Juive, on m’a dit : « Enlève ton étoile »…

Etoile de david
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« Enlève ton étoile », m’a-t-on dit lorsque je suis arrivée à Paris. « Surtout dans le métro. » Mon étoile ? Ce petit collier doré que je porte autour du cou ? Mon étoile de David qui me colle et me brûle la peau ; mon étoile avec laquelle je suis née sans la demander, et dont je reniais la signification jusqu’à peu.

Oui, la religion, Dieu, ne représentaient pour moi que du vent, des bêtises destinées à occuper l’esprit, des prétextes pour s’entretuer. Excepté la veille des examens, où un franc sursaut de foi revenait m’assaillir, je n’y avais jamais franchement cru plus que cela.

Et puis, devoir expliquer chaque année pourquoi non, je ne décore pas de sapin ; et puis, ces repas qui trainent en longueur avec des plats aux noms étranges, les prières et les chants dans une langue que je ne comprends pas, ces fêtes qui changent de date un an sur l’autre… De quoi en embrouiller plus d’un. Une lubie des générations d’avant, rien qui ne devrait me concerner, si ?

« Tu es trop juive »

Et pourtant.

Pourtant. On me dit que là, dehors, ils tuent encore des gens parce qu’ils sont juifs. On me dit qu’au 21e siècle, certains crient : « Juif, la France n’est pas à toi ». On me dit qu’aveuglés par une haine démuselée, ils assassinent la notion même d’Humanité. Qu’à petits coups d’ignorance, la noirceur reprend le dessus sur la raison ; et viennent fourmiller des commentaires nauséabonds sur les réseaux sociaux, à en faire saigner les yeux, postés par ces petits malins qui se croient bien cachés derrière leurs pixels, ne sachant visiblement pas par qui a été créé Facebook.

Des petites piques qui ressortent, des préjugés un peu enfouis de ceux qui ne connaissent ni ne comprennent. Des « tu es trop juive » après une soirée alcoolisée (dont je n’ai d’ailleurs jamais cherché à comprendre le sens, peut-être n’y en avait-il pas).

Et pourtant… Pourtant, c’est ce que je suis. Je peux changer de couleur de cheveux, de lentilles de contact ou même de sexe si je veux, mais pas d’identité. Pas de chair ni de sang. En quel nom devrais-je l’enlever, mon étoile, ce même symbole de la honte que mes grands-parents étaient forcés d’arborer sur leur veste, ce même hexagone mal cousu que mon grand-père avait dû arracher de son vêtement pour pouvoir survivre ?

Mon étoile ? Je l’enlève, puis la remets

J’oscille.

Selon mes humeurs, je l’enlève, puis la remets. Je l’ôte lorsque je me dis que cela ne regarde personne, je la porte à nouveau lorsque j’ai besoin d’un petit coup de pouce de ce ciel en lequel je crois une fois sur deux. Peu importe, qu’elle soit autour de mon cou ou non, elle reste tout de même habitée par une force qui me dépasse.

Fille des larmes, petite fille de mes arrières-grands-parents partis subir l’horreur sans revenir, de mon arrière-grand-mère russe décorée par l’Armée Rouge ; fille de tristesse, de survivants de la haine qui se sont battus pour que moi, je puisse continuer à porter cette étoile, faire mes courses, la vaisselle, râler, tirer la tronche dans le métro, et tout autant de gestes aussi inutiles que futiles, qui prouvent que la vie gagne toujours.

 

Kim Z., 21 ans, étudiante, Paris

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