Le courage de tout quitter

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J’ai fait la fête les jours précédents. J’ai essayé de noyer mon anxiété. Bien sur, j’étais très fière : je partais pour trois mois en Afrique du Sud. Mais au fond, j’avais vraiment trop la frousse. C’est latent ce genre d’envie. Ça émerge, doucement, par vague. Et si on partait au bout du monde ? À chaque contrariété, ça revient. Mais bon, on est jeune. Et puis on est bien chez les parents. Et partir pour faire quoi ? Avec quel argent ? Sans les proches ? Jusqu’au jour où ça devient si pressant qu’on ne pense plus qu’à ça… Et on en parle à ses amis.

À partir de là, impossible de faire marche arrière. Hors de question de faire partie de ces gens qui évoquent de grands voyages, de belles envolées et qui finissent par y renoncer.  Je voulais partir, oui, mais loin, histoire de tout brouiller, les repères, les habitudes, et de sortir de ma zone de confort. Il fallait aussi que je fasse quelque chose de ce voyage. Puisque je n’aurai surement plus l’occasion de vivre ça, autant rendre ce périple fabuleux.

Premier contact, en larmes !

J’ai donc dégoté une association qui pouvait m’envoyer aux quatre coins du globe tout en me proposant un stage. Le journalisme me passionne, l’Afrique du Sud m’attire, qu’à cela ne tienne, je pars au Cap dans une rédaction associative. Je fais les démarches après avoir fait des économies et la quête auprès de ma famille. Bille en tête, tout s’enchaine très vite. Le temps de fanfaronner et pouf, on se retrouve de l’autre côté de la vitre à l’aéroport. Quelle angoisse.

Les seize heures d’avion passent. Plus le temps file, plus je me rends compte de la radicalité de mon choix. Et j’arrive en Afrique du Sud. On me parle, je ne comprends rien. La panique totale. Arrivée dans ma famille d’accueil, je craque, littéralement. Je pleure toutes les larmes de mon corps en me demandant ce que je fais là. Face à cette étrangère, dans cet endroit que je ne saurais même pas situer sur une carte, avec de parfaits inconnus, dont, en plus, je ne comprends pas un traitre mot. Perdue je vous dis. Pam, la femme avec qui je vais partager ces trois longs mois me regarde, un peu éberluée. Elle tente de m’apaiser mais on ne se comprend pas. Il n’y a que les larmes qui sont universelles, mais avouez qu’il y a mieux comme premier contact.

Ivre de ce voyage…

Je me suis reprise et j’ai tout recommencé de zéro au Cap. J’ai eu la chance inouïe de vivre pendant trois merveilleux mois des découvertes à n’en plus finir. J’ai vu Desmond Tutu de mes propres yeux, j’ai grimpé Mountain Table, j’ai vu le soleil se coucher à la pointe de la pointe du continent africain, je me suis liée à une famille vivant à l’autre bout du continent, j’ai été sur les traces de Nelson Mandela, je suis allée dans les geôles d’un pays qui se reconstruit, je me suis fait violence dans le plus grand township du Cap et j’ai foulé le sol de mes héros : Joao Silva, Greg Marinovich, Ken Oosterbroek et Kevin Carter. Quatre journalistes sud-africains qui officiaient dans les township durant la période post–apartheid. Au cœur de la violence, ils voulaient mettre des visages sur les chiffres des journaux qui décomptaient le nombre de tués durant les affrontements entre communautés.

Tout est passé si vite et plus d’un an après, je ne réalise pas encore ce que j’ai vécu là-bas.

Alors non, je n’ai pas grandi depuis, je n’ai pas mûri et je n’ai pas changé, mais je suis encore ivre de ce voyage et du courage que j’ai eu à tout quitter.

 Marie-Amélie, 23 ans, étudiante en Master de communication, Paris

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1 RÉACTION
  • Meryem 8 juin 2015

    Bonjour ,
    Je voudrais savoir de quelle association il s’agit ?

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