La colonne en S et le moral en baisse

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Enfant, Apolline était une petite fille joyeuse et sûre d’elle. Mais en fin de primaire, tout a basculé. Aujourd’hui, à 19 ans, elle essaie de retrouver cette confiance perdue… à cause d’une scoliose.

 

Pour comprendre cette perte de confiance en moi, il faut remonter en 2004. J’avais alors 7 ans. Pendant l’été, j’ai appris à nager. A la fin de mon apprentissage, le maître nageur a conseillé à mes parents de m’emmener voir mon médecin. En effet, il avait remarqué que je ne nageais pas droit.

Mon médecin nous a dirigés vers un chirurgien orthopédique. La sentence est alors tombée : scoliose.

Peur des moqueries que j’allais subir

Je ne comprenais pas ce que c’était. Je voyais bien mes parents tristes, mais je ne comprenais pas pourquoi.

Le médecin m’a expliqué que j’avais la colonne vertébrale en forme de ‘S’ à la place d’être droite.

Tout d’un coup j’ai compris la tristesse de mes parents. Mais j’ai aussi eu peur. Aujourd’hui, avec le recul, je réalise que j’avais peur du regard des autres, de leurs moqueries.

Pendant quatre ans j’ai porté un corset qui remontait jusqu’au menton. C’était assez désagréable, d’autant plus que les premiers temps, je devais le porter toute la journée. Je ne pouvais l’enlever que pour me doucher.

Les enfants m’appelaient « Robocop »

A l’école, les enfants ne comprenaient pas ce que j’avais. Ils se moquaient et m’appelaient « Robocop ».

Ils étaient blessants… mais ne s’en rendaient pas compte.

A la fin de la  journée, quand je rentrais chez moi, j’étais triste. Un jour, mon père a décidé d’aller voir les enfants concernés et leurs parents. Suite à ça : plus de moqueries.

La suite de l’école primaire s’est plutôt bien déroulée. Par contre, arrivée au collège… c’est reparti !

A l’école, tous les enfants ou presque ont un cartable à roulettes. Au collège, les élèves ont un sac à dos. A cause de ma scoliose, je ne pouvais pas porter quelque chose de lourd sur mon dos. J’ai donc gardé mon sac à roulettes. Et les moqueries ont recommencé.

Même mon professeur d’histoire-géographie se moquait de moi. Il m’appelait « la voyageuse ».

Opération… et  complications

J’avais 11 ans quand l’orthopédiste m’a annoncé que j’allais devoir me faire opérer.

Normalement, une scoliose s’opère vers 16/17 ans. Mais la mienne s’était trop vite aggravée.

J’ai alors fondu en larmes. Ma mère aussi. J’avais peur, je n’avais jamais été opérée. Le médecin a essayé de nous rassurer, mais rien n’y a fait.

Quand il m’a demandé si j’avais des questions, la seule qui m’est venue à l’esprit a été : « Est-ce que je sonnerai à l’aéroport quand je prendrais l’avion ? »

L’opération s’est bien passée. Je commençais à m’en remettre… quand une complication rare est survenue.

Ayant perdu cinq kilos pendant mon opération, le passage entre mon estomac et mon intestin s’est retrouvé bloqué. Je ne pouvais plus rien digérer. Dès que je mangeais, je vomissais.

Solution : reprendre du poids. Un chirurgien a dû me poser un cathéter dans l’artère du cou pour me faire grossir vite. J’ai repris les cinq kilos perdus en deux semaines et j’ai enfin pu sortir de l’hôpital. On était au mois de juillet, j’y étais entrée « pour 10 jours » début mai.

Un vrai traumatisme, encore aujourd’hui

Cette expérience restera à jamais dans mon esprit.

Sur le plan physique, ma scoliose a été soignée et je n’ai comme séquelle que mon omoplate droite qui ressort et une grande cicatrice.

En revanche, sur le plan psychique, cela a été vrai traumatisme.

J’ai développé une phobie des aiguilles mais, surtout, j’ai encore aujourd’hui du mal à avoir confiance en moi et en mon corps.

Il faut faire attention à ce que l’on dit aux autres, même si c’est « pour rire ».

N’oubliez pas que vous n’êtes pas dans la tête des autres et que de simples paroles peuvent briser une vie.

 

Apolline Lecossois, 19 ans, étudiante, Cergy

Crédit photo (et doigt) Elodie Roy

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