Jeunes entrepreneurs : comment ils se sont lancés !

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Qui n’a jamais rêvé d’être son propre patron ? Créer son entreprise est devenu plus accessible grâce à la création de nombreux programmes d’accélérateurs et d’incubateurs de startup dans toute la France. Plus besoin d’avoir travaillé durant des années dans une grosse boîte, votre projet ne restera plus un rêve enfoui à l’état de fichier Paint, égaré au fond d’un sous-sous-dossier dans votre ordinateur !

Quatre jeunes entreprises encouragées par le programme Starter de la Numa SchooLab, une association qui accompagne à la création de start-up, témoignent de leur parcours. Sa responsable, Diane Taieb, nous présente ce premier démarreur de startup étudiante.

On ne se sent pas au bureau à Starter, l’ambiance y est décontractée, pas de traditionnel costard cravate pour ces entrepreneurs, pour reprendre un célèbre slogan “venez comme vous êtes”. Certains sont concentrés sur leur ordi, casque vissé sur les oreilles tandis que d’autres discutent au coin des tables. Les tableaux blancs sont couverts de post-it et d’ébauches de pitch, la présentation en quelques phrases de son projet. Ces jeunes entrepreneurs ont tous été sélectionnés pour le programme Starter.

Qu’est-ce que le programme Starter ?

On a créé le programme Starter après s’être rendu compte que les étudiants entrepreneurs n’avaient pas de structure d’accompagnement adaptée à leurs besoins. Il existait déjà des incubateurs et des accélérateurs de startup comme “Le Camping” et d’autres programmes, mais il fallait que le projet soit déjà à un certain stade de maturité. Le problème c’est que lorsque l’on vient de monter sa boîte en étant jeune étudiant, il y a peu de structures qui vous correspondent. Il y a aussi l’option des incubateurs des grandes écoles, mais là aussi la difficulté se trouve au niveau de l’accompagnement, car un jeune étudiant entrepreneur sera beaucoup mieux conseillé s’il est encadré par des professionnels avec des avis extérieurs que si cela se limite au réseau de son école. De plus, les incubateurs des écoles ne sont ouverts qu’à leurs étudiants, qui ont donc suivi les mêmes diplômes et possèdent les mêmes compétences. Quand on vient juste de monter sa boîte, on a besoin d’ouvrir son réseau au maximum afin de bénéficier de compétences complémentaires (juridiques, techniques…), ne serait-ce que pour avoir un avis extérieur ou des mises en relation.

Ici l’interview de Sarah, qui a lancé Studant, une application mobile qui facilite le partage d’information entre étudiants

Tous ces obstacles nous ont poussés à créer le programme en trois mois Starter, un démarreur de startups étudiantes qui s’adresse à de jeunes entrepreneurs qui en sont encore au début (recherche de leur produit, des utilisateurs). Starter leur donne un petit coup de boost et un accompagnement pour démarrer leur projet. Le programme s’articule autour de deux axes : des ateliers pratiques avec beaucoup de terrain et peu de théorie. Par exemple, on leur enseigne la méthode du lean startup qui consiste à aller dans la rue, interroger les utilisateurs et comprendre leurs besoins afin de tester son produit. Le second point important du programme est l’accompagnement de chaque entrepreneur par un mentor, un autre jeune qui a monté son entreprise.

De gauche à droite Paul, Alexis, Pierre et Livio, de la startup Alancienne.

De gauche à droite Paul, Alexis, Pierre et Livio, de la startup Alancienne.

Découvrez l’interview de Paul, cofondateur d’Alancienne, une startup qui livre des produits frais à domicile

On voit de plus en plus de jeunes se lancer dans la création d’entreprise. Qu’est-ce qui explique selon vous ce phénomène ?

Premièrement, la crise économique. Il y a eu beaucoup de désillusions des jeunes diplômés qui ont fait de longues études et rencontrent des difficultés à trouver un premier emploi ou se retrouvent à faire un métier qui ne correspond pas à leurs aspirations. Ensuite je crois que la génération Y, très connectée, en lien avec des gens du monde entier, se rend compte qu’il y a plusieurs façons de vivre sa vie. Selon moi, cette nouvelle génération voit plutôt la vie comme une succession d’expériences professionnelles enrichissantes. Pas comme leurs parents qui restaient des années dans la même entreprise ou qui avaient des carrières linéaires. Enfin, je crois qu’à l’ère digitale, il y a une valorisation de l’entrepreneuriat avec des success story comme Facebook, Instagram et Snapchat. Tous ces fondateurs de startup ont monté leur boîtes quand ils étaient jeunes. Cela permet de vaincre ses freins psychologiques et de s’identifier.

Les accélérateurs de startups et les couveuses d’entreprises fleurissent à Paris. « Camping”, “The Family”, “La SchooLab”… En 2016, Xavier Niel lancera le plus grand incubateur de startups au monde. Est-on en train d’assister à un véritable bouleversement de l’entrepreneuriat en France ?

