Introvertie dans une société d’extravertis

I challenge you to
Share on FacebookTweet about this on TwitterShare on LinkedInShare on Google+Email this to someone

« Bonne élève mais manque de participation à l’oral. » Ou « De très bons résultats mais trop discrète. » À la lecture de mes bulletins scolaires, ces commentaires étaient bien trop présents à mon goût. Je les lisais souvent comme des reproches car j’avais l’impression que mes professeurs étaient unanimes pour affirmer que quelque chose clochait chez moi. « ¡ Màs fuerte por favor ! » me répétaient systématiquement mes professeurs d’espagnol, pour les rares fois où, contrainte, j’osais m’exprimer oralement.

Parle plus fort !

Si seulement je n’avais entendu ces mots que dans le système scolaire… mais y compris dans le quotidien le calvaire n’a cessé d’être présent. Ne pas s’exprimer avec une voix forte et claire pour demander une simple baguette, les sourcils de la boulangère se froncent et elle dit légèrement agacée « Comment ? Une fougasse ? » Si la deuxième tentative est tout aussi inaudible que la première, là, c’est le drame : « Vous pouvez parler plus fort s’il vous plaît ! » Le ton n’est plus aussi sympathique et je sens bien les yeux des gens impatients juste derrière moi.

C’est ma faute.

Je devrais parler plus fort.

Je devrais arrêter d’être timide.

Je devrais m’affirmer beaucoup plus.

Je devrais arrêter de stresser pour rien.

Je devrais.

Je dois.

Parle plus fort !

Arrête d’être timide !

Affirme-toi encore plus !

Arrête de stresser pour rien !

Allez, montre-leur !!

« Sois sociable et vendez-toi ! »

Mais je n’y arrive pas. Être ce que je ne suis pas dans le but de correspondre à ce que les autres attendent de moi est un exercice périlleux, j’ai failli y perdre mon identité.

Enfant, j’ai passé des week-ends entiers à parcourir la bibliothèque ou à rester enfermée à dessiner et à lire pendant des heures. Encore une fois, pour les autres, quelque chose n’allait pas car la société disait qu’à cet âge, il fallait s’amuser en extérieur avec tout plein de copains et chahuter en bande. C’était le signe qu’un enfant était équilibré.

Aujourd’hui, en tant qu’adulte, la société affirme continuellement que je n’ai que peu de valeur à ses yeux. « Sois sociable et vends-toi ! », me dit-elle très souvent dans le cadre du travail. En réalité, elle ne sait pas trop quoi faire des gens comme moi ; les introvertis, les timides, les discrets, les réservés ou encore, dans le genre moins agréable : les coincés.

Au travail, selon le domaine, les réunions collectives sont plus ou moins fréquentes. J’ai été stagiaire graphiste dans une petite agence de communication et à cette époque, lors des brainstormings, je prenais rarement la parole, contrairement à l’autre stagiaire qui avait le débit plus facile. Autant dire que mon intégration a été laborieuse, à tel point que l’un de mes supérieurs ne connaissait pas mon prénom alors qu’au total, nous étions seulement quatre salariés et deux stagiaires.

Cela étant dit, j’ai vraiment réalisé que ma façon d’agir ou d’être pouvait représenter un handicap, professionnellement parlant, lorsque je n’ai pas été prise sur un poste, alors que j’avais les compétences requises. Le recruteur m’a clairement dit que j’avais des atouts, mais que je ne savais pas du tout les mettre en avant. Peu de temps après, au cours d’un autre entretien, il m’a confié devoir aller à la pêche aux informations avec moi, à cause de ma réserve.

Je refuse d’être ce que je ne suis pas

À qui la faute ?

« La tienne » surenchérit la société, « T’as qu’à te lâcher un peu ! Impose-toi ! Tu crois que tu vas trouver du travail en étant comme ça ? »

Hier j’en pleurais de ne pas être comme tout le monde, mais aujourd’hui je refuse d’être ce que je ne suis pas. Je refuse de m’infliger une souffrance quotidienne pour être à la hauteur que des inconnus ont fixé pour ma vie sans me connaître. Tout le monde sait pertinemment que malgré tous les efforts fournis pour atteindre l’idéal de cette société, ce ne sera jamais assez.

Alors je décide chaque jour de continuer à être moi-même, à ne plus laisser qui que ce soit me dicter qui je dois être. Si parler devant cinq personnes ou une foule me met mal à l’aise, je ne tenterai pas de le cacher et je ne laisserai pas non plus ce mal l’aise m’empêcher de parler. C’est donc par choix que je décide de m’ouvrir davantage et non plus à cause d’un diktat absurde. Pour être honnête, ce n’est pas agréable d’être en dehors de sa zone de confort, cependant, j’ai compris que je puise beaucoup plus de force et de joie à dépasser mes limites plutôt qu’à fournir des efforts pour ressembler à quelqu’un que je ne suis pas et que je ne serai jamais. « Tu perds ton temps ! » continue de se moquer quotidiennement la société, mais c’est peine perdue : je sais qui je suis, et je le vis de mieux en mieux.

 

Cécile M., 26 ans, développeur en devenir

Crédit photo Camille Cohendy

Share on FacebookTweet about this on TwitterShare on LinkedInShare on Google+Email this to someone
TAGS :
5 RÉACTIONS
  • Cécile 1 avril 2016

    C’est drôle, on a les mêmes initiales. Et je suis introvertie aussi… Je voudrais pouvoir passer outre ce que pense les autres, mais je n’arrive pas à dépasser le fait de ne pas être à la hauteur.

