Le jour où j’ai perdu l’une de mes soeurs

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11 octobre 2003. Je viens d’avoir 9 ans. Il est 6h30 du matin et le téléphone de mon père sonne. Il ne répond pas immédiatement. A la deuxième sonnerie, il décroche. Tout est calme pendant une, deux, peut-être trois secondes, puis un cri de joie envahit la pièce : « Michaël, tes deux petites sœurs sont nées ! » Dans ma tête, tout se bouscule. Mon cadeau d’anniversaire est à l’hôpital : mes deux petites sœurs. Mon père part aussitôt à la maternité, moi, je reste chez à la maison car je dois aller à l’école.

Deux petites sœurs, le bonheur

Comme chaque matin, je prends le bus pour me rendre à mon école de Canet-en-Roussillon. Je suis en CE2 et ma maitresse s’appelle madame Soler. En classe, je suis tellement fier et heureux que je partage la bonne nouvelle avec tout le monde, sans l’autorisation de ma maitresse. Celle-ci en a tellement marre de ce que je raconte qu’elle me dit : « Bon, Michaël, on est en salle de classe, pas chez toi ! » Je m’en fiche. Je n’attends qu’une seule chose : aller à l’hôpital. Les heures passent lentement. Enfin, il est 17 h. La sonnerie retentit et je m’en vais.

Chez moi, mon père m’attend pour aller à l’hôpital. Quand on arrive à la maternité, on me dit que je suis trop jeune pour aller voir mes petites sœurs. J’attends donc que mon père revienne avec ma mère. Je n’en peux plus d’attendre ! Il doit être 21 h quand ma mère sort enfin de sa chambre et remplit un formulaire. Elle me dit que j’ai de la chance que mes deux petites sœurs naissent pile le jour de mon anniversaire. Mais elle me dit aussi que si je n’ai pas le droit de les voir, c’est pour des raisons bien précises. Mes petites sœurs sont nées prématurément, c’est-à-dire avant le terme de la grossesse. Elles sont dans des couveuses afin de pouvoir respirer. Nous rentrons chez nous pour fêter cela comme il se doit.

« Pourquoi tu pleures ? »

Mes petites sœurs sont nées il y a déjà 4 jours. Il est 9h quand je me réveille. Je me douche et m’habille. Je joue dehors puis, l’après-midi, je décide de regarder un DVD. Mon père et ma mère font la sieste catalane, de 14h à 18h. Je commence à regarder mon film quand le téléphone de mon père sonne. Une fois, deux fois, trois fois… Il se réveille et répond. Quelques secondes après l’appel, je vois mon père et ma mère affolés. « Michaël, habille-toi, vite ! » Je comprends que quelque chose ne va pas. On descend au sous-sol pour prendre la voiture. Sur le trajet, je demande à mes parents : « Où on va ?! » Ils me répondent : « À l’hôpital. » Quand nous arrivons, mon père me dit de patienter dans la salle d’attente. Je joue à des jeux, les minutes, les heures sont longues. Finalement, mes parents ressortent de la maternité. Ma mère est en pleurs, mon père ne dit rien. Je demande à ma mère : « Pourquoi tu pleures ? » « Mimi, j’ai quelque chose à te dire qui ne va pas te plaire, l’une de tes deux petites sœurs est décédée, je suis désolée. »

Ma mère nous explique

Je ressens comme du froid, je n’ai plus envie de parler, plus envie de rire. Mon père nous ramène chez nous pour annoncer la nouvelle à mon grand frère. On arrive chez nous, mon frère nous attend devant la porte d’entrée. Mon père lui demande de s’asseoir et lui annonce la nouvelle. Mon frère s’agenouille à ses pieds et pleure. Mon père nous dit que l’on doit aller à l’hôpital pour voir Émilie, avant qu’elle ne le quitte. Devant nous : notre petite sœur Émilie. Je ressens de la tristesse et je lui serre ses petites mains, si froides, si bleues. L’infirmière me dit qu’elle a rendu son dernier souffle dans les bras de ma mère. Nous pleurons tous. L’infirmière nous autorise, mon frère et moi, à aller voir ma petite sœur Elodie.  Ma mère nous explique ce qu’il s’est passé : lors de sa grossesse, un kyste s’était formé, entrainant, chez les jumelles, des difficultés respiratoires. Elles devaient toutes deux se battre. Emilie était pourtant celle qui se battait le plus.

Cela fait 11 ans que notre petite Émilie nous a quittés. La mairie de Canet a pris en charge les frais du crématorium. Ma petite sœur Elodie se porte à merveille, on lui a dit la vérité sur sa petite jumelle. Pour l’instant, elle n’éprouve rien, mais elle va comprendre, petit à petit. Maintenant, j’ai 20 ans, et ma petite sœur 11 ans. Depuis sa naissance, on fête notre anniversaire ensemble. Tout en pensant à Émilie, chaque année.

Michael, 20 ans, employé en restauration rapide, Perpignan

Crédit photo Flickr CC Julianito

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