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Lolita B.18 septembre 2020

À 15 ans, on n’est pas prête à devenir parent

Enceinte à 15 ans, je ne m'y attendais pas et mes proches non plus. À sept mois de grossesse, j'ai dû choisir entre accoucher sous X ou devenir jeune maman.

Par Lolita B.18 septembre 2020

Il y a quatre ans, j’ai appris ma grossesse, enceinte déjà de sept mois. Un moment difficile de ma vie car, à 15 ans, on n’est pas prêt à devenir parent.

Ayant fait un déni de grossesse et ne voulant pas de cet enfant, j’avais pris la décision d’accoucher sous X. Ce fut une décision difficile à prendre, mais, au moment de la première échographie, j’ai décidé de devenir parent.

J’ai appelé le papa, mais sa réaction n’était pas celle attendue. Mes amis étaient dans l’incompréhension. Enfin, si je peux dire « amis »… Des personnes qui, à l’annonce de ce bébé, vous disent : « Tu vas gâcher ta vie » ; « Tu as fait n’importe quoi » ; « Élever un enfant seule, c’est n’importe quoi. » Le seul ami qui est resté était mon meilleur ami à l’époque. Il est devenu mon copain, il a partagé toute l’évolution de mon fils depuis ses premiers jours !

Jeune maman, ça implique des concessions…

Mon papa a mal réagi. À cette période, je vivais chez lui, je venais de quitter le lycée, et ce fut l’annonce choc. Je me rappelle ses paroles quand je lui ai téléphoné, ses mots ont souvent résonné dans ma tête : « Tu retournes chez ta mère ! » On se voyait beaucoup moins, on se parlait moins également…

J’étais seule avec ma mère et le bébé dans cette histoire. Les derniers mois ont été difficiles (dépression, pleurs), mais mon choix était fait. J’allais élever cet enfant.

Alyson est devenue parent à 18 ans. Ça lui a donné la motivation de sortir de sa situation précaire, pour offrir une meilleure vie à son fils.

Mon fils est venu au monde. Voilà, la sortie de l’hôpital. Le moment que je redoutais le plus. Le regard des autres me stressait énormément, les gens me regardaient de la tête aux pieds. J’ai su passer au-dessus des critiques avec le soutien des personnes qui m’entouraient : ma maman, elle, a toujours été présente. J’avais eu l’impression d’avoir cassé notre lien mais, bien évidemment, le lendemain de mon accouchement, mon père était présent.

J’ai fait beaucoup de concessions… Mes études, mes loisirs – un peu, tout en fait. Tout d’abord, l’école de coiffure privée qui me faisait rêver et que mes parents s’étaient engagés à payer. J’ai vu un rêve d’enfant s’envoler en seulement quelques secondes.

Des doutes se sont installés : comment j’allais élever mon fils ? Comment et où m’en occuper ? Vivant chez ma mère, c’était dur. Comment j’allais travailler sans études ?

J’ai décidé de me débrouiller seule

Mon fils est devenu ma priorité. Je savais que j’allais donner ma vie pour lui. Après son arrivée, j’ai décidé de déménager à trois heures trente de tous les problèmes, dans le Loir-et-Cher. J’ai vécu seule dans une maison avec lui quelques mois. J’ai vécu ma vie comme je le souhaitais. Tout ce dont j’avais besoin, je l’avais. Ma famille m’a rendu visite, c’était le début de ma nouvelle vie.

Puis, je suis revenue vivre en Charente-Maritime pour trouver un emploi. C’est le début d’une nouvelle aventure pour nous deux, la reprise des loisirs, du sport. Pour le moment, j’ai tout pour moi. Même si je ne sors plus, même si je bouge moins, j’ai mon fils, et son bonheur m’apporte tant ! Cela me rend forte et heureuse.

On dira toujours d’une jeune maman des tas de critiques, mais on aura également toujours nos proches. En ce jour, je suis prête à être maman. Je ne suis pas une maman parfaite, personne ne l’est ! On ne naît pas parent, on le devient ! Que l’on soit jeune, âgée… On devient parent à sa manière.

Ce récit est un extrait de notre livre Vies Majuscules – Autoportrait de la France des périphéries, aux éditions Les Petits Matins. Loin des clichés, c’est la France des invisibilisé.e.s qui se raconte. Disponible en librairie le 1er octobre.

 

Lolita, 20 ans, salariée, Saintes

Crédit photo Unsplash // CC Wes Hicks

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