Handicap mental : le plus difficile est-il d’habituer les autres ?

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Durant ma scolarité, j’ai eu l’occasion de rencontrer plusieurs élèves atteints de handicap, physique ou mental. Aujourd’hui, je suis étudiante à l’IUFM et mes stages ont aussi été ponctués par ces rencontres. L’une m’a particulièrement marquée : une petite fille en classe de CE1, handicapée mentale. Elle était suivie par une assistante de vie scolaire qui l’aidait à surmonter ses difficultés. Mais certains élèves de la classe de CE1 n’étaient pas tendres avec elle, frustrés qu’ils étaient de voir qu’elle bénéficiait d’une aide pour « elle toute seule », n’hésitant pas à mettre en évidence ses « limites ».

Trop souvent rejetés

Loin de moi l’idée de jeter la pierre à ces enfants qui se retrouvaient en fait devant une situation qu’ils ne savaient pas appréhender autrement. Mais à une époque où on essaie tant bien que mal de concevoir davantage d’aménagements pour les personnes en fauteuils roulants, une citation de la Comtesse d’Houdetot, muse de Rousseau, résonne dans ma tête : « On s’habitue à ses infirmités, le plus difficile est d’y habituer les autres ». Pas de scoop. Mais cette idée d’habituer les autres, bien que tristement en phase avec la réalité, me gêne. Quel problème ça leur pose, à ces « autres » dont je fais partie ? Les handicapés mentaux suscitent bien des curiosités, encore trop souvent discriminés, rejetés voire même insultés.

Inclusion plutôt qu’intégration

Cela pose alors la question de l’inclusion des personnes atteintes d’un handicap mental. Oui, inclusion. Car depuis quelques années, nous sommes passés des pratiques d’intégration aux pratiques inclusives. Ce n’est ainsi plus à l’enfant ou à l’adulte handicapé de faire la démarche de s’intégrer, mais bel et bien à la société de l’inclure en son sein. A nous, à moi d’apprendre des autres et de les accepter. Cette nuance subtile remet en cause le rôle de chacun lors de l’arrivée d’un handicapé en milieu scolaire, universitaire ou professionnel : au delà même de l’accueil dans un milieu précis, il s’agit là d’une volonté de reconnaissance sociale. Mais est-ce légitime de parler de reconnaissance sans connaissances ?

Un apprentissage de l’autre

Je le sais, la méconnaissance de l’autre amène au rejet. A l’IUFM, la question des personnes à besoins éducatifs particuliers est abordée avec un regard bienveillant, en nous apprenant à reconnaître pour les déceler dès le plus jeune âge les différents troubles : les plus courants en milieu scolaire (dyspraxie, dyslexie…) et ceux qui nécessitent une prise en charge en milieu spécialisé (autisme, trisomie). Apprendre à connaître l’autre est un premier pas dans l’acceptation des différences. L’enseignant(e) (que je serai) a précisément un rôle important dans la diffusion des informations sur le handicap de certains de ses élèves, pour atteindre l’objectif ultime de toute vie en communauté : vivre ensemble. A moi de jouer le jour où je retrouverai un enfant de la même situation que cette petite fille qui n’a jamais rien demandé à personne.

 

Sophie, 25 ans, étudiante en préparation au concours de professeur des écoles, Nancy

Crédit : Sarah Kaplan

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