J’ai l’impression que l’on exporte le modèle américain en France. Par exemple, Oussama Amar qui est le co-fondateur de  “The Family” a travaillé  dans la Silicon Valley et s’inspire énormément de Paul Graham, un entrepreneur à succès qui a accompagné plusieurs startup qui ont cartonné. De même, Numa a été crée à la base en instaurant le premier espace de coworking en France en s’inspirant de la Silicon Valley. Ce qui est dommage c’est que j’ai l’impression que la France n’arrive pas à trouver son propre modèle et se trouve obligée d’exporter des modèles étrangers.

Je reste cependant optimiste et persuadée que l’on parviendra à  former des gens plus créatifs en France. Aujourd’hui, on forme plutôt des gens pour qu’ils rentrent dans des moules et non pas pour qu’ils expriment leur personnalité et leurs passions. Pour moi ce bouleversement dans le système entrepreneurial français n’aura lieu qu’à partir du moment où on changera notre façon de pensée.  Quand on dira aux entrepreneurs : faites ce que vous aimez, essayez, et si ça ne marche pas, ce n’est pas grave, au moins vous allez apprendre des choses.

Le milieu de l’entrepreneuriat est encore un peu élitiste. On pourra réellement parler de bouleversement lorsque ce monde s’ouvrira à tous, peu importe l’intitulé du diplôme.  Il y a beaucoup de travail à faire au niveau de l’université pour qu’elle dépasse son image d’enseignement théorique, intellectuel, qui serait forcément en opposition avec le monde du travail, de l’entreprise. Il y a quelques avancées avec, par exemple, les programmes pépites mis en place par le gouvernement, mais cela reste encore minoritaire. L’enseignement universitaire doit être plus ancré dans le monde professionnel. Le savoir doit être mis en perspective avec la réalité.

Matthieu, créateur d’Opus, raconte comment, avec des amis, il a développé une application qui permet de découvrir des livres, des films et des séries grâce aux conseils et recommandations de votre entourage

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L’université offre désormais la possibilité aux étudiants d’avoir le statut d’auto-entrepreneur, ce qui leur permet de dédier leur stage au développement de leur projet. Beaucoup de programmes sont mis en place pour favoriser l’entrepreneuriat. Que diriez-vous aux étudiants qui ont un projet, mais qui hésitent à se lancer dans l’aventure de la création d’entreprise ?

Monter sa boîte quand on est encore étudiant est un moment très opportun, car on a pas forcément de contraintes financières comme une famille à charge par exemple. On est habitué à ne pas gagner de l’argent, donc nos attentes en termes de revenus restent raisonnables.

C’est aussi un moment ou l’on peut développer notre créativité, via les nombreuses rencontres que l’on fait, les milieux dans lesquels on évolue et cela permet d’avoir de nombreuses idées. Les risques de pertes restent très faibles. Si, par exemple, une personne monte une boîte et réalise deux ans après qu’elle ne fonctionne pas, elle pourra toujours rebondir, chercher du travail ou tenter un nouveau projet. Ce ne sera pas très grave. Il est à l’inverse beaucoup plus compliqué de quitter une entreprise pour laquelle on a travaillé durant quelques années. Les risques ne sont pas du tout les mêmes lorsque l’on a un loyer à payer, une famille et d’autres frais.

C’est également une bonne expérience pour un jeune étudiant entrepreneur car il développera de nombreuses compétences, se trouvera dans des situations concrètes. Il apprendra à être pragmatique, à réfléchir en termes de résultats, choses que l’on n’apprend pas forcément durant ses études. Si vous avez envie d’être entrepreneur et que vous avez quelques craintes, dépassez-les et lancez-vous tant que vous en avez l’envie et la motivation. Comment dépasser ses peurs ? En allant rencontrer d’autres étudiants qui ont crée leur entreprise, ces échanges vous donneront du recul sur leur parcours et vous réaliserez que vous en êtes aussi capable.

ll est également  très important de se mettre en relation avec des programmes d’accélérateurs et d’incubateurs de startups, qui sont des environnements propices aux rencontres et aux échanges. N’hésitez pas à poser vos questions  à de jeunes entrepreneurs ou à des programmes d’ incubateurs, rares sont ceux qui vous laisseront sans réponses. Ce sont des gens très ouverts et cela vous donnera l’opportunité de vous faire des contacts, d’avoir des conseils sur votre boîte et d’apprendre des expériences des autres. Il y a beaucoup d’espaces de coworking qui regroupent toutes ces énergies.

Découvrez l’interview de Simon, créateur d’Addr, une application originale pour les lecteurs d’ebook.

Enfin, il faut que les étudiants contribuent à développer l’entrepreneuriat au sein des universités. Il ne faut pas se dire que d’autres personnes s’en chargeront, mais plutôt être force de proposition, aller à la rencontre d’incubateurs et d’entrepreneurs, les fédérer autour de son projet et ainsi développer des partenariats qui bénéficieront à d’autres étudiants.

Starter est un premier programme pour une quinzaine de startups, mais on aimerait à terme que notre projet soit un dispositif d’accompagnement d’étudiants entrepreneurs partout en France. Nous essayons actuellement d’élaborer des partenariats avec des universités et des écoles afin d’ouvrir des programmes pour des startups dans ces établissements encadrés par de jeunes entrepreneurs.

Hawa, 22 ans, volontaire en service civique, Ile de France

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