Prof à 25 ans, comment être devant les élèves le premier jour ?

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La rentrée, ça se passe comment quand on est jeune prof ?  Lana, 25 ans, raconte dans Politis son quotidien en tant que professeur d’anglais dans un collège de REP + en Seine-Saint-Denis. Retour sur sa journée du jeudi 1er septembre. 

 

Aujourd’hui, les profs principaux sont en cours. Ils démarrent leur première journée. Moi, je suis à la maison, et je ne travaille pas tant que ça… J’ai l’esprit trop occupé par des questions personnelles… Et puis, j’ai la mauvaise habitude de travailler uniquement sous pression. Peut-être que je ne m’y mettrai vraiment que dimanche, veille de mon premier jour de cours à moi. Non, demain serait mieux…

Aujourd’hui, je n’ai fait qu’ouvrir ma pochette remplie de documents administratifs dont le règlement intérieur du collège et le fonctionnement des fiches à remplir en cas d’heures de colle ou de retard… Il faut que je prenne tout de suite ce genre de choses en main. L’année dernière, je n’étais tellement pas au fait que j’étais obligée de demander aux élèves : les sonneries étaient décalées, que sonnait celle-ci ou celle-là ? Je ne savais pas quand accepter les billets de retard et quand les refuser…

Ça faisait « la prof qui ne sait pas ». Ça me décrédibilisait. Cette année, pas question, je maîtrise l’administration !

Les élèves nous « fichent »

Pour le contenu des cours, je ne suis pas si tranquille. Je les ai déjà préparés dans les grandes lignes. Il me reste à les préparer « minute par minute »… C’est ce qu’on nous a appris à faire depuis le Capes : imaginer le dialogue, phrase par phrase, que l’on va avoir avec les élèves. Anticiper toutes les questions possibles pour savoir y répondre…

Je me suis dit que mon premier cours ne serait qu’en français, en tout cas pour les 6èmes. On va remplir les habituelles fiches de renseignements : nom, prénom, et j’aimerais rassembler les dates de naissance pour faire un calendrier avec tous les anniversaires.

Et peut-être trouver un petit cadeau à chaque fois ? Pour cinq classes, ça représente un petit budget… Je vais peut-être préparer des cartes à la maison. J’avais une prof d’allemand qui faisait ça. Cette attention m’a marquée…

Actuellement, je suis en pleine réflexion sur : comment être devant les élèves le premier jour ? J’aimerais mettre l’accent sur la discipline dès le début. Détailler point par point les règles de vie de la classe. En parlant des règles aux élèves, cela va m’aider à les définir et à m’engager à les respecter.

La justice est primordiale pour les élèves, en particulier ceux de quartiers sensibles qui souffrent d’injustice tous les jours. De manière générale, il faut faire attention à être juste de la même manière avec tous. Dès que l’on a l’air de plus saluer les réponses de l’un ou plus tancer un autre, les élèves le repèrent, en prennent ombrage, ils nous « fichent », on les « fiche » aussi et après, les relations sont difficiles.

Je vais établir des petites règles telles que : rentrer en silence dans la classe. L’année dernière, je les laissais chuchoter, et ça n’était pas une bonne idée.

Ma priorité alors c’était qu’ils trouvent du plaisir au cours d’anglais, qu’ils trouvent l’anglais fun et qu’ils n’aient pas l’impression d’apprendre tellement c’est sympa. Pas sûre que ce soit une bonne solution…

Avec ma collègue, on est sur la même longueur d’ondes

Je focalise sur la discipline et la relation : on nous a dit qu’il fallait passer une ou deux semaines à caler les règles, que ce « retard » pris sur les cours serait comblé par la suite. Pour préparer les leçons, on m’a conseillé des manuels dont un qui est toujours en cours d’édition et que le collège n’a pas pu se procurer pour des raisons budgétaires. Mais moi je l’ai, et le guide pédagogique est disponible en ligne, y compris des documents audios. Je ferai des photocopies ou des vidéoprojections, chaque salle du collège est équipée.

Ce manuel est vraiment axé sur la méthode actionnelle qui est très actuelle. Elle signifie que l’on travaille sur des documents authentiques, trouvables dans la vie de tous les jours et scannés, comme des billets de train ou des menus de restaurants que l’on met en scène ensuite en reproduisant un dialogue. Fini les illustrations pour enfants !

Quelques chapitres du manuel ne m’inspirent pas trop. Si je ne les fais pas, il faudra que je replace les éléments de grammaire et de vocabulaire qu’ils intègrent dans un autre contexte.

J’ai aussi un autre manuel, beaucoup moins actionnel. Je pourrai ainsi jongler entre les deux. En langues, les programmes 2016 changent moins que dans les autres matières. La méthode actionnelle, on essaie de la promulguer dans toutes les matières. On va apprendre par exemple à dire « Je m’appelle Paul » en anglais non parce qu’il savoir le faire par principe mais parce qu’on peut être amené à se présenter en anglais.

Savoir se débrouiller dans la « vraie vie », c’est le but de la réforme.

Pour les verbes irréguliers par exemple, on conseille plutôt de les apprendre quand on les rencontre dans une leçon. Mais je pense que je vais quand même faire apprendre des listes à mes élèves. D’abord, parce que je les ai appris comme ça et que ça me sert. Après tout, en maths, il faut bien apprendre les multiplications par cœur ! Avec ma collègue qui a des sixièmes comme moi, on a déjà rendez-vous pour travailler ensemble. On est sur la même longueur d’ondes. Et au niveau pédagogique pur, on reste assez libre.

 

Lana, 25 ans, professeur d’anglais, Seine-Saint-Denis

 

Pour revivre toute la semaine de rentrée de Lana, c’est sur le site de Politis que ça se passe ! 

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