… La liste est encore longue !

Encore un autre cliché, inséparable du métier : voleuse d’enfants ! Il paraîtrait que nous allons dans des familles, arbitrairement, et que nous leur retirons leurs enfants pour les mettre dans des foyers où ils seront malheureux. Il n’y a rien de plus faux ! La décision de retirer des enfants à une famille n’est pas uniquement celle de l’Assistante sociale mais celle de toute une équipe. C’est aussi un dernier recours, quand tous les autres moyens ont échoué. Ce n’est jamais fait de gaieté de cœur, mais c’est souvent essentiel pour éviter des drames dont nous entendons parfois parler aux infos.

Vous savez à quel point ça peut être dur à vivre ?

Ce que les médias omettent souvent, par contre, ce sont les agressions verbales ou physiques que les travailleurs sociaux peuvent subir. C’est parfois très violent, c’est pour cela que ce métier use. Parce qu’il est en prise directe avec l’humain, qu’il exige que l’on sorte nos tripes parfois, qu’on se torture les méninges pour trouver des remèdes dans des situations complexes et que… la réponse que l’on apporte ne va pas toujours aux gens. Vous est-il déjà arrivé de devoir dire à quelqu’un en grande détresse que vous n’avez pas de solution pour lui ? Qu’il va devoir continuer ailleurs, parce que vous ne pouvez pas lui proposer ce qu’il attend de vous ? Vous avez une petite idée d’à quel point ça peut être dur à vivre ? Pour l’un comme pour l’autre ?

Parce que, malgré le fait qu’on en rêve toutes et tous, nous n’avons pas de baguette magique. Les réponses ne tombent pas toutes cuites dans notre panier. Nous avons beau être des pros de l’administration, nous connaissons toutes les stratégies pour obtenir des choses que d’autres pensaient impossible d’avoir, nous avons beau faire de notre mieux, nous restons des humains, face à des humains, et il arrive que tout craque, qu’on ne puisse plus, qu’on n’ait plus de solutions.

Un dernier cliché et je vous lâche : soit nous sommes des baba-cools je-m’en-foutiste, soit nous sommes des coincés du cul en tailleur strict. Je dois avouer, depuis que j’ai commencé ma formation, je n’ai croisé absolument aucun de ces deux spécimens, ni même jamais entendu parler. Alors je ne sais pas trop d’où ils sortent ! Si vous pouviez m’éclairer… Dans mes stages, j’ai le plus souvent croisé des gens biens et droits dans leurs bottes, avenants et prêts à beaucoup pour faire leur travail au mieux, qui se défoncent pour proposer un accompagnement digne et respectueux, au rythme des gens, fondé sur ce qu’on peut leur apporter et ce que eux peuvent nous apporter.

Le travail social, c’est …

Apporter des jouets à un enfant qui pleure en réunion.

Prendre un café avec une personne accompagnée pour prendre de ses nouvelles.

Sourire à l’accueil.

Etre conscient que tout n’est pas réparable.

Travailler avec l’imperfection, les nôtres et les leurs.

Se prendre la tête sur des complexités administratives.

Attendre des heures au téléphone pour obtenir un renseignement, un lit pour la nuit…

Converser avec des enfants, jouer avec eux.

Prendre le temps d’écouter et de conseiller les gens accueillis.

Organiser au mieux leur sortie du dispositif pour qu’ils prennent leur envol.

Un échange entre deux (ou plus !) humains qui, chacun à leur manière, peuvent apporter beaucoup l’un à l’autre.

Des petits moments qui font de grands bonheurs quand on y repense et que tout va mal.

Tellement de choses qui font le quotidien et auxquelles je ne pense pas de suite mais… la liste est encore longue !

 

Camille Cohendy, 25 ans, étudiante à Marseille, originaire de Clermont-Ferrand

Crédit photos Camille Cohendy

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12 réactions

  1. Très bien, beau témoignage. Juste une précision : assister ne signifie pas « faire à la place », mais aider, secourir, accompagner. Etymologiquement, assister vient de « ester », qui signifie d’abord « se tenir debout » : assister c’est soutenir, aider quelqu’un à se tenir debout. C’est le terme « assistanat », tardif (XXème siècle) qui vient faire dévier le sens, mais « assistant social » c’est être « accompagnant social », c’est tout faire pour que les personnes puissent rester debout. C’est pourquoi je préfère provoquer et affirmer : « Vive l’assistanat ! » (dans « Le Monde ») :
    http://lemonde.fr/idees/chronique/2011/06/10/vive-l-assistanat_1533591_3232.html

  2. J’ai partagé votre texte sur Facebook et sur des groupes FB de travailleurs sociaux et étudiants du secteur.

  3. « La décision de retirer des enfants à une famille n’est pas uniquement celle de l’Assistante sociale mais celle de toute une équipe. » Euh… c’est pas surtout la décision d’un juge ?

  4. Oh ben !! Je viens de répondre comme vous, sans avoir vu votre commentaire !! Lol

  5. Le juge il est mis au courant par qui? C’est pas le juge qui se réveille un matin et qui dit : tiens je vais choisir une maison au hasard et je vais lui retirer l’enfant.

    L’AS et l’équipe pluridisciplinaire établissent une demande auprès du juge, pour que le juge prenne sa décision il doit s’en remettre au rapport de l’équipe… donc sans l’équipe le juge ne sait pas prendre de décision

  6. C’est la décision du juge mais sur base d’un dossier monté par une équipe composée d’AS et d’autres personnes. L’équipe a donc un certain pouvoir

  7. Non pas forcément cela peut être un placement administratif par le Conseil Départemental, d’où évaluation de l équipe du service enfance

  8. Si évidemment c’est le juge qui prend la décision, sauf que c’est pas le juge qui suit la famille, va à domicile, observe, écoute, évalue, présente la situation à l’équipe, y pense de retour à la maison, la nuit, en priant le ciel que le gamin ne soit pas trop « abîmé », qui se pose plein de questions, a plein de doutes sur ce qu’il va préconiser au juge… celui ou celle qui fait tout ça c’est l’assistant(e) social(e).

  9. Un joli texte , bien écrit. .. Je m’y retrouve encore, après 13 ans à l’ASE et 15 ans de diplôme. ..
    Juste un petit bémol sur le  » voleuse d’enfant « : la décision de signaler à la justice est une décision d’équipe. .. mais la décision de placer n’appartient qu’au juge des enfants ou procureur … Nous n’avons pas ce pouvoir de décision. .. bien qu’il faille aussi avoir conscience du pouvoir dont nous disposons … et y travailler avec humilité. .. bref, nous ne sommes que les exécutants de la décision judiciaire. ..

  10. Hello Camille,
    J’suis entièrement d’accord avec toi et je te remercie pour ton témoignage.
    Etudiante en 2ème année de formation, tout ce que je viens de lire me fait écho. Je n’ai qu’une chose à ajouter : C’est à nous d’optimiser nos pratiques afin de fermer le clapet des clichés ! Restons humbles, restons humains, bref, soyons heureux dans notre métier !

  11. Le titre  » AssistantE sociale » stop aux clichés. Et que fait-on des hommes qui exercent cette profession ?

  12. Mea culpa ! Cela nous avait échappé, victimes nous aussi des clichés!
    C’est corrigé.
    La rédac de la ZEP