    C. M 34 ans et des brouettes

  • Pauline 1 avril 2016

    Hier nous parlions également avec une amie du fait que l’on dit souvent aux enfants de se taire, et qu’on est dans une société ou la prise de parole de l’enfant est brimée, réprimée, et largement minimisée. Que ça soit dans le cercle familiale ou scolaire. On envoie donc des messages contradictoires aux enfants et aux adolescents, qui se retrouvent à devoir tantôt se contenir, tantôt à savoir faire preuve d’extraversion (« savoir se vendre »). Pas facile de trouver sa place et son équilibre.

  • R.M 31 ans 1 avril 2016

    Article très intéressant !
    Je n’avais jamais vu les choses sous cet angle.
    J’ai toujours pensé que le fait d’être introvertie, réservée était un défaut… Dans mon cas, une plaie… Ce qui est totalement faux parce qu’au final tu ne veux pas changer pour les bonnes raisons au risque de perdre la notion de qui tu es réellement, comme tu l’as si bien souligné.
    Je voulais changer pour avoir plus d’amis, être plus aimé, paraître plus intelligente, en gros pouvoir m’intégrer dans la société. Mais au finale je ne savais plus qui j’étais…
    Merci ma sœur chérie j’aurai appris quelque chose d’important.
    Et je conclurai en disant  » La parole est d’argent et le silence est d’or ». Comme quoi on n’a pas besoin de toujours parler…

  • Lily 12 avril 2016

    J’ai du mal à faire la distinction entre introversion et anxiété sociale…
    Ce qui est étrage, c’est que je travaille dans le publique, et je n’éprouve aucune gêne avec les clients.
    Cela se gâche au niveau des loisirs où je dois créer des liens avec un groupe de gens que je dois voir chaque semaine. Est-ce la peur du rejet? J’ai l’impression que ma gêne devient la CAUSE de ce rejet, justement…

  • Sarah 10 mai 2016

    Aussi loin que je me souvienne, j’ai toujours été comme cela également. Besoin de temps pour moi, de m’isoler pour réfléchir, faire le point, avoir des idées nouvelles, trouver des solutions, écouter de la musique, dessiner, écrire… J’ai toujours eu une « vie intérieure » riche et nécessaire pour avancer, nécessaire pour faire le plein d’énergie.

    Des « Manque de participation à l’oral », « Trop discrète », « Il faudrait participer davantage » : mes bulletins scolaires en sont remplis. Des « Vous manquez de dynamisme », « il faut mettre de côté votre timidité », « vous croyez qu’on va vous embaucher en étant comme ça », « on ne sait jamais ce que tu penses » et j’en passe, j’en ai entendu de l’enfance jusqu’à maintenant. Les gens vous sortent ce genre de phrases et s’étonnent ensuite de votre manque de confiance en vous. Mais à force de faire culpabiliser une personne à propos de son caractère, on risque d’en faire quelqu’un de complexé, voire un anxieux social. Si on ne m’avait pas répété toute ma vie que je suis timide, trop discrète, peut-être le serais-je moins car je serais moins stressée aujourd’hui par ce manque de confiance lors de situations sociales. En gros, mon impression est que ce manque de confiance, cette anxiété sociale que les autres me reprochent, (le plus souvent des personnes avec une certaine autorité : profs, employeurs, conseillers sociaux, etc. ), ce sont ces mêmes personnes qui l’ont créé en moi en me disant implicitement que je ne suis pas adaptée.

    Je suis qui je suis, avec mes qualités, que d’autres considèrent comme des défauts, Moi, ça me va très bien ainsi, je suis heureuse. Bien que je sois souvent « dans ma bulle », j’apprécie le contact humain même si c’est avec modération, je pense être plutôt agréable, trop gentille peut-être et j’ai toujours respecté les autres, leurs choix, leurs façons d’être, de penser, même quand j’ai du mal à les comprendre. En revanche, la société ne m’accepte pas comme je suis et ne vois pas les efforts que je fais depuis toujours au quotidien pour me conformer, être quelqu’un qu’au fond je ne suis pas. Et j’en ai assez, je veux bien essayer de dépasser certaines choses, relevez des défis quand l’envie nous prend, ça peut faire beaucoup de bien, mais j’ai horreur de jouer la comédie et essayer d’être ce que je ne suis pas. Cela ne fonctionne pas et fini par me rendre malade. Est-ce que je reproche aux autres d’être ce qu’ils sont ? Est-ce que je leur conseille d’arrêter d’être extravagants, beaux-parleurs, énergique ou que sais-je encore ? Pourquoi pas leur orientation sexuelle ou leur couleur de peau tant qu’on y est ? Je suis une personne assez introvertie, réservée, et alors ? Je suis née comme ça, comme je suis née avec la peau claire. Je peux toujours me faire bronzer parce que je trouve ça beau, je sais pertinemment que j’ai la peau blanche et que mon teint hâlé n’est qu’une illusion provisoire. A un moment, il faut s’affirmer, ne pas avoir peur du regard des autres ou être inquiété par leurs mots. Moi aussi aujourd’hui, je comprends mieux qui je suis, comment je fonctionne et les difficultés que j’ai vécu. Je n’ai plus peur de le dire et si ça ne plait pas, c’est pareil. Ce qui m’a d’ailleurs valu un « vous êtes marginale » récemment, mais bon si ça rassure la société de toujours vouloir faire entrer les gens dans des cases, tant mieux pour elle ou tant pis. Moi je veux simplement être libre.d’être qui je suis et faire mes propres choix. Comme le chantait Gloria Gaynor « I am what I am ». 🙂

RÉAGIS