Je suis jeune catholique pratiquante et ça se voit…

19 août 2011: Foule lors de la Via Crucis organisée pendant les JMJ 2011, Madrid, Espagne.
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Je m’appelle Pauline, j’ai 21 ans et j’étudie l’histoire de l’art et l’italien à l’Ecole du Louvre et à la Sorbonne. J’habite en plein Paris, dans un beau quartier, dans 50 m2. Je suis fille, petite-fille, nièce, cousine d’enseignants agrégés. Autant vous dire que je n’ai jamais eu de problèmes à l’école ni avec mon banquier. J’appartiens à la bonne bourgeoisie française, familière des apéritifs du dimanche midi chez Bonne-Maman, au Porto et au Frontignan, dans un grand salon avec un piano et des fauteuils Louis XVI.

Pas seulement dans mon petit monde…

Je vous vois d’ici vous demander ce que je viens faire sur un site qui s’appelle ZEP. Pour bien en remettre une couche, je vous dirai que je suis catholique pratiquante, que ça se voit, non pas parce que je rayonne de l’Amour éternel – j’aimerais bien – mais parce que, malgré tous mes efforts pour l’éviter, je m’habille comme une grosse catho.

Mais j’espère pourtant ne pas être catholique que socialement. Et je ne veux pas vivre dans mon petit monde. Parce que je voudrais avoir un cœur vaste comme ce monde que j’aime et qui ne va pas toujours bien. Et je sens que ma place, avec tout ce que j’ai reçu de culture, d’érudition, d’attachement à l’étude et aux belles choses, sera de transmettre, en devenant moi-même enseignante.

C’est à dessein que j’écris pour ZEP. Parce que je sais qu’on n’y voit pas souvent des chrétiens. Et peut-être que j’enseignerai en ZEP, peut-être pas. Mais ce n’est pas ça qui importe. Je voudrais que cet article montre à quel point il faut briser les frontières, que ce n’est pas normal qu’être « catho » veuille dire pour beaucoup de gens savoir danser le rock, porter une chevalière, se fiancer puis se marier à tout prix avec un type avec la raie sur le téco et une particule à son nom de famille, et surtout, surtout, ne connaître que son petit monde.

Parce qu’il y a quelque chose d’affreux. C’est qu’il n’y a pas besoin d’aller faire un an d’humanitaire dans un pays du tiers-monde, ou d’aller sauver les ours blancs en Antarctique. La misère et la mort sont là, sur la grille du métro où un homme avec 3 grammes d’alcool dans le sang et rien dans le ventre essaie de ne pas avoir froid. Et ça, je le vois en prenant le métro tous les matins. La misère est aussi là, chez ces jeunes qui arrivent en 6ème sans savoir lire, sans savoir que l’étude sauve et que dealer n’est pas un métier d’avenir, et chez ces enseignants découragés, désarmés, constamment mis à l’épreuve. Et puis dans cette école dont on suce le sang, qui n’enseignera (entre autres) bientôt plus le latin, alors que ce sont mes plus beaux souvenirs d’élève.

On n’écoute pas que du Bach en parlant équitation

Je voudrais aussi avec cet article briser les préjugés, qui vont dans les deux sens. Moi aussi j’ai caricaturé le « catho-social » quelques lignes plus haut. Et plus haut encore, je me suis caricaturée moi-même. Oui j’ai fait dix ans de piano, je mets des jupes sous le genou, mes parents votent à droite, je suis allée à la Manif pour Tous. Bref, oui, je suis une catho de base, pour parler clairement. Mais l’énorme majorité de mes amis ne sont pas chrétiens, et mes amis homosexuels, mes amies lesbiennes, sont des ami(e)s, des gens que j’aime et qui m’aiment, point-barre. A l’école du Louvre, je me suis spécialisée dans l’art indien, j’ai étudié pendant trois ans une mythologie qui, en tant que chrétienne occidentale, peut paraître bien déglingue, mais ça m’a passionnée. Et quand un certain Pierre-Guillaume m’a dit « si tu es catholique, tu ne dois pas étudier cette matière », j’ai éclaté de rire. J’aime beaucoup le rap français et l’une de mes chansons préférées est Seine-Saint-Denis Style de NTM, et ça fait bien rire mes amis. Alors voilà, les « cathos » sont certes pincés, souvent riches, souvent entre eux, mais bien souvent ils donnent de leur temps pour les autres, pour les plus démunis, en toute discrétion. Et on n’écoute pas que du Bach en parlant d’équitation.

Fissurer le mur bourgeois/populaire

Notre centre et en même temps notre ligne d’horizon, c’est juste ça : « Tu dois aimer ». L’amour, c’est un devoir. Obligé. Parce qu’aimer ça s’apprend. Et on a tous un endroit, une personne, un type de vie, qu’on aimera le mieux.
La place où j’aimerai le plus, où j’aimerai le mieux, ce sera ma place de prof d’italien en collège. C’est mon rêve. Et je sais que je vais être déçue. Parce que je vais vouloir leur parler de Pasolini, de Fellini, de Moravia, alors qu’il faudra leur répéter dix fois comment on conjugue le verbe être au présent et que oui, je sais, bien souvent, sa LV2, on s’en tamponne.

Dans quelques semaines, je commencerai à faire du soutien scolaire bénévole auprès d’un élève d’un collège difficile. Je suis pleine d’espérances, je pense à des livres qui pourraient lui plaire, à de la musique….Alors que ce sera peut-être juste une demi-heure de lutte pour qu’il veuille bien faire ses devoirs et une autre demi-heure à expliquer ce qu’est un C.O.D. Et dans tous les cas, ce sera bien. Parce que j’aurai fait de mon mieux, parce que je lui aurai transmis une toute petite partie de la chance immense que j’ai eue, et parce qu’une petite partie du mur qui sépare Paris-bourgeois et Paris-populaire aura été un peu fissurée, et parce que, je l’espère, il aura vu une jeune fille que les études et l’amour des autres rendent heureuse.

