Égalité filles-garçons : pourquoi y’a encore du boulot ?

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Mardi après-midi, 17h. C’est l’heure du goûter et des devoirs. Depuis le mois d’octobre, j’accompagne Sarah, une petite fille curieuse et pleine de vie de 8 ans. Au-delà des poésies à apprendre et des multiplications à résoudre, nous discutons souvent, elle et moi, de son quotidien : l’école, les copines, les activités extrascolaires.

Le week-end dernier, elle a été à la fête foraine, où elle a gagné un joli « kit beauté », composé entre autres d’un petit sèche-cheveux en plastique, de peignes, d’un miroir et d’accessoires de coiffure. Roses, à paillettes, bien entendu.
Son grand frère Reda, bientôt 11 ans, me montre fièrement son cadeau à lui : un pistolet à billes. Je demande à Sarah quel jouet lui plait le plus. Haussement d’épaules : « Je sais pas, les deux sont bien », me dit-elle. Autre son de cloche chez Reda. D’un regard désabusé, il désigne les accessoires girly de sa soeur avant d’asséner un franc : « Ah non, c’est pour les filles ça. »

Princesse VS super héros

Dès la naissance, filles et garçons sont très souvent, et même de manière inconsciente de la part de leur entourage, conditionnés et élevés en fonction de leur sexe.
Rose pour les filles, bleu pour les garçons. Tout d’abord au sein de la famille, et par la suite à l’école, lieu de socialisation et d’apprentissage, mais aussi d’inégalités. Sur le site du ministère de l’Éducation nationale, dans une rubrique consacrée à l’égalité des filles et des garçons, le constat est là : « (…) les pratiques ordinaires dans la classe constituent des phénomènes souvent sexués, sans que les enseignants, l’ensemble des acteurs de l’éducation, les élèves et leurs familles en aient nécessairement conscience. »

En France, nous progressons à petits pas : en 2013, la signature de la convention interministérielle pour l’égalité fille-garçon dans le système scolaire a constitué une première avancée. Elle incite, entre autres, à la transmission d’une « culture de l’égalité » entre les sexes, à l’engagement pour plus de mixité dans certaines formations, et à la lutte contre les stéréotypes bien souvent intériorisés dès le plus jeune âge.
Un an plus tard, l’apparition des ABCD de l’égalité, lancés par le ministre de l’Éducation Vincent Peillon et la ministre des Droits des Femmes Najat Vallaud Belkacem a fait polémique. L’objectif était pourtant louable et ambitieux : lutter contre le sexisme et les clichés de genre à l’école, non pas via un enseignement en particulier, mais autour d’outils mis à la disposition des enseignants (idées d’activités, documents de travail, discussions, etc.) Mais ce dispositif a été accusé de servir de mobile à l’enseignement de la très controversée « théorie du genre » (gender studies, en anglais) : panique à bord chez certains parents d’élèves et collectifs comme La Manif’ Pour Tous ! Inciterait-on mon fils chéri à jouer à la dinette vêtu d’un costume de princesse ? Mais enfin, il doit plutôt apprendre à devenir un petit homme, voyons. On ne mélange pas les torchons et les serviettes, ni les poupées et les voitures.
À la rentrée 2014, les ABCD n’ont finalement pas été mis en place, remplacés par un Plan pour l’Égalité filles-garçons : si le fond du discours reste globalement le même, l’image a été adoucie et allégée.

Boys don’t cry, ou l’injonction à ne pas « faire sa chochotte »

L’attitude de Reda vis-à-vis des jouets de sa soeur n’est finalement pas surprenante.
Si les filles peuvent être des garçons manqués sans que cela ne pose véritablement de problèmes, les garçons, eux, ont tout intérêt à s’éloigner le plus possible de tout ce qui touche à la case « fille ». Combien de parents se sont un jour inquiétés de voir leur petit homme jouer avec une poupée ou un aspirateur ?
En discutant un peu avec les deux enfants, je me rends compte que les copains jouent aussi un rôle important. Lors des parties de football le mercredi après-midi, les garçons n’hésitent pas à se traiter de « fillette », de « femmelette », entre eux. Inutile de préciser que ce traitement est réservé aux perdants. Faire les choses « comme une fille » serait-il devenu une insulte synonyme de looser ?

Au-delà du genre…

En 2011, les médias ont énormément parlé d’Egalia, une école maternelle suédoise. Située à Stockholm, l’école présente la particularité d’inciter à la neutralité la plus totale en ce qui concerne le genre des enfants. À la place de « Il » ou « Elle », les enseignants utilisent un pronom neutre (« Hen »). Les enfants sont encouragés à jouer avec les jouets de leur choix, et les costumes de princesse côtoient les camions de pompier. Enfin, les livres ont été sélectionnés avec soin : adieu Cendrillon, la Belle au Bois Dormant, et leurs représentations traditionnelles, stéréotypées. Le but principal est d’encourager les enfants à aller au-delà de leur genre, qui leur donne une place limitée dans la société, selon la directrice Lotta Rajalin. Une telle initiative semble peu envisageable en France à l’heure actuelle, et l’idée du « tout neutre » en matière d’éducation ne convainc pas forcément. Sans aller jusque-là, nous pouvons souhaiter que la marche vers l’égalité fille-garçon chez les enfants continue de progresser un peu plus chaque jour.
Car comme me dit Sarah, avant de croquer dans son biscuit au chocolat : « L’important, c’est qu’on fasse des choses qu’on aime faire, même si c’est des choses « de filles » ou « de garçons ». Non ? » On ne pouvait pas rêver de meilleure conclusion.

Julia Crumière, 21 ans, Avignon

Photo © Nina Lolilove

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1 RÉACTION
  • Alice 6 mars 2015

    Je suis tout à fait d’accord avec toi. Au delà des jouets, les comportements sont sexués. Dans la société on attend beaucoup plus d’une petite fille, qui plus tard sera une femme que d’un petit garçon, qui sera un jour un homme. On attend d’une petite ou jeune fille d’être studieuse et ne doit pas sortir de la ligne. Un garçon qui s’en fiche, qui « ne fout rien » en général est moins suivi et moins montré du doigt. On dira « c’est rien c’est l’âge bête » ou « c’est un ado' ». Le problème c’est qu’on a finit par intériorisé cela. Les filles sont souvent plus stressées, plus timides alors que les garçons sont plus détendus et n’hésitent pas à se faire voir et à parler en public.
    Le quotidien d’une femme, c’est une bataille permanente, dans la rue, au travail et à la maison. On doit batailler pour quelques chose qui est sensée être normal : nous ne sommes pas des boniches, nous avons des diplômes et méritons donc des salaires en conséquence, non on ne veut pas forcement avoir d’enfant dans l’immédiat ou pour toujours, oui on ne veut faire que notre part du ménage et pas tout.
    On recule en permanence sur le progrès, les Manif’ pour tous ne sont pas d’accord? Ils devront rentrer dans la ligne ils n’ont pas à imposer leur idéologie dans un lieu laïque qui est l’école. Ils font ce qu’ils veulent chez eux, mais ils devront s’adapter : nous sommes au XXIe siècle.

RÉAGIS