Ces Enfoirés ne parlent que d’eux !

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Moi aussi je pousse mon coup de gueule  contre la dernière chanson des Enfoirés.

Voilà donc l’expression de la désillusion de la jeunesse d’aujourd’hui concernant un avenir incertain, auxquels répondent les « adultes » par l’argument infaillible de « ça va pas te tomber tout cuit dans le bec, bouge toi ».
Dans la vidéo, pas de coopération entre les différents âges, pas de sourire bienveillants ou de signes d’encouragement mais une distance réelle, parti pris de mise en scène, et des visages énervés avec option « gestes un poil agressifs » de la part des Enfoirés.

D’abord, si les jeunes de la chanson ne représentent pas toute la jeunesse dans sa diversité, il est vrai qu’ils chantent malgré tout une certaine réalité. Pour retrouver les chiffres qui le prouvent, lisez le très bon article de Sophie Riche sur madmoizelle.com. Et sinon, il vous suffit de tendre l’oreille pour entendre la détresse des sur-diplômés au chômage, l’indécision des lycéens qui doivent s’orienter avec la crise et les mauvais chiffres de l’emploi en tête, les élèves en échec scolaire, les jeunes qui se sentent discriminés…

Un hymne aux clichés

Ce qui est assez sidérant c’est qu’à aucun moment les Enfoirés ne répondent aux questions ou critiques des jeunes. Ils ne s’abaissent pas à admettre la difficulté du contexte actuel. Non ils parlent d’eux : « On s’est battus, on n’a rien volé » ; « Tout ce qu’on a, il a fallu le gagner ». Autre alternative : la stratégie d’évitement ou de culpabilisation comme par exemple répondre « Je rêve ou tu es en train de fumer ? » à la critique « Vous avez raté, dépensé, pollué ».

Les Enfoirés sont choisis pour leur visibilité publique, à leur talent ou aux actions qu’ils ont menées. Pourquoi alors ne pas utiliser ces armes pour montrer l’exemple à la jeunesse plutôt que de la salir ?

Le collectif Stop aux Clichés qui observe la manière dont les médias parlent des jeunes doit s’arracher les cheveux. Les jeunes de la chanson se plaignent, ils n’ont que « [leurs] dégoûts, [leurs] colères », et quand on leur expose toutes les possibilités qu’offrent leur jeune âge, ils s’en foutent : « Quel ennui, je l’échange contre ta caisse ». On pourrait comprendre ça comme le ras-le-bol de jeunes qui n’en peuvent plus des discours périmés et des fausses promesses, qu’ils n’ont pas le temps d’attendre… Mais non, dans la vraie vie, les jeunes sont nombreux à s’engager : 75% des 15-30 ans ont déjà voté (selon le rapport de l’enquête 2014 de l’observatoire de la jeunesse solidaire) , ou encore, selon un sondage France Bénévolat par l’Ifop, en 2013, 3 300 000 jeunes de 15-35 ans étaient bénévoles, un chiffre en hausse de 32% entre 2010 et 2013.

De la responsablité des artistes

On en condamne bien certains comme Orelsan pour l’image qu’ils donnent des femmes. Certes, ici les paroles n’iront pas jusqu’aux insultes mais finalement ce qui est chanté porte atteinte à la jeunesse. On peut réellement se poser la question du processus de création de la chanson annuelle des Enfoirés. Qui la compose ? Les artistes sont-ils consultés ? Pourquoi ne pas avoir demandé à quelques-uns des Enfoirés qui sont chanteurs voire aussi paroliers comme Jean-Louis Aubert, Zazie ou Maxime Le Forestier de composer un hymne à la coopération inter-générations, une déclaration d’amour à l’énergie et l’enthousiasme de la jeunesse ?

Je repense amèrement au discours ambiant d’« Union Sacrée » ou d’ »Esprit du 11 janvier », qui pour moi prônait non seulement l’union entre les origines, les croyances, les courants politiques mais aussi entre les générations. Sans aller aussi loin, une société se construit et s’invente tous les jours, à la condition d’être ensemble. Le «vivre-ensemble » n’est pas juste une formule politique mais une nécessité pour avancer, plutôt que de céder à la facilité et entretenir de vieilles fractures entre jeunes bons à rien et vieux réacs.

A la fin on finit vieux

Pour finir, une chose qui m’étonnera toujours, est cette manière de parler des jeunes comme s’ils étaient des jeunes « à vie ». Non, les 15-30 ans d’aujourd’hui vont grandir et vieillir, travailler, avoir des enfants, jouer leurs rôles dans la société. La volonté de les préparer à leur vie d’adulte est louable, mais j’opterais plutôt pour un réel message d’espoir et de confiance sinon les Enfoirés risquent de voir leur succéder des adultes désabusés, méfiants, pensant ne rien savoir faire.

Et vous, êtes-vous prêts à croire en la jeunesse d’aujourd’hui ?

 

Lucille, 21 ans, étudiante et volontaire en service civique, Paris

Crédit Illustration : Troud (http://trouden.blogspot.fr/)

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3 RÉACTIONS
  • jeanneburger 27 février 2015

    C’est clair, elle est scandaleuse cette chanson, merci pour ton article!

  • Garfi 28 février 2015

    On va arrêter un peu avec cette chanson ! Sérieux, j’aime pas les Enfoirés, mais vous vous êtes tous pris au jeu des médias, c’est pas possible. Si tu réfléchis un peu sur la chanson et sur les paroles, tu vois bien que les deux côtés sont caricaturaux et caricaturés ! Bon sang mais cette chanson reprend justement ce qu’on entend des deux côtés de la ligne d’âge. Il faut être naïf pour ne pas le voir. Alors, ouais, je pense que ce qui a créé la confusion, c’est le clip. Avoir mis tous les Enfoirés d’un côté, censés représenter la « raison » et des anonymes de l’autre. Normalement, leurs chansons rassemblent et non opposent… mais un peu de 2nd degré est ici nécessaire pour bien voir que la chanson critique les vieux et les jeunes, tout en portant un « message » d’espoir (A ton tour, vas-y, ou un truc comme ça). Ça me paraît assez clair. Vous avez sincèrement cru que la phrase « Je rêve ou tu es en train de fumer ? » pouvait être sérieuse ?! Mais c’est évidemment ironique ! Bien sûr qu’on entend des vieux dire ça, bien sûr qu’ils sont ici moqués. Bref, réfléchissez par vous-mêmes !

  • Nico 28 février 2015

    Garfi tu trouve normal de nourrir ce genre de stéréotype ? Cette chanson est complètement dedans et même si comme tu dis ça reste du stéréotype ! Et si on inversait les rôles et que les « vieux » étaient critiqués et stéréotypés avec un soupçon d’ironie malsaine ta réaction serait elle la même ? moi je peu te dire que oui car ce qui me choque venant d’eux c’est qu’ils nourrissent des stéréotypes en des temps où les personnes sont plus divisés que jamais !

RÉAGIS