Etudiante handicapée à l’université : silence on discrimine !

handicap
Share on FacebookTweet about this on TwitterShare on LinkedInShare on Google+Email this to someone

La scolarité est souvent parsemée d’embûches, mais quand l’heure des études supérieures arrive, c’est vraiment le début des grosses galères.

J’ai 20 ans, je suis étudiante et je suis dyslexique. À 16 ans, on m’a diagnostiqué un syndrome d’Ehlers-Danlos. Au quotidien, ce syndrome provoque de grandes douleurs dans les articulations, des entorses récurrentes, des difficultés de concentration, une hypersensibilité générale, des vertiges, des problèmes gastriques et de très grandes fatigues physiques. Il arrive périodiquement que ces symptômes soient encore plus violents et prennent la forme de crises.

Faire des études est compliqué. Il faut tenir le rythme, supporter les heures de cours qui s’enchaînent, le fait de rester longuement assis dans les amphithéâtres… Mais ce n’est pas un problème pour moi : j’ai choisi de m’y confronter et j’en suis fière.

Il y a en revanche de quoi pousser un gros coup de gueule quant à la façon dont les étudiants en situation de handicap sont pris en charge. Être handicapé ne suffit visiblement pas, il faut en plus se battre sans relâche. Et cela, seulement pour faire valoir des droits déjà reconnus.

Bienvenue à la faculté des Sciences… pas pour tous

Mon bac en poche, j’ai débarqué à la fac, lieu d’une inhumanité incroyable. J’ai perdu beaucoup de temps et d’énergie à chercher quelqu’un capable de me renseigner. J’ai envoyé de nombreux mails, la plupart restés sans réponse. À la fac, on s’en fout de vous. Ce qui compte, c’est le budget de l’année suivante. Après deux mois et demi de recherches, j’ai enfin pu m’adresser aux personnes « concernées ». L’accueil a été glacial. Je me suis entendu dire par une infirmière de la médecine préventive : « Les dossiers tiers-temps ne seront plus acceptés à partir de jeudi prochain, il va falloir le faire en urgence, vous auriez pu vous y prendre plus tôt ma-de-moi-selle ! » Ah bon ? Je ne m’y suis pas prise assez tôt ? Je passe l’éponge. Je pense à la raison pour laquelle je suis dans ce bureau, j’avance.

Les difficultés se poursuivent avec les enseignants. Entre ceux qui refusent de vous donner un tiers-temps pour ne pas rester plus longtemps à la fac – et qui vous donnent quelques points en plus pour « compenser », imaginez la frustration de rendre un travail qui n’est pas fini ! – et ceux qui sont dédaigneux, aller à la fac est souvent une corvée.

Heureusement, je m’étais littéralement blindée au lycée, quand mes professeurs d’EPS, face à ma dispense de sport, imitaient dans mon dos la démarche d’un handicapé moteur. Les mois défilent. Je m’accroche et valide mon année.

Je n’étais pas à la plage. J’étais malade !

Je m’inscris donc en licence 2. Je remplis à nouveau des dossiers afin d’obtenir le tiers-temps. L’année commence bien, avec toujours beaucoup de travail. À Noël, pas de repos pour moi : vacances en crise, sous morphine. Le deuxième semestre débute. La fatigue se fait de plus en plus grande.

Le mois de mai et ses – redoutés – examens arrivent. Je passe mes partiels comme je peux, ma condition physique n’est pas des meilleures. Mon dernier partiel est l’un des plus importants du semestre. Je ne peux pas le passer, en raison de mon état de santé. Mardi 20 mai 2014, je fournis un certificat médical à l’enseignant référent et à l’administration de la fac.

Le relevé de notes arrive. Surprise ! Je découvre un ZÉRO coefficient 7,5 dans ma moyenne. Je contacte immédiatement l’enseignant ainsi que le service des scolarités qui gère la saisie des notes. J’obtiens pour seule réponse : « Toute épreuve non composée équivaut à un zéro ». Ce n’est pas tout : on m’interdit strictement l’accès à la session de rattrapage, car j’ai validé mon année par compensation, malgré ce zéro. Je n’étais pas à la plage. J’étais malade !

Une sélection basée sur la discrimination ?

Blessée par cette injustice, je décide de ne pas en rester là. Service Handicap de l’université : aucune réponse. Service des scolarités, toujours la même rengaine : « Toute épreuve non composée équivaut à un zéro quelle qu’en soit la raison. Je ne peux rien pour vous. » Un étudiant handicapé et reconnu par la MDPH n’a donc visiblement pas le droit d’être malade. L’université Montpellier 2 effectue-t-elle une sélection à partir de principes basés sur l’injustice et la discrimination ?

Ce n’est pas tout. Cet été, je me rends à l’université pour m’inscrire en Licence 3, totalement écœurée par cette histoire. Là, j’apprends qu’un étudiant de ma promotion s’est vu valider sa deuxième année de licence alors même qu’il a échoué à la première et à la deuxième session. Pourquoi ? Pour un dossier Erasmus. Rien ne vous choque ? Vraiment ? Favoritisme d’un côté, discrimination de l’autre. Ne veut-on donc pas d’étudiants handicapés dans les facs ? Mon handicap n’a pourtant pas de lien avec mes capacités intellectuelles.

