Bac + 5 et au chômage depuis 1 an

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Bref. J’ai 27 ans, un diplôme d’ingénieur en poche, 3 ans d’expérience dans l’industrie : super, me direz-vous, voilà un parcours qui commence bien ! Oui, mais ce parcours s’est arrêté il y a un an, quand j’ai commencé ma période de chômage. Je pensais que j’allais vite rebondir, retrouver du travail, une vie sociale, une mutuelle d’entreprise… Avec un bac + 5, et habitant près d’une grande ville, je me disais : « ça va le faire, pas de panique ! » Sauf que cette période de chômage commence à s’éterniser, puisque cela fait un an que je cherche du travail.

« Malgré toutes les qualités que présente votre candidature… »

Imaginez. Un an de fouille minutieuse sur internet à la recherche d’offres d’emplois (à mon niveau, c’est presque de la fouille archéologique). Un an de candidature avec CV et lettre de motivation personnalisés à chaque fois (eh ouais je fais ça bien quand même !). Un an de « malgré toutes les qualités que présente votre candidature, nous sommes au regret de… »

Au début de ma période de chômage, j’étais enthousiaste, confiante. Je me disais même qu’une petite période de chômage, ça peut faire du bien. On peut se reposer, faire tout ce que l’on n’a pas le temps de faire quand on bosse 10 heures par jour, 5 jours par semaine. Faire du sport, faire la grasse matinée, lire, rêvasser, surfer sur le net, prendre des vacances…Du coup, au début, c’était bien ! Et puis, ça a commencé à devenir long… Quand toutes vos journées ressemblent à un dimanche, quand vous ne connaissez plus la date du jour (à quoi bon ? pas de réunion, pas de rendez-vous), quand savoir que demain est un jour férié ne vous fait plus rien, quand vous appelez vos proches et vos amis à 10h du matin ou 15h et que vous vous dites « ah mince on est mardi, ils bossent… ».

Côté candidatures, c’est pareil, ça a commencé à devenir long… Au début, on m’appelait, on me convoquait pour des entretiens. C’était surtout les sociétés de conseil en entreprises qui cherchent juste à gonfler leur CV-thèque, en cas de mission éclair chez un client à 200 bornes de chez toi. Et puis, petit à petit, mon téléphone s’est mis à ne plus sonner : plus d’appels, sauf ces mêmes sociétés de conseil qui n’avaient rien à me proposer, mais qui voulaient juste savoir si je cherchais toujours du travail afin de mettre à jour mon dossier. Comme c’est mignon cette délicate attention.

Au début, et c’est logique, j’ai cherché du travail dans ma branche, ingénieur chef de projet donc, et pas trop loin de chez moi. Et puis j’ai cherché dans d’autres branches, toujours près de chez moi. Et puis j’ai cherché dans ma branche et dans les autres, mais loin de chez moi. J’ai postulé dans des sociétés de conseil, dans des entreprises privées, dans les mairies, dans les agences intérim, les associations. Et puis, les allocations chômage n’étant pas éternelles, j’ai fini par postuler à des postes d’assistante, de secrétaire… Mais là, évidemment, je suis trop diplômée. Quelqu’un pourrait-il m’expliquer quel problème cela pose à un recruteur d’embaucher une bac+5 à un poste de secrétaire, si la personne est d’accord pour être payée moins que quand elle était ingénieur, et si en plus le contrat est un CDD de 6 mois !? Pour un CDI, je peux comprendre que le recruteur ait peur que la personne trop diplômée lui fasse faux bond dès qu’elle aura trouvé mieux. Mais pour un CDD de 6 mois ? Au contraire, je dirais même qu’il est gagnant, puisqu’il a les compétences d’un bac+5 pour un salaire de Bac à Bac +2 ou 3.

Des candidats dans des cases

Si j’ai décidé d’écrire ce texte aujourd’hui, c’est pour m’indigner contre le recrutement en France. En tant que candidat, on n’est plus un être humain, avec son caractère, ses aptitudes innées ou acquises, ses compétences. Non, aujourd’hui, quand tu es un candidat, tu es juste un diplôme, et un nombre d’années d’expérience. Quand j’entends mes parents parler de leurs années de travail, à l’époque, on embauchait les gens qui avaient envie de travailler. Et c’est comme ça qu’on voyait des employés entrer dans l’entreprise en tant qu’opérateur ou ouvrier, et finir responsable de service ou même directeur. Parce qu’on ne se focalisait pas sur le diplôme. On ne mettait pas les gens dans des cases. Aujourd’hui, on a l’impression que les recruteurs ont ce jeu qu’on donne aux enfants en bas âge : une plaquette avec des trous carrés, des trous rectangles, des trous étoiles. « Ah désolé madame, on cherche un carré pour ce poste et vous, vous êtes rectangle : vous ne rentrez pas. Désolé. »

