Quand je rentre de mission humanitaire…

Robin
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Hier N’Djamena, le confinement, les attentats, les semaines de 80 heures, les deux paquets de cigarettes par jours, toutes les soirées alcoolisées qui vont avec pour vous aider à tenir le coup.

On a des vies super… de mecs tout seuls

Comme on dit, il faut savoir rentrer. Après un an parti en opération, je me retrouve à devoir rentrer en France. J’aurais pu rester, au bout d’un moment le corps ne tient juste plus. Soirée d’adieu à N’Djamena, tout le monde est là, on a même un ambassadeur, trop la classe. Barbecue, soirée thème années 80, tout le monde est là, tout le monde oublie et s’oublie. J’avais rêvé et fantasmé sur mon départ de cet endroit, un retour à la vie normale et en fait, c’est le contraire qui s’est passé, je suis triste, à mort.

Après neuf mois, cet endroit que j’avais tant de mal à apprécier était devenue ma maison. Le concept de maison, de foyer, le « home sweet home », est en fait super relatif. Tu es chez toi quand… bah tu sens que tu es chez toi, les gens autour de toi on en fait un rôle à jouer absolument fou, on ne parle plus d’endroit mais d’entourage. On est chez soi entouré de bonnes personnes. Dans nos métiers on est amené à beaucoup voyager, changer d’endroit souvent, les contrats sont en général de 6 mois ou un an, tout est intense en fait. On finit par aimer des endroits complètements improbables, l’intensité du train de vie fait que tout va plus vite. Aussitôt attaché, tu dois partir, dur…

Je ne sais pas si on s’adapte ou qu’on finit par s’adapter, peut-être qu’à la longue on s’attache beaucoup moins aux gens, comme pour se protéger, pour rendre la séparation moins dure. On se rappelle de tout ce qu’on a vécu de fou, de ces gens qu’on doit quitter et qui auraient tout donné pour vous. En fait nos vies se résument à ça : on vit des vies super, des vies que tout le monde rêve de vivre sans jamais se donner le courage de le faire, on a des vies super de mecs tout seuls. Alors on vit no vies de mecs tout seuls à plusieurs.

Les mots ne suffisent pas pour expliquer ce que j’ai vécu

Le retour, c’est bizarre. Je redécouvre des choses formidables, genre marcher dans la rue. Neuf mois sans marcher dans la rue, c’est dur, mais le bonheur qu’on ressent en marchant de nouveau, c’est complètement fou. Puis on doit se réadapter à la vie, revoir ses amis, c’est compliqué de parler. Déjà, t’as pas envie de tout raconter, mais en fait les mots ne suffisent pas vraiment pour expliquer ce que j’ai  vécu. Et il ne faut pas en faire beaucoup, après on te dit narcissique, egocentrique, qui ramène tout à soi (enfin à moi)… Damn, bon bah tant pis, on va boire.

Et je me réadapte, rapidement. Il est là le problème, en vivant ça, on se réadapte à tout, puis on repère tout. On en vient à être rapidement chez nous partout, comprendre la langue, la culture, mais rester dans un sens un étranger, à force de s’adapter tout le temps on finit par en perdre ses fondamentaux, on devient en quelques sorte des apatrides culturels. On est chez nous partout, mais vraiment chez nous nulle part. On doit s’habituer à prendre les choses plus lentement, s’occuper de son loyer, ses factures, la promotion qui arrivera dans trois ans encore.

Bon, moi je sens qu’il va falloir repartir. Le Mali ça a l’air chouette, pourquoi ne pas partir au Mali.

Lets go.

 

Corax, 26 ans, responsable logistique, Paris

Crédit photo Cloud Junkie

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1 RÉACTION
  • Magnus 20 juin 2016

    Partir revenir et recommencer. C’est un peu la dur loi des gens qui se sentent envahir par l’appel de l’étranger.

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