Toujours décidée à me faire entendre, je contacte le Président de la faculté par lettre recommandée, en expliquant ma situation. J’ai obtenu une réponse, par mail : il ne peut rien faire pour mon dossier.

Ne nous laissons pas faire !

Si j’ai décidé de partager cette histoire, c’est pour encourager les personnes handicapées à dénoncer haut et fort les discriminations auxquelles ils font face. Ne nous laissons pas faire.

Aujourd’hui, je passe à la vitesse supérieure. Je suis en train de contacter un médiateur de la République et le recteur de l’Académie de Montpellier. Pour le respect de l’ensemble des étudiants handicapés, pour leurs droits.

Mélanie, 20 ans, étudiante en sciences, Montpellier

Share on FacebookTweet about this on TwitterShare on LinkedInShare on Google+Email this to someone
12 RÉACTIONS
  • Mélanie Paulhe 15 octobre 2014

    Retrouvez-moi sur http://www.melaniepaulhe.com.

  • Gay Georges 17 octobre 2014

    merci pour cet éclairage , le combat ne fait que commencer . Je suis en lien avec l’UJF de Grenoble pour un projet de décrochage universitaire en 1ere année universitaire . Merci de me tenir au courant de tes démarches personnelles .
    Skype : giardinaio51
    viadeo : georges gay
    linkedin : gay georges

    • Mélanie 2 novembre 2014

      Gay Georges, merci pour votre message.
      Malheureusement la situation est bloquée. Le médiateur du Rectorat n’a lui aussi pu rien faire. Ils sont dans la loi. C’est une des seules choses que j’ai entendu lors d’un réunion avec les Présidents de la fac. Ils sont dans la loi… Mais arrivent à dormir tranquille le soir (moi je ne le pourrais pas à leurs places…). Donc maintenant mon but est d’informer au maximum pour pouvoir dénoncer en masse cette loi et la faire supprimer au plus vite.
      Pour l’instant je ne voulais pas me syndicaliser mais je pense que je vais y être obligée pour me faire entendre…
      Si vous avez une quelconque idée pour vulgariser et dénoncer ces nouvelles lois aberrantes (qui sont ou non d’ailleurs appliquées selon les facs….) je suis preneuse.
      Merci, Mélanie

  • ramu 21 octobre 2014

    Ne te laisse pas faire. Tu réagis très bien, va au bout de tes idées. Le monde doit apprendre à redevenir humain. Ces personnes devraient avoir honte de tels comportements. Courage dans ton combat!

  • chantal 25 octobre 2014

    je te souhaite beaucoup de courage (encore !!).
    Essaie de trouver de l’aide auprès d’autres étudiant handicapés, assistantes sociales, MDPH…
    J’imagine que tu as déjà tout essayé.
    Après une tumeur au cerveau à 11 ans mon fils a repris les cours dans son collège.
    Il venais de subir de la chimio 3 opérations de 8 heures et des mois d’hospitalisation et reprenait les cours en faisant des rayons le matin. Premier cours : français. Devoir de grammaire.
    Commentaire sur la copie « 0!!! Apprenez votre cours ! »

    • Mélanie 2 novembre 2014

      Merci pour votre commentaire Chantal. Effectivement ce n’est pas facile…
      A se demander si certains profs se souviennent de leurs études ou s’ils auront un jour l’âme de parents… Courage à vous et j’espère que votre fils n’a pas été trop dégouté par ce système scolaire de plus en plus inhumain.

  • linda 25 octobre 2014

    ça me met dans une colère noire ton histoire !!!! fais une pétition, nous la ferons également tourner ! Franchement, je suis maman d’enfant handi. , on a eu de la chance en maternelle et en primaire….Le collège a démarré un peu rudement mais cela va mieux…..J’appréhende le lycée et la fac mais bon, je suis prête à toutes les actions pour dénoncer ces discriminations, ces luttes que nous devons mener en permanence, de tous les côtés ! Ne baisse pas les bras et comme tu dis, il faut continuer à dénoncer ! Essaie de mobiliser les syndicats étudiants aussi, ils doivent te soutenir! Courage et garde la force d’un lion, tu auras la victoire !

    • Mélanie 2 novembre 2014

      Merci Linda pour ce message de soutien!
      Bon courage à toi, en tant que mère ce n’est pas facile non plus de se battre face à cet empire qu’est l’école. Courage à vous deux.
      Et si tu as des questions sur le lycée ou la fac, n’hésite pas à me contacter.

  • Eric 28 octobre 2014

    Courage Mélanie, ton combat en vaut la peine.

  • roger gianiel 18 novembre 2014

    je viens de lire sur direct matin du jour ton coup de coeur à l’occasion de la semaine emploi et handicap
    j’ai pu découvrir comme bon nombre de personnes le parcours du combattant que sont pour toi les études malgrés ta volonté et l’inertie a faire évoluer les choses
    par contre je suis en admiration devant ton courage qui je l’espère portera ces fruits pour toi et pour touts ceux qui sont différents
    bon courage ,tu n’es plus seule

RÉAGIS