Franco-algérienne, je vais vous raconter mon arrivée à Paris

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Kabyle algérienne et française, Anya Kerrad a 19 ans. Le 21 avril 2015, elle mettait pour la première fois les pieds en France. Choc des cultures. Dépaysement total…

 

Je n’avais pas choisi la meilleure période pour venir comme l’avait si bien souligné la douanière de l’aéroport d’Orly : « Anya, c’est un joli prénom, mais pourquoi tu as choisi avril, il fait gris, il pleut, il ne fait pas beau… Bon séjour quand même. » Cette première rencontre avec une citoyenne française m’a rassurée. C’est vrai, il ne faisait pas très beau, mais ça ne me dérangeait pas. Qu’il pleuve ou qu’il grêle le plus important pour moi était d’être à Paris, « en France ». C’était un rêve, une envie, mais aussi un but : venir faire ma vie ici, y construire mon avenir et savoir qu’il est réalisable.

Première semaine : en mode « extraterrestre »

Je ne savais ni comment me déplacer, ni comment acheter un ticket. A chaque fois, je traversais sans prêter attention aux feux tricolores ou aux passages piétons. Du coup, je me tapais la honte. J’ai même failli faire tomber un cycliste sur les Champs Elysées…

Je me faisais klaxonner, ce qui m’énervait terriblement car je ne comprenais pas pourquoi.

Parfois, des piétons bienveillants m’empêchaient de traverser en me retenant in extremis par le bras…

Je me disais : « Mais qu’est-ce qu’ils ont tous à me retenir ?! » Je ne faisais même pas attention qu’il y avait des feux pour les piétons. Question d’habitude : en Algérie les feux et les passages piétons ne comptent pas. Les voitures évitent les piétons puisqu’il n’y a pas toujours de trottoir, surtout dans les villages. Du coup, le piéton traverse, la voiture s’arrête… normalement.

Mon père me dit souvent qu’en Algérie, les piétons se croient plus solides que les automobiles.

Tous ces changements, ces nouvelles habitudes à adopter, d’autres à atténuer, m’ont transformée, en mieux je pense.

Je ne voulais pas être en mode extraterrestre toute ma vie, moi aussi je voulais me fondre dans la masse, mais sans perdre mes origines pour autant.

J’étais émerveillée par ce nouveau monde qui s’ouvrait à moi : la beauté des paysages, l’architecture, le patrimoine… J’étais admirative face à tout cela, toute ces choses qui en disaient long sur l’histoire de ce pays qui est maintenant le mien. Mais il me restait tant à apprendre et à découvrir.

Premier mois passé : le mal du pays

Les jours ont passé. Un mois et demi que j’étais en France.

La famille, les amies, les saveurs, le soleil et l’ambiance du pays me manquaient. La solitude commençait à prendre place dans mon cœur. Je me sentais seule, toujours à courir après des papiers, parce qu’il en manquait toujours un, toujours à me demander quoi faire. Je commençais même à me demander ce que je faisais ici. C’est vrai, la douanière d’Orly avait probablement raison. Rien ne me réchauffait le cœur, ni chaleur, ni gaité et encore moins d’échanges et de bonne humeur.

Dans le métro, dans les rues, le temps est gris, les gens sont gris. Ils sont toujours pressés, courent tous après le temps et oublient de vivre et de profiter de l’instant présent, chose que là-bas, en Algérie, les gens savent faire.

Le soleil, la chaleur, la lumière et les plats épicés sont un merveilleux cocktail pour être de bonne humeur. Alors comment faire pour relever la tête, pour ne pas perdre sa joie de vivre quand tout semble gris autour de nous ?

Le mal du pays ! C’était bel et bien cela. En arrivant en France, je m’étais promis d’y réussir ma vie, et comme je tiens toujours mes promesses, j’ai dû me retrousser les manches et affronter mes peurs ! Heureusement, j’ai plus d’un tour dans mon sac.

Il a fallu que j’aille chercher toutes ces petites choses qui me rendaient la vie si douce.

Une pincée de…

Un zeste de…

Un bain de…

Et puis surtout beaucoup, beaucoup de…

Ma force : ma double culture

La vie n’ai pas toujours facile et il faut se battre pour arriver à ses fins et cela, sans baisser les bras ni se morfondre sur soi-même. Et sans pour autant écraser les gens autour de soi, ça va de soi.

Ma double culture franco-algérienne m’a beaucoup aidée pour m’intégrer et m’adapter, mais aussi pour rester déterminée à réaliser ma vie en France.

C’est parce que j’ai réussi à dépasser ces difficultés que je me suis rendu compte qu’avoir une double culture était une force. Nous sommes tous capables de nous adapter à de nouveaux mode de vie et dans ma tête, déjà toute petite, j’étais métisse, culturellement parlant.

Grâce à mes parents, j’ai baigné dans la langue et la culture française tout en recevant valeurs et culture algériennes.

Ils ont pris le meilleur des deux et pour moi, c’est un grand atout, que ce soit dans les études ou dans la vie de tous les jours.

Aujourd’hui, je suis fière de dire et même de crier haut et fort, sur tous les toits, que je suis FRANCO-ALGERIENNE !

 

Anya, 19 ans, étudiante à l’Ecole de la 2ème Chance, Clichy

 

Bonus

 

Dans une interview (« Debout les Citoyens » de Radio Africa N°1), Anya a précisé sa vision multiculturelle de la société. Elle est aussi revenue sur son parcours et ses espoirs. Morceau choisi. 

 

 

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1 RÉACTION
  • light 14 octobre 2016

    Bonne chance ! Mon grand-père est algérien kabyle mais ça fait plus de 50 ans qu’il est en France (il en est parti pendant la guerre d’Algérie) Malheureusement, il n’a jamais beaucoup parlé de sa vie là-bas, ça doit lui rappeler de mauvais souvenirs,avec la guerre. Je ne l’ai jamais entendu parler arabe ni rien. Pourtant j’aurais bien aimé apprendre. Mais ça ne m’empêche pas d’être assez fière de mes origines.

RÉAGIS