Les universités savent-elles que les étudiants travaillent pour étudier et pour… vivre ?

zep-melanie-paulhe-avatar
Share on FacebookTweet about this on TwitterShare on LinkedInShare on Google+Email this to someone

« Soit vous assistez au cours, soit vous passez en régime dérogatoire ». Le ton est péremptoire, son regard glacial. Elle me fixe avec ses petits yeux sournois, bras croisés. C’est la directrice de la scolarité de ma fac. Implacable. En trois ans je l’ai vu sourire…deux fois.  Ma requête est pourtant simple : j’aimerais changer de groupe TD à un horaire plus avantageux car je travaille le week-end et on a cours le samedi. La scolarité est catégorique : personne n’est autorisé à changer de TD même s’il est salarié (les formalités administratives sont un peu trop embêtantes à leur goût).

Pourtant je ne demande pas l’asile politique. J’aimerais juste changer de groupe, quelques manipulations à l’ordinateur suffisent non ? Certains profs de TD suivent à la lettre cette recommandation en interdisant toute mutation vers un autre groupe tandis que d’autres beaucoup plus compréhensifs et empathiques nous permettent de passer dans une autre classe.

La situation est tout de même grave, les étudiants sont de plus en plus nombreux à avoir un travail à côté de leurs études. Dans mon groupe d’amis, on a tous déjà eu un travail à temps partiel, certains pendant quelques temps, d’autres depuis la sortie du bac.  C’est encore plus compliqué pour les étudiants isolés ou qui ne vivent pas chez leurs parents car certains ont un budget mensuel qui ne leur permet même pas de s’acheter une place de cinéma. Ne plus travailler signifie se retrouver à la rue et ne pas avoir de quoi manger.

La réponse de la scolarité m’a quelque peu déconcertée. Dans ma fac, plutôt que de faire des exceptions pour les étudiants salariés, on leur propose directement de passer en régime dérogatoire ce qui veut dire que l’on ne se présente qu’à l’examen final  et que l’on doit se débrouiller pour rattraper toutes les séances de cours.

Alors que les étudiants sont de plus en plus fauchés, je ne comprends toujours pas pourquoi dans certaines facs, les horaires des cours sont si éparpillés. Commencer à 8:30, avoir une pause déjeuner de vingt minutes ou ne pas en avoir du tout ; avoir des trous de quatre à cinq heures entre deux cours, terminer à 21 heures pour recommencer le lendemain à 8 heures.
Cumulé à un job étudiant, on se retrouve avec des semaines bien chargées (pouvant aller jusque cinquante heures) qui ont des répercussions sur la scolarité, la santé, la vie sociale et l’épanouissement personnel.

Si aujourd’hui dans un pays comme la France on demande aux étudiants de choisir entre étudier ou manger, alors il y a une faille dans le système. Une  grosse faille. En attendant, le décrochage scolaire ne cesse de progresser…

 


Hawa, 21 ans, étudiante, Ile de France

Crédit photo valdemarne

Share on FacebookTweet about this on TwitterShare on LinkedInShare on Google+Email this to someone
3 RÉACTIONS
  • nanou1594 31 août 2014

    C’est scandaleux que les Universités ne pensent pas plus aux étudiants !J’ai l’impression que personne ne nous prend vraiment en compte et avec la suppression de la bourse au mérite la vie étudiante va encore plus dure . Au final c’est l’Etat qui nous tourne le dos comme si l’on ne représentait pas l’avenir du pays !

  • Quentin 12 octobre 2014

    On croit rêver. L’Etat demande aux universités de limiter l’échec en 1ère année de licence.
    Pourquoi? Pour aider les étudiants? Mais non, c’est pour faire des économies bien entendu.
    Alors que font les universités, elles « conseillent » les étudiants, ou plutôt elle sélectionne pour que vous ne preniez pas la filière qui ne les arrange pas.
    Et que fait l’Etat, il donne quelques miettes aux étudiants: 10ième mois de bourses, pendant que tout augmente: la bouffe, le loyer, le transport… Et que tout le monde n’a pas le droit aux bourses…
    Le 1er facteur d’échec à l’université en France c’est le job étudiant! Sauf que rien, absolument rien n’est fait pour aider les étudiants contraints de travailler pour vivre… Ah si, moins de cours et moins de TD… Comme si cela aller les aider à réussir leurs études. Le pansement sur la jambe de bois… grande idée!
    En conclusion, je te conseille de prendre contact avec un syndicat étudiant, par exemple l’UNEF, je pense qu’ils pourront te conseiller

  • Yaya 31 octobre 2014

    Je ne sais pas comment ça se passe dans ta fac, mais moi ayant un travail a temps partiel, j’ai demande une dispense d’assiduité, qui ne m’empêche pas d’aller en cours. Même au contraire, je vais en cours que je peux, je prends toutes les informations, et les cours ou je ne peux pas aller, je récupère grâce a des amis. La seule différence est que je ne suis notée qu’aux examens, pas aux contrôles continus.
    Quand on a envie, on trouve une solution.

RÉAGIS