De Colombey-les-Belles… comment je suis monté à Paris

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Colombey-les-Belles, 1000 habitants, un collège, une primaire, une maternelle, une boulangerie, un silo à grains, 80% de votes FN et une famille musulmane… 13 ans de « sale bougnoule », « retourne dans ton pays », « bico » sans oublier les blagues nulles : « ça fait quoi un arabe à côté des poubelles ? »

Une fois, je ne sais plus trop pourquoi, je faisais du vélo et un grand m’a insulté, pris mon vélo et l’a jeté dans un arbre. Incompréhension totale. En même temps je n’étais pas en âge de comprendre.

Bizarrement, une fois que j’ai grandi et que je pesais 100 kg, tout est allé mieux ou presque car mon parcours scolaire était affreux. Mais je pense que c’est un peu de la faute de madame Quartier, ma professeur de CM2 qui me laissait galérer comme pas possible au fond de la classe. Une fois elle a été en arrêt. sa remplaçante s’appelait Nadia, elle était marocaine. Je n’arrivais pas à le croire mais j’ai jamais autant kiffé aller à l’école. Mais bon quand ma prof est revenue au moment de passer au collège, elle a suggéré d’aller en SEGPA dans un quartier difficile à 15 km de chez moi, un collège rempli de gitans, de rebeux, de turcs et de renois, un autre monde.

Tous ces Arabes dans la même classe ça crée forcement des liens

Autant dire que j’ai pas supporté le choc des cultures. Après ma 5éme on m’a envoyé dans un EREA (établissement régional d’enseignement adapté), un internat à 120 km de chez moi. Je suis arrivé en même temps que mes futurs meilleurs amis ; tous ces Arabes dans la même classe ça crée forcement des liens même avec le Kurde, l’Arménien et le Turc…

Alors là trois choix de carrières s’offraient à moi : maçonnerie, métallerie et peinture. Autant vous dire que les trois m’intéressaient autant que l’élevage d’escargot intensif en Bretagne.

Bref j’ai eu mon CAP maçonnerie (j’ai choisi la maçonnerie parce que mon père m’a dit : « Tu seras maçon! »). Pas étonnant le niveau des cours était le même que durant mon CM2.

Après un mois de glande j’ai reçu un appel de Madame l’inspectrice académique en personne pour me proposer d’intégrer un bac pro « technicien économiste de la construction ». Je ne pouvais pas refuser, ça avait l’air trop classe.

Mais au bout d’un mois de cours, j’ai tout de suite compris que mon niveau était trop bas par rapport à l’EREA. Alors j’ai lâché l’affaire et j’ai commencé à avoir des baskets trouées sans personne pour pouvoir m’en payer des nouvelles, mes parents aussi commençaient à avoir des baskets trouées et la maison aussi.

C’est là que j’ai commencé tous les petits trucs de la Mission locale (validation de projet, pré-qualification), à peine 300 € par mois. Je me suis fait virer de deux établissements, du coup, j’ai été grillé dans toute la région. Pendant deux ans aucune formation ni quoi que ce soit pour moi, et un jour j’ai réussi à rentrer dans un centre EPIDE (établissement public d’insertion à la défense). Tout se passait bien jusqu’à ce qu’on nous force à faire un stage dans un domaine qui nous plaisait pas, la maçonnerie pour moi, j’ai eu quelques différends avec un employé et je me suis fait virer du stage et aussi du centre EPIDE et très bizarrement ça m’a fait sourire ; j’étais heureux, aucun regret.

Comme un enfant qui découvre la maison du Père Noël

J’avais jamais été aussi motivé, impossible d’enlever ce sourire étrange de mon visage durant le trajet en train. Une fois chez moi le jour suivant je me suis rappelé d’un reportage sur Tremplin Numérique. Il m’avait grave touché. J’ai trouvé ça super d’offrir aux jeunes la possibilité de s’insérer par des moyens habituellement réservés aux élites. Alors j’ai appelé en me disant « on ne sait jamais ». On m’a demandé un CV et une lettre de motivation, écrite avec le cœur, pas un modèle de la Mission locale !

Au bout de deux mois d‘attente j’ai annoncé à ma famille que je partais vivre à Paris. Ils y croyaient pas. A mon arrivée sur Paris j’ai pris un taxi pour mon CLJT, juste à côté de mon futur bureau, c’est un foyer pour me loger que ma future patronne m’avait gentiment trouvé. Dans le taxi qui m’y a amené j’avais l’impression d’être un enfant qui découvre la maison du Père Noël. J’étais aussi choqué de la façon de conduire des gens et de la mixité absolue, des Japonais, des Indiens, des Arabes, des Anglais, des Allemands, des Cubains, des Chiliens, des Africains, des Juifs, des Chrétiens, des Musulmans qui se côtoyaient partout.

Mais aussi des SDF, beaucoup de SDF. J’en n’avais jamais vu autant. Je n’avais jamais vu des familles entières dormir dehors.

Walid F., 21 ans, salarié en contrat d’insertion, de Colombey-les-Belles à Paris

Texte rédigé en atelier d’écriture avec Banlieues créatives

Crédit photo Gratisography

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