Ziggy est parti dans l’espace

July 30th 1986: British singer, David Bo
Share on FacebookTweet about this on TwitterShare on LinkedInShare on Google+Email this to someone

J’ai été bercée par sa musique. Petite, quand j’allais chez mon père, dès que j’ouvrais la porte je me prenais une vague de son. Un vrai tsunami. J’entendais la voix de Bowie péter des enceintes, sa musique résonnait dans toute la maison. Et je me mettais à danser, à chanter avec lui. « Let’s dance ! » Mon père me suivait, on rigolait, on dansait tous les deux. C’étaient des moments précieux. Pleins d’amour. C’est le cadeau que m’a donné Bowie.

« Ch-ch-ch-changes ! »

Changer. En grandissant, en me trouvant petit à petit, ce mot me donnait l’impression de ne pas avoir été moi, d’avoir perdu une partie de ma vie. De ne pas avoir vécu.

Bowie m’a montré que changer, ce n’était pas se perdre, ne plus être soi-même. Mais offrir d’autres facettes de qui nous sommes. Comme un tableau auquel on ajoute des touches de couleurs. Et que c’était beau. « Ch-ch-ch-changes » !

Je me suis retrouvée dans son côté « Rebel, rebel». Il a montré qu’il n’y avait pas de codes. Que l’on pouvait tout embrasser. Que l’on pouvait être androgyne, porter des vêtements de femmes, des fringues excentriques, du maquillage, et être un homme. Que c’était bien d’être différent.

Bowie me fait vibrer

A l’âge où j’ai connu sa voix, il ne tournait plus. Des albums. Plus de concert. Je n’ai jamais pu voir et entendre cet Alien sur scène.

Sa voit était indissociable de sa musique. Elle se mêlait au son en harmonie. Il faisait un tout avec la musique.

Quand il chantait « Under pressure » en duo avec Gale Ann Dorsey,  sa bassiste de génie amoureuse de Queen, leurs voix ne faisaient qu’uns.

Dès que j’entends un de ses morceaux, Bowie me fait vibrer. Je suis prise par sa musique. Je la sens, elle résonne dans mon corps. Il me fait chanter, bouger, swinguer. Sur « Hunky dory », les albums de l’époque Ziggy, « Diamond dogs », « Young americans », « Heroes », « Scary monsters », « Let’s dance » et toutes ses chansons.

Avec « Station to station », « Low » et « Moss garden », « Sens of doubt » de « Heroes », il m’a foutu une claque. J’étais tétanisée. Aucun mot. Un son. « Wow ».

Quand j’écoute « Life on mars », je pars dans l’espace. La voix de Bowie me raconte une histoire, elle m’emmène sur Mars. Les notes de piano, c’est sa fusée, sa voix tourne autour d’elle, elle me transporte sur une autre planète, je voyage comme Major Tom.

Cette voix : cuivrée, puissante !

Dans le film « The man who fell to earth », Marie-Lou lui demande : « What do you do ? For living, I mean. » Il répond : « Oh, I’m just visiting. » Oui, il est tombé sur terre. Il a visité la planète et donné de la chaleur, de la joie, le sourire autour de lui. A Berlin, aux Etats-Unis, en Angleterre, à moi et mon père… Partout. Quand je m’attends à une note, il  me surprend. Il casse tout en en choisissant une autre. Une dix fois mieux, une qui swing dix fois plus. Du pur génie. Mon père m’a dit peu de temps  après qu’il soit parti : « Va sur Arte, il y a une rediff du dernier concert où il fait Ziggy. » Et oui, en 73 Bowie a commis un crime. Il a tué Ziggy ! Sur scène, dans un dernier « Ziggy played guitare… », une dernière fois habillé et maquillé à la Ziggy. M-A-G-I-S-T-R-A-L. Je n’y croyais pas. Je lui en ai voulu. Ziggy ! Mais je lui pardonne, c’est Bowie quand même. Il fallait que Ziggy meure pour que naissent tous les autres. Pour qu’il se réinvente. Lui et sa musique. J’ai lancé le film. Quand je l’ai vu entrer sur scène, en starman, chanter les premières notes, je me suis dit : « C’est une créature, un Alien. » Je ne pouvais pas lâcher ses yeux. « Keep your electric eye on me babe. » J’étais aimantée. Androgyne, troublant, une présence. Et cette voix ! Cuivrée, puissante. J’ai voulu faire comme Marty dans « Retour vers le futur » et prendre la machine à remonter dans le temps pour le rejoindre à ce concert en 73 !

Toujours se réinventer

Après, sur Arte, je suis tombée sur une rediff d’un concert du Reality tour, à Dublin.  Je l’ai regardée. Il avait la voix plus grave, vieillie. Mais toujours ce timbre et cette puissance reconnaissables entre toutes. J’ai écouté et aimé toutes les chansons. Mais durant tout le concert, j’en attendais une : « Heroes ».

Cette chanson, c’est du bonheur. Quelques notes et je suis bien. Je l’ai redécouverte dans un film, « Horns », et depuis, elle ne m’a plus quittée. Dès que j’entends, « I, I wish you could you swim like dolphins, like dolphins can swim », je revoie une très belle scène du film, où une fille danse sur ces paroles dans les rayons du soleil. Quand j’ai reconnu « Heroes », je me suis dit : « Et ils sont où les riffs de guitare ? » Et puis, quand Bowie a chanté, j’ai compris. Il se la refaisait décontracté, tout sourire, avec son swing, seulement accompagné de la basse et de la batterie. J’ai éclaté de rire. Je trouvais ça génial. Et puis, petit à petit, ça montait crescendo. La mélodie devenait plus présente, la voix plus forte, quelques riffs discrets glissés par-ci, par-là. Comme pour amorcer l’explosion. Et dans un « What you say, I say ! », « Heroes » a retenti. Un coup de maître. Bowie se réinventait jusque dans ses concerts. En ajoutant quelques mots, en changeant  l’ordre de certaines paroles de la chanson, s’accordant avec un nouveau rythme, une nouvelle façon de la chanter. Sans la changer, il lui donnait quelques choses de nouveau. Une autre facette. Du pur Bowie. Il venait de l’espace, il est retourné dans l’espace. Ashes to ashes.

Manon, 15 ans, lycéenne, Nantes

Crédit photo Maxppp 

Share on FacebookTweet about this on TwitterShare on LinkedInShare on Google+Email this to someone
TAGS :

RÉAGIS