Mon orientation comme une réparation

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C’était un soir à Kinshasa au Congo où je suis née. Ma tante était sortie boire un verre avec ses copines. J’avais 13 ans. Elle avait demandé à moi et ma sœur de garder ses enfants qui sont nos cousins tous très jeunes, ils avaient entre 1 et 7 ans. On était dans la chambre en train de regarder la télévision. A cette instant, mon oncle est rentré dans la chambre et nous a demandé où se trouvait ma tante. On lui a répondu qu’elle était sortie faire un tour dans le quartier. Il nous a écouté puis il est parti. La maison était assez spacieuse, on pouvait entendre ce qui se passait d’une pièce à  l’autre. Quelques heures après on a entendu des cris de peur, quelqu’un qui se débattait. On s’est dépêché de sortir et arrivé dans la pièce d’où provenaient les bruits, on a vu notre tante assise par terre, repliée sur elle, face à mon oncle qui lui raflait des coups à la tête. Il était furieux. J’avais l’impression que rien ne pouvait l’arrêter. On était tous debout, enfants impuissants, face à cette scène. Il la battait de toutes ses forces. Quand enfin il s’est arrêté au bout de 20 minutes et s’en est allé, nous nous sommes précipités vers elle. On l’a aidée à se relever pour la ramener dans sa chambre où nous nous sommes enfermés à clés. Mais le calme a été de courte durée. Dix minutes plus tard, le cauchemar reprenait. Il est revenu encore plus furieux en se mettant à frapper violemment à la porte et à nous menacer pour ouvrir. Je me suis exécutée. Il est entré en nous regardant avec un air effrayant. Puis il s’est remis battre ma tante. On était assis au bord du lit en spectateurs de cet acte odieux. Ma tante poussait des cris tellement forts qu’ils résonnent encore dans ma tête aujourd’hui, six ans plus tard. Il a alors pris un sceau d’eau qu’il a lâché sur la tête de ma tante. J’étais choquée. Il y avait de l’eau partout, des morceaux de plastique tout autour d’elle et sa tête qui saignait. Ma tante ne pleurait plus. Elle murmurait comme si elle s’était habituée à ces violences… Cette expérience traumatisante a été pour moi le début d’un long parcours de violences. Aujourd’hui, je vis en France, je suis élève en terminale, et je sais pourquoi j’hésite dans mon orientation scolaire entre deux voies : le paramédical ou le droit. Dans ces deux domaines il est question de réparation.

Djanie, 19 ans, élève en terminale L, Ile de France

Illustration Flickr Anna Domestic violence pop art

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