Les galères d’être un jeune entrepreneur

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Les jeunes, bougez-vous ! Montez votre boite, c’est l’avenir ! Ok, sauf que dans les faits… ce n’est pas aussi simple que ça. Romain l’a vécu.

 

Dans la vie, j’ai toujours été optimiste. Je crois que c’est un peu mon moteur. Une façon faussement naïve de considérer mon avenir. Une confiance dans mes capacité à parvenir à mes fins en faisant des efforts, dans les règles que nous tracent notre société. J’ai fait des études, j’ai pas trop mal réussi. J’ai travaillé un peu, sans grande passion. Puis j’ai décidé de créer mon activité.

C’est à la mode, être jeune entrepreneur, ça fait classe. C’est Macron qui serait content.

Sauf que voilà, la vie n’est pas aussi simple que les spots télés ou les annonces du gouvernement. C’est légèrement plus compliqué que les nombreuses déclarations d’intentions qu’on peut lire un peu partout. On m’a filé une carte routière mais y a des travaux sur la route, des herses cachées et des nids de poule qui défoncent mes jantes. Est-ce que la caisse va tenir jusqu’au bout ? Je ne suis pas rancunier, mais je me demande si, depuis le début, on s’est pas foutu un peu de ma gueule. Je vous raconte…

Construire un Itinéraire-Bis

20 mai 2015, je dépose les statuts de l’association Itinéraire-Bis. L’aventure commence. Ça fait un moment qu’avec des amis on rêve de ce projet : ouvrir un lieu culturel qui soit à la croisée de nos engagements et de notre passion pour la musique.

Le projet ? Un café culturel et paysan : une scène de diffusion et de création artistique, avec des débats et des ateliers d’éducation populaire, en milieu rural.

Pour faire vivre le lieu, un bar et un restaurant, mais avec des produits de l’agriculture paysanne locale, histoire de mettre un maximum en application nos idées. Son nom ? Itinéraire-Bis. Une manière de dire qu’il n’y a pas de chemins tout tracés, qu’on va prendre les tangentes contre le fatalisme.

On est trois, puis quatre jeunes dans l’histoire. De maigres économies, c’est pas facile ces derniers temps. Mais rien ne nous arrête : on fait un site, on appelle la terre entière, et on lance un financement participatif en espérant qu’ensuite, on aura un peu d’aide de fondations ou de collectivités. C’est parti, on cherche 350 000 euros.

Les intentions… et la réalité

Côté financement participatif, le projet séduit, l’idée est belle et à Gaillac, tout le monde a envie de ce genre de lieu. En quelques mois, maintenant un peu plus d’un an, on réunit plus de 70 000 euros. On espère 100 000 d’ici la fin de l’année.

Côté collectivité, je suis assez optimiste. On correspond à beaucoup de compétences et d’objectifs politiques : créer de l’activité, favoriser l’agriculture biologique de la région, créer de l’emploi, valoriser le patrimoine, et proposer une scène de diffusion culturelle. Mais c’est le néant.

La Région nous dit qu’on est trop petits, puis qu’il faut attendre après les élections. La Communauté de Commune dit que ce n’est pas dans ses compétences, on attend encore des réponses de la ville, on ne rentre pas dans les petites cases du département, même le petit dispositif « action jeune Tarn » nous explique qu’on est trop gros…

Côté Europe, il faut d’abord les subventions des collectivités, et au moins une équipe de juristes pour remplir les dossiers.

La Banque Publique d’Investissement ne peut pas grand-chose, un crédit bail pour l’achat immobilier si on investit un million d’euros, ça m’a fait rire. Jaune.

Les fondations semblent plus ouvertes mais reportent de mois en mois si bien que les propriétaires du premier lieu visé s’impatientent et finissent par nous faire faux bond. Je ne peux pas leur en vouloir.

L’optimisme de l’action !

Mais Itinéraire-Bis, ce n’est pas un caprice. Et je n’ai pas l’habitude de pleurnicher, donc à chaque porte qui se ferme, on se relève et on en reprend une autre. L’expérience vient simplement conforter le cynisme facile qui consiste à dire qu’on nous promet tout mais que les élus ne peuvent rien.

Essayer d’être jeune entrepreneur, aujourd’hui, c’est donc plus compliqué que ce qu’on croit.

Avoir l’énergie, le collectif et les bonnes idées, ça ouvre moins les portes qu’être au MEDEF et demander 40 milliards de crédit d’impôt. Ça ouvre moins les portes que de promettre des bénéfices faramineux en créant des bars sans âmes comme des machines à fric.

On y arrivera, je pense, on s’adaptera, toujours, et on a avec nous des centaines de citoyen-ne-s surmotivés prêts à nous aider et qui nous donnent des raisons d’y croire. Mais je ne peux m’empêcher d’avoir un goût amer devant les chiffres du chômage que je viens gonfler et cette énergie qui ne trouve aucun écho dans notre pays alors qu’il en a tellement besoin.

 

Romain Jammes, 29 ans, entrepreneur, Toulouse

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1 RÉACTION
  • light 22 septembre 2016

    Tiens nous au courant ! J’aimerais bien savoir comment évolue ton projet !

    Bon courage et bonne chance !

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