Tout ce qui n’est pas donné est perdu (proverbe indien).

Pauline S., 21 ans, étudiante, Paris

Crédit photo Louis Marie MELCHIS/CIRIC

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4 RÉACTIONS
  • Nin' 16 janvier 2016

    Quand je lis « je suis allée à la Manif pour Tous », je ne peux m’empêcher de comprendre « je suis homophobe. » Les larmes me montent aux yeux, des larmes de colère. Puis, deux lignes plus bas, je lis « mes amis homosexuels, mes amies lesbiennes, sont des ami(e)s, des gens que j’aime et qui m’aiment, point-barre. » Alors je pense à mon amie témoin de Jéhovah qui accepte ma bisexualité sans l’approuver, tout comme je respecte ses croyances en étant fermement athée. Et la colère s’en va. Rien n’est incompatible lorsqu’on fait l’effort d’essayer de comprendre les autres.
    J’ai été élevée par une mère catholique, éduquée dans une école catholique, en province, et ici les catholiques ne sont pas tous riches et ne jouent pas tous du piano dans un grand salon avec des fauteuils Louis XVI, loin de là. C’est rassurant dans un sens, cette diversité.
    Je voudrais devenir professeur de langues aussi, mais en plus d’élargir l’horizon d’élèves moins favorisés, je voudrais également prouver que l’on peut aller loin dans ses études supérieures (pourquoi pas passer l’agrégation ou rédiger une thèse), en n’étant pas issu du milieu décrit dans cet article, en venant du bas de la classe-moyenne, en ayant rejeté la religion dans laquelle on a grandi, et en ayant une sexualité « différente ». Parce qu’en effet, « on a tous un endroit, une personne, un type de vie, qu’on aimera le mieux. » Et quels que soient cette personne ou ce type de vie, ils ne devraient jamais être un frein à la réussite ou une source de préjugés et de discrimination.
    En tout cas, merci, Pauline S., pour cet article.

  • Gio 16 janvier 2016

    Très intéressant! En tant qu’italien catholique à Paris (et étudiant d’histoire en plus), je suis très intéressé à la réalité du catholicisme en France. Donc, merci pour cette article!

  • Laura 20 janvier 2016

    Dans ton article on peut lire ton analyse de ton environnement social et de ses limites notamment dans son ouverture vers l’extérieur. Et ton envie de dépasser ces limites pour justement accéder à cet extérieur.
    L’impression que me donne tes propos c’est que ta vision de cette ouverture est à sens unique, c’est à dire de toi vers les autres. À la fois lorsque tu parles des « riches » qui donnent beaucoup aux « pauvres » et aux profs qui transmettent aux élèves.
    Je crois qu’il faut dépasser ces visions qui classent les gens dans des cases. Tout ça ce sont seulement des personnes qui se trouvent, qui échangent et qui repartent forcément plus riches de cette rencontre.
    Ce n’est pas une personne qui donne à l’autre.
    Quand tu seras face à des collégiens je t’encourage à comprendre qui ils sont et ce que tu peux leur apporter. Si tu as beaucoup de connaissances en italien ne soit pas uniquement dans la transmission mais demande toi ce dont il ont besoin dans tes connaissances.
    Une dernière chose sur cet accompagnement que tu vas commencer. Là aussi tu peux en faire un moment d’échange. Et ne te sens pas obliger de plier sous la pression des devoirs et des leçons à apprendre par cœur. Échangez-vous des livres, de la musique, écoute ses histoires, parle-lui de toi, construisez des choses ensemble. C’est surtout ça l’accompagnement d’un enfant. Pour avoir aussi eu cette expérience, ce que j’en conclus c’est que j’ai sûrement beaucoup plus appris de tous les enfants que j’ai accompagné que ce que je leur ai amené.
    Bonne route!

  • Élie 21 janvier 2016

    Merci pour ce témoignage. Comme Laura je mets en garde contre l’échange à sens unique, qui n’est pas un échange. Mais je pense que tu t’en rendras compte très vite. 🙂

    C’est tout comme la Manif pour Tous, ce n’est pas à celles et ceux qui détiennent le droit au mariage de décider à qui ils et elles veulent bien le donner… Même en acceptant les personnes LGBT comme elles sont, ce n’est pas une excuse pour s’opposer à leurs droits.

    Je t’assure que même en ayant une famille et des amis pour partie aimants et ouverts – est-il besoin d’être ouvert pour « accepter » ? -, après avoir subi des violences pendant son parcours scolaire, avoir plusieurs fois dû courir pour avoir souri à un mec mignon dans la rue, avaler des couleuvres constamment pour ne pas « créer de problème » – paye ta culpabilité -, et j’en passe, il est très difficile d’être ouvert et de ne pas commettre d’acte ou de propos ma foi très violents à l’encontre de toute personne s’étant ne serait-ce qu’une minute opposée à ses droits.

    Sur cette phrase beaucoup trop longue pour un commentaire sur un blog mais beaucoup trop courte pour toute la violence reçue et encaissée, je tiens à préciser que celle-ci n’aurait pas lieu d’être dans une conversation avec quelqu’un de borné, qu’elle est la preuve de mon estime, et je t’envoie toute ma solidarité pour ton accompagnement.

RÉAGIS