Comment je suis devenue féministe

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Il y a soixante-dix ans, le 29 avril 1945, les femmes ont voté pour la première fois en France, .

Il y a deux ans encore, je ne faisais pas attention à ce genre d’information. Je n’étais pas aussi sensible aux discriminations liées au sexe des individus ou de leur identité sexuelle. Je crois que c’est arrivé quand j’ai commencé à assumer ma propre identité sexuelle, le fait d’être une femme et de me rendre compte tout ce que ça implique dans notre société actuelle.

« Genre et sexualité », un cours déterminant

Tout a commencé par le choix d’un cours à la fac. Arrivée en retard aux inscriptions, une foule de gens qui se rue sur les listes, des profs qui tentent malgré le brouhaha d’expliquer le contenu de leur cours… Bref, j’emprunte le prospectus avec les différents cours proposés et leur descriptif, la liste défile rapidement sous mes yeux, et un titre m’arrête : « Genre et sexualité ». Je lis à peine le descriptif, je saute sur le papier où inscrire mon nom, je décide d’y aller au feeling. Et puis la foule m’étouffe, je veux partir vite. Peu de noms. Tant mieux pour moi.

Deux ou trois semaines plus tard, le premier cours. Le cours le moins bien placé de la semaine, deux heures le vendredi de 16 à 18h. Mais je tombe amoureuse. Littéralement. Au lieu d’une tannée, cela devient le moment que je préfère, que j’attends ; le dessert qui me fait digérer la semaine. Différentes thématiques sont traitées : grammaire, stéréotypes, cinéma, mouvements féministes, photographie, littérature… Et c’est le déclic.

Au début je n’ai pas très bien saisi. Je me suis juste laissée emporter. Quand je rentrais, je faisais des recherches supplémentaires, et puis, étonnamment, c’est l’année où j’ai trouvé un Marguerite Duras dans la rue que j’ai dévoré. L’année où j’ai commencé à lire Virginia Woolf, dont j’avais entendu parler en Terminale sans vraiment comprendre. L’année où j’ai compris pourquoi l’autobiographie de Simone de Beauvoir m’était toujours restée au fond de la gorge. J’ai commencé à lire des magazines, des articles, à vouloir me faire ma propre opinion et à la fois, ça résonnait au fond de moi comme si c’était là depuis toujours.

Est arrivé le moment où j’ai mis un mot sur ce que je revendiquais. Parce que j’ai commencé à le revendiquer en me l’appropriant. J’ai fait de cette cause ma cause. Et puisqu’elle était partagée et qu’il y avait un nom, alors j’ai assumé mon féminisme.

Assumer une étiquette « féministe »

Le féminisme, pour moi, ça représente le fait de revendiquer une égalité entre femmes et hommes, de lutter contre les discriminations liées au genre et de déconstruire les objets sociaux que sont l’homme et la femme (c’est-à-dire tout ce qui les caractérise socialement). C’est ma définition. Je le vis d’une manière subjective par rapport à ce que j’ai vécu et les choses auxquelles je crois en tant qu’individu. Le fait de mettre le mot « féminisme » sur ce que je ressentais a été un soulagement, non pas parce que je le partageais, mais parce qu’en le nommant, cela prenait de la valeur.

Depuis que je me revendique comme tel, j’ai fait face à plusieurs types de réactions. Pour bon nombre de personnes, je suis devenue quelqu’un d’autre. L’étiquette « féministe » est collée sur mon front (avec elle toutes les définitions possibles et imaginables). À l’époque, ma copine m’a dit que j’étais devenue « trop extrême » parce que je ne pouvais plus regarder la télé, les publicités, les films, les clips, les émissions sans faire de remarque quand je voyais quelque chose de sexiste. Pour moi, c’était simplement ne plus être passive et aveuglée. Aujourd’hui, il y a les gens que ça fait rire, qui aiment me taquiner avec ça. Il y a ceux qui partagent mes idées. Et puis il y en a d’autres qui l’acceptent simplement. Mais toutes ces personnes ont un point commun : depuis qu’elles me connaissent, elles pensent à moi lorsqu’elles voient une publicité, un stéréotype, lorsqu’une personnalité fait une remarque sexiste, lorsque l’occasion se présente de plaisanter avec ça. Ce qui m’amuse, c’est qu’inconsciemment elles apprennent aussi à différencier ce qui est sexiste ou non.

J’assume cette étiquette, ce sont des idées qui me tiennent à cœur. Alors non, je n’arrive plus à supporter les clichés et stéréotypes véhiculés par la société sur les manières d’être « masculin-e » et « féminin-e ». Je n’arrive plus à me taire face aux injustices commises sur les femmes parce qu’elles sont des femmes. Je ne peux pas accepter qu’un homme, parce qu’il est un homme, ait une plus grande valeur qu’une femme, ou qu’il ait accès à plus de droits. C’est plus fort que moi.

Moi aussi j’ai intériorisé ce qu’est être une fille, depuis que je suis jeune, à l’école, dans ma famille, bien sûr. Alors, au moment de m’assumer en tant que femme, je me suis demandé ce que c’était, être une femme. Et j’ai pris une décision. Je ne veux pas être une femme. Je veux être moi. Et je veux vivre dans une société ou je peux l’être sans que l’on me prédéfinisse.

Et je veux me battre pour que partout le fait d’être une femme ne soit plus synonyme de soumission, de faiblesse, ou de tout autre caractère associé au sexe qui justifie trop souvent des discriminations.

Carole, volontaire en service civique, Poitiers

Illustration : « We Can Do It ! » (1943) de J. Howard Miller, affiche féministe de la Seconde Guerre Mondiale + Photo prise sur le Instagram de Beyoncé qui reproduit l’image féministe du célèbre « We Can Do It ! »

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2 RÉACTIONS
  • Nicolas 11 mai 2015

    Salut à toi Carole !

    je souhaite te féliciter pour cette article et aussi te dire que je partage ton opinion. Je pense que moi j’ai eu mon déclic cette année avec l’AFEV où je fais mon service civique comme toi.
    Je pense que le fait de mener des actions contre le sexisme et d’en débattre alors que finalement je ne connaissais finalement pas le sujet m’as emmené à vouloir en savoir plus.
    Petit à petit je réalisais l’ampleur de ce sujet en France et je fut aussi attristé car au moment de mon éveil j’ai réalisé que les stéréotypes sexistes son présent partout et normalisé !!

    Donc même si je suis un homme je me revendique féministe !!

    Encore bravo et merci pour cet article !

  • Carole 16 juin 2015

    Merci pour ce commentaire Nicolas, que je découvre.
    Tu as entièrement le droit d’être un homme et féministe. La sensibilité face aux discriminations liées au sexe n’est pas réservée aux femmes bien heureusement. Il ne faut pas oublier qu’elle va dans les deux sens, même si je ne l’ai pas évoqué dans mon billet (par exemple des hommes qui occupent des « métiers de femme » subissent aussi des discriminations).

    Bref, je suis heureuse si tu as apprécié mon billet. Je l’ai écris avec beaucoup de sincérité…

    Merci beaucoup !

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