Je peux tout à fait comprendre que pour un recruteur, connaitre quelqu’un en lisant son CV et en discutant avec lui une heure, c’est peu, et cela rend le choix difficile. Mais parfois, je pense qu’écouter sa sensibilité, son feeling, c’est important. Faire confiance à la capacité d’apprentissage de la personne, ça peut marcher ! On dit souvent qu’apprendre sur le tas est plus efficace qu’apprendre sur les bancs d’une fac : alors, faisons-le ! Surtout quand les disciplines sont proches. Personnellement, j’ai été chef de projet dans l’industrie et j’ai postulé à un poste de chef de projet dans une mairie. Pas de réponse. Mon profil était-il si éloigné du poste ? Vraiment ?

Alors je lance un appel à tous les recruteurs de France et de Navarre : laissez tomber votre plaquette à trous, vos carrés, vos étoiles et vos rectangles, et laissez-nous, chômeurs, vous montrer de quoi on est capable !

Nabila, 28 ans, chômeuse diplômée désabusée, Mâcon

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9 RÉACTIONS
  • Eric 13 mai 2015

    He…Oui il faut faire son trou dans ce monde de plus en plus peuplé. Et j’ai l’impression que le travail devient une affaire de partage. Le Turn Over est le sang qui alimente le travail.
    C’est pour ça que j’ai cherché le moyen de faire quelques chose et j’ai par chance découvert une belle affaire personnelle.
    Je vous invite alors à vous inscrire sur http://www.adopt1job.com. J’anime régulièrement des webinaires et des visioconférences pour faire découvrir mon parcours, échanger et vous faire découvrir mon affaire qui deviendra peut-être la votre. http://www.adopt1job.com.

  • fufu 19 décembre 2015

    Bonjour Nabila,

    Je suis dans le même cas que toi aujourd’hui. As-tu trouvé un emploi ??

  • Lise 21 janvier 2016

    Partez dans l’Etat de New York (pas seulement à New York, mais autour d’Albany) etc. Tentez votre chance! Ils ont dû mal à trouver des ingénieurs. Les Américains sont tellement plus flexibles!! Ils n’hésitent pas à nous former en interne et à nous payer. Ne vous découragez pas.

  • Lhou 22 janvier 2016

    Bonjour,

    Je suis diplômée bac +5 et tout mon parcours a été effectué en alternance, je pensais que cela serait un fort atout une fois diplômée mais le chômage m’a rattrapée !
    Je me suis identifiée à ce que tu as écrit, je ne sais pas si je dois être réconfortée car d’autres sont dans la même situation que moi ou il faut prendre peur car à quoi sert de faire des années d’études pour enfin se sentir inutile ?!
    En tout cas, gardons l’espoir ! Et fouillons d’autres pistes. Bon courage

  • sasa 4 février 2016

    Bonjour,

    moi aussi bac+5 en management des organisations, j’ai eu du mal à trouver des stages, que j’ai qd meme réussi à avoir, j’en retire pas grand chose, et maintenant 6 mois à la recherche d’un emploi..
    y’a un prblm qlq part … je me sens nulle !

  • yass 8 février 2016

    Chômeur avec un bac+5 en finance + un stage de 5 mois et une alternance dans un grand groupe de 14 mois.

    Presque tous mes collegue de mon université ont trouvé depuis un moment, bien qu’ils soient moins expérimentés. JE ME RECONNAIS PARFAITEMENT DANS CE QUE TU AS DECRIS NABILA.

    Que faire??? qu’est ce qui bloque? si la crise est profonde pourquoi ce n’est que sur nous que ça tombe ?

