Mon identité est d’ici et d’ailleurs

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On est souvent identifié par rapport à un pays, une ville, un quartier, une classe sociale, un comportement, un style, un niveau scolaire. Puis par rapport à un âge, un sexe, une façon de penser… On est brinquebalé de case en case. Pourtant, ce que l’on est profondément, on l’est indépendamment de tout.

Alors, laissez-moi être un papillon.

D’origine française, fruit de migrations inconnues

Je ferme les yeux. Je suis d’origine française. Mais si je remonte le fil de l’histoire, je sais que coule dans mes veines le sang d’aïeuls venus d’Asie, d’Afrique, d’Amérique.

Si j’ouvre les yeux et que je regarde le monde, alors je ne suis plus française. Soudain, je suis une de ces femmes qui dansent devant un griot au Niger. Je suis cette petite fille qui porte une cruche sur la tête pour aller jusqu’au village. Et je suis presque capable de sentir le sable chaud sur mon visage, qui me gifle un soir de tempête. J’entends au loin les cris des Touaregs. Leur chant qui sort du cœur et s’adresse au soleil. Je frissonne quand je pense aux yeux noirs, intenses, de ces femmes qui vendent des poteries à l’orée des villages.

Je ferme les yeux. Je suis d’origine française. Mais je suis aussi le fruit de migrations inconnues.

Si j’ouvre les yeux, je suis soudain un boulanger. Je pétris de mes mains la pâte qui deviendra du pain chaud. Ma vie peut paraître banale, mais elle ne l’est pas. Et si vous passez me voir un de ces quatre, à la boulangerie, je pourrai vous en raconter long sur la vie.

Je ferme les yeux. Je suis toujours Française et censée rentrer dans une case.

J’ouvre les yeux et je suis un politicien sans pitié. Le pouvoir, l’argent et le contrôle sont mes maîtres mots. Tout ce qui existe doit avoir un nom qui permet de l’identifier. Je crée la normalité.

Enfant de toutes les cultures

Quand je ferme les yeux, j’entends souvent parler de problèmes d’identité. Quand on baigne dans différentes cultures, on nous fait ressentir que l’on n’est ni Français, ni Espagnol. Ou ni Français, ni Russe.

Pourtant, quand j’ouvre les yeux, je n’ai pas de problème d’identité. Je me sens juste reliée au monde, car je me sens enfant de toutes ces cultures, de toutes ces différentes façons de vivre. Elles peuvent susciter en moi de la colère ou de l’amour selon le moment ; elles peuvent me rendre mélancolique aussi, comme si un peu de moi-même était éparpillé un peu partout, dans tous ces pays. Et j’ai envie de chevaucher à travers le monde, non pas parce que j’ai un problème d’identification, mais au contraire parce que je m’identifie un peu à chacune de ces cultures, parce qu’à chacune de mes rencontres, j’ai l’impression de retrouver un vieil ami oublié.

Quand je décide de ne plus fermer les yeux sur ce que l’on voudrait me faire croire que je suis, alors je suis un papillon.

Qu’est-ce que la norme sociale ?

Soyons des papillons.

Nandine, 22 ans, étudiante et salariée

Crédit photo CC Diegojack / Jacques

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3 RÉACTIONS
  • Eléa 3 novembre 2014

    Merci pour ce billet. C’est exactement ce que je ressens.

  • marie noelle 3 novembre 2014

    très beau texte, tellement vrai.
    soyons tous des papillons, c’est très beau.

  • nandine 7 novembre 2014

    Merci, contente que l’on puissse s’y retrouver un peu

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