Comment j’ai été victime d’une secte

surian soosay
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Il y a 5 ans, il était 2h du matin quand je me suis souvenue d’une vérité violente, barbare et impitoyable. Les souvenirs sont revenus avec autant de brutalité qu’une voiture percutant un platane de plein fouet. Au début, je n’arrivais plus à respirer, alors je suis restée assise, immobile, incapable de faire autre chose. Triste réalité, j’avais effacé de ma mémoire le fait d’avoir été abusée pendant plus de 7 ans. Un abus moral, psychologique et physique.

Au début, tout était flou, des bribes de souvenir défilaient dans ma tête et puis son visage, ce visage dont je n’arrivais pas à me défaire. Des frissons, des nausées, puis un malaise. Cette chose qui m’a détruite au point que j’en efface sept ans de souvenirs s’appelle une secte. Une secte religieuse catholique. À sa tête : un homme, un fanatique, un tyran, un fou. Il se présentait comme étant Dieu, ou tout du moins son porte-parole attitré. Il s’attaquait aux personnes les plus vulnérables, psychologiquement défaillantes. Il se présentait comme un guérisseur ayant la capacité de les sauver de leur vie misérable. Car grâce à lui, Dieu les aime et les aide.

Comprenez ceci, quand on est malheureux, démuni de toutes aides humaines et financières, on laisse inévitablement le doux parfum de la dépression prendre le dessus sans en avoir pleinement conscience. C’est tellement plus facile de se dire qu’une puissance suprême nous aime et va régler tous nos problèmes. D’autant plus quand le guérisseur est constamment présent pour alimenter cette illusion. Ma mère a été sa première victime après son divorce. Elle nous a amenées, moi et ma petite sœur, chez lui pour notre bien, selon elle. J’avais 8 ans. C’était le début de l’enfer.

Au début les allusions à cette religion étaient tellement rares et subtiles que nous n’y prêtions pas attention. Le problème avec le guérisseur, c’est que c’était un fanatique très intelligent. Il nous a bercées, nous a endormies avec ses belles paroles et sa promesse de protection et de sécurité suprêmes.

Alors nous lui obéissions, persuadées que c’était la bonne voie, pour notre bien, pour notre salut. À la fin, nous étions ses objets, ses marionnettes. Il avait posé les mains sur nous, avait fait en sorte de se placer au centre de nos vies. Nous n’avions plus aucun libre arbitre.

Bientôt il a fallu nous séparer de tous nos amis, un par un, et des membres de la famille, car il les jugeait mauvais, il disait qu’ils représentaient « le diable ». Nous n’avions plus le droit de porter de bijoux, de mettre des vêtements noirs. Même la décoration à la maison se faisait rare. Tout ceci était le Mal selon lui. Des objets où « Satanas » (comme il l’appelait) pouvait s’accrocher.

Tout était le Mal, tout était Diabolique. Nous n’avions le droit de ne rien faire sans sa permission. Seul LUI comptait, ainsi que son opinion. Il nous avait enfermées dans un cercle vicieux où la peur dominait tout. À la fin, nous avions peur de Dieu, peur qu’il nous punisse, car le guérisseur disait : « Maintenant, il va falloir vous racheter pour ne pas m’avoir obéi».

La manipulation, le maître mot, l’arme fatale d’un emprisonnement et d’une soumission totale.

Il ne suffit pas de dire « allez, réveille-toi ! »

J’ai survécu parce que j’ai eu la chance de rencontrer une personne, devenue un ami, qui était la bienveillance et la gentillesse même. Il m’a peu à peu extirpée des bras de l’enfer, pour me ramener vers la vie, sans qu’il ne s’en rende compte. Je ne lui ai jamais raconté la situation dans laquelle j’étais quand on s’est rencontré, mais une chose est certaine : c’est grâce et à travers lui que j’ai repris goût à la vie.

Ma famille a suivi mon mouvement, je ne sais pas par quel miracle. Ma mère a commencé, elle aussi, à ouvrir les yeux, petit à petit, sur une réalité douloureuse. Mais combien ne s’en sortent pas ? Combien ne se réveillent pas de l’illusion dans laquelle nous a plongées le maître chanteur en se servant de l’arme la plus puissante : notre propre peur.

Je ne suis pas plus rentrée dans les détails de ce qu’il nous a fait pendant toutes ces années, car ce n’est pas le but de mon texte. Mon intention n’est pas de faire changer les avis concernant l’adhésion à une secte, mais simplement de montrer qu’une secte est tout aussi complexe que n’importe quelle religion ou relation amoureuse. Dans mon cas, le guérisseur ne s’est jamais revendiqué comme en étant une, c’est moi qui l’ai compris des années plus tard. J’aimerais aussi faire passer le message que faire partie d’une secte n’est pas forcément volontaire et qu’il ne suffit pas de se dire « allez, réveille-toi ! » pour en sortir. Il y a des victimes. J’en suis la preuve vivante avec ma famille. Cet homme et sa perversité nous ont affaiblies à vie, aussi bien moralement que physiquement. Il nous a brisées.

Venia, 20 ans

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