  • Jibe 19 mars 2016

    Bonjour,

    tout d’abord merci de partager avec l’ensemble des lecteurs vos aléas dans la recherche d’emploi. Je me reconnais parfaitement dans vos coups de gueule. J’ai moi-même finis mes études fin octobre 2015 et recherche activement mon premier emploi. Enthousiaste au début, j’ai très vite compris le cercle vicieux dans lequel on était plongé une fois au chômage : dépôt de candidatures, premier contact très tard (au moins 1 mois par le recruteur), remplissage de dossiers de compétences, premier entretien qui n’aboutissent pas face à une concurrence déloyale…

    Je vis aussi les hauts et les bas au jour au jour, avec souvent une incompréhension de mes proches, et un enthousiasme qui ne suffit pas à vous réconforter. Je pense notamment retourner vivre chez mes parents début du mois de mai, et alors là je considère cela comme la cata. On a tous des jours pas vraiment le moral, on ne comprend pas pourquoi on vit ça alors que nos collègues de promo ont trouvé plus rapidement

    Je crois néanmoins au hasard et que tôt ou tard la roue tourne : j’ai notamment postulé à des offres qui initialement n’avaient pas été identifié de mon côté comme le top et qui pourtant m’ont apporté des bonnes surprises.

    On me dit cherche coute que coute n’importe quel job car le temps passe, mais c’est ce que je fais depuis le début je suis prêt à me sacrifier mais tôt ou tard cela ne passe pas : ce que je peux reprocher aux recruteurs c’est de ne pas savoir effectuer un tri pertinent dans les candidatures reçues, j’ai vaguement l’impression qu’ils choisissent un dixième du nombre reçu et advienne que pourra, un peu à l’arrache, eux-même cherchent un mouton à cinq pattes et ne le trouveront pas.

    Vu le parcours du combattant en France, je me demande si je ne vais pas partir sérieusement dans un autre pays, après tout à quoi bon insister dans un pays qui, au fond, ne veut pas des jeunes diplômés et les laissent dans la merde ?

    En tout cas, je vous souhaite une bonne continuation et un bon courage dans vos recherches.
    J’ai certains collègues qui se posent moins de questions : des personnes entières, qui explicitent carrément au recruteur que ce sont des personnes entières et qu’ils doivent accepter l’intégralité de la personne : soyez vous-même et ne vous laissez pas bouffer par des recruteurs incompétents !

  • Sarah 19 octobre 2016

    Ouaip…Pareille. J’ai fait mes études. J’ai travaillé pendant et après mes études. Je totalise pratiquement 6 ans de travail à 26 ans. Et là? Et bien rien. 1 an que je n’ai plus droit à rien. Ma faute, J’ai voulu un meilleur poste, 4h d’entretien, j’ai démissionné de mon ancien pour mon nouveau. Le poste de rêve (Enfin, pour moi). A la prise de poste, on m’a dit que non, finalement, ils ne me prenaient plus, ils s’excusaient pour la gêne occasionnée. Bam! Pas de preuves de futur embauche. Je n’ai pas eu le droit aux allocations chômages depuis 1 an. Au début, je cherchais des bons postes. Puis après un peu en dessous. Puis à la fin, je cherche dans n’importe quoi. Aujourd’hui en 1 an, j’ai bossé 2 mois et demi. Un petit contrat saisonnier et un petit CDD en tant que bouchère remplaçante (un comble, je n’avais jamais coupé de viande!). Et je n’ai toujours droit à rien. Je dépends entièrement de mon conjoint. Ca mine le couple. 1 salaire pour deux. Forcément, je n’ai droit à rien. Aujourd’hui, pour les postes les plus bas, on me dit « vous allez vous ennuyer », pour les postes élevés, on me dit, je n’ai pas suffisamment d’expériences. Je suis FATIGUEE!! Le mois prochain, je vais être à – 200€ parce qu’un salaire pour deux c’est trop peu! Plusieurs factures sont tombées (taxe habitation, chats malades, etc), pour aider, j’ai creusé un peu sur mon compte. Mais voilà, je ne peux pas prendre ma voiture, pas sortir, pas me faire plaisir. Rien. Mon couple en souffre. En France, être au chômage c’est ne rien foutre. Même mon conjoint, hier, il m’a coupé internet pensant que je ne foutais rien. Et j’en ai un peu marre. Je ne parle plus à personne tant j’ai honte de moi. Parfois je ne mange même plus. Enfin, pour dire que j’arrive à bout! Là, je n’ai même pas eu un seul appel!!!! Combien pariez vous que plus vous êtes au chômage depuis longtemps plus ils en déduisent que vous ne pourrez plus suivre le rythme?

  • Shadowplay 30 novembre 2016

    De quelle école es tu diplômée? Avec un cursus universitaire type master, je comprend que l’on ait un peu de mal a trouver du travail, mais avec un diplôme d’ingénieur et 3 années d’expérience, à moins d’avoir été licencié pour faute grave…c’est étonnant.

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