Je travaille, je déclare… ou pas

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Nous voulons tous avoir un emploi fixe qui nous permette de vivre dans cette société de consommation. Alors pourquoi le travail non déclaré a-t-il explosé ? Mon parcours apporte une réponse – évidente – à cette question.

Travailler pour aider mes parents

Dans ma famille, nous sommes cinq. Mon père est sans emploi et ma mère est assistante maternelle. Vous l’aurez compris, nous ne roulons pas sur l’or. C’est pour cela que j’ai commencé à travailler très tôt. Et j’aimais ça ! Je me sentais utile et, en même temps, j’aidais un peu mes parents.

Dès l’âge de 13 ans, j’ai commencé à garder les enfants de mes voisins et à aider ma tante dans son restaurant. Au début, je ne demandais pas de rémunération ; mes voisins sont des amis de la famille, ils me donnaient juste, parfois, un petit billet. De toute façon, j’étais mineure : impossible d’être déclarée. Parallèlement à cela, j’étais engagée dans plusieurs associations ; une passion!

Mais travailler, cela prend du temps, beaucoup de temps. À un moment donné, mes petits « boulots » ont commencé à m’empêcher de m’investir dans mes projets associatifs. À côté de cela, je voyais ma mère compter chaque petite économie réalisée. Alors, j’ai décidé de demander un « salaire ». À 13 ans, je me satisfaisais de peu, je voulais surtout aider mes parents. Pourtant, ils me répétaient toujours : « Ce n’est pas ton rôle ! L’argent que tu gagnes, il est pour toi. »

Pour la garde d’enfants, j’ai commencé à 3,5 euros de l’heure. Grâce au bouche-à-oreille, j’ai été contactée par beaucoup de personnes ; les amis, les collègues, les amis des collègues…

Accepter d’être sous payée ou perdre mon job

À 15 ans, j’ai commencé à sortir avec des copains qui travaillaient aussi : « Quoi ? Tu travailles pour 3,5 euros de l’heure ? Mais c’est de l’esclavage ! » Je ne m’en rendais pas compte à l’époque, mais mes amis avaient raison. J’ai donc demandé un petit peu plus à mes « employeurs ». Pas trop, pour ne pas les perdre : 5 euros de l’heure.

Aujourd’hui, j’ai 22 ans et je travaille toujours avec des enfants, toujours pour 5 euros de l’heure. Déclarer mon activité serait-il plus bénéfique pour moi ? Bien sûr, en étant déclarée, je gagnerais le double. Mais je perdrais plus de la moitié de mes contacts aussi. Alors que faire ? J’ai décidé d’en parler aux parents pour qui je travaille. Certains (4/10) ont accepté de me payer 7,5 euros de l’heure. Quant aux autres, c’est simple : soit je consens à être sous-payée, soit je perds mon job.

J’ai, plusieurs fois, tenté les petites annonces, les entretiens et les rendez-vous en mairie pour avoir un emploi déclaré, en vain. Alors, en attendant, je continue à travailler au noir ; je garde des enfants et je suis serveuse. Ces jobs m’ont beaucoup aidée, et je ne compte absolument pas arrêter. La sensation d’être « esclave » disparaît quand les 30 ou 40 euros que j’ai gagnés en une soirée permettent à ma mère de faire les courses.

Je sais que je ne suis pas la seule dans ce cas, alors on fait quoi ?

Sihem, 22 ans, Lille

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