Les vacances, enfin. Et sans internet c’est possible !

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L’année avait été si lourde que j’avais l’impression constante d’être sur une chaise électrique. Mon cerveau semblait bouger de lui-même dans mon crâne, comme si un bébé y grandissait. Mon cerveau dansait le tango dans un espace trop étroit, le forçant à heurter les parois osseuses. Et moi, pourtant immobile, je bougeais sans cesse. Si bien que dès que je fermais les yeux, je me sentais chuter dans un précipice sans fin. J’avais le vertige, ma tête tournait et je ne pouvais pas m’endormir.

Un billet de train pour me sauver

2357742Alors je rallumais mon portable et me perdais dans les méandres d’Internet. Facebook : mon labyrinthe et mon refuge. J’y allais pour éviter les crises d’angoisse. J’y allais pour écrire à des gens, même si je ne tenais pas à eux, juste pour qu’ils maintiennent mon cerveau en éveil, pour que je ne sombre pas dans mon précipice mouvementé. De longues nuits de discussions. Des heures à regarder des images inintéressantes, à réactualiser mon fil d’actualité dans l’espoir insensé qu’au milieu de la nuit, peut-être, quelqu’un posterait la chose qui me sauverait. Mais ce n’est pas la lumière bleue des écrans des portables qui pouvait me permettre de trouver le chemin vers le sommeil. J’ai tenu jusqu’au bout de cette tension inouïe dans l’espoir de fuir la ville où mes problèmes étaient nés, dès le début de mes vacances. Mais j’étais incapable d’organiser quoi que ce soit, de faire des choix.

Alors un de ces soirs sans sommeil, j’ai pris un billet de train qui partait quelques heures après la dernière épreuve de ma licence d’allemand, sans même savoir où j’irais ensuite. Uniquement pour avoir le sentiment que je pouvais me sauver et que tout irait mieux. Ma mère a trouvé un petit gîte sur internet dans les Pyrénées et j’y suis partie. Elle savait mon besoin ardent de partir et m’a aidée pour cela. Et heureusement !

Sans Internet, j’ai redécouvert le temps

J’ai choisi pour ces vacances de me couper entièrement d’Internet et de sortir tous les jours plusieurs heures. J’ai redécouvert mon goût pour la lecture qui semblait avoir disparu cette année. J’ai images1redécouvert le plaisir de marcher des heures au plein air, loin de toute habitation, là où on ne croise des randonneurs ou des bergers qu’une fois par jour, et où on se parle avec un sourire sincère. J’ai redécouvert les délices de la solitude, j’ai réappris à écouter de la musique, à manger sainement. J’ai même recommencé à penser, à m’intéresser à tout ce qui m’entourait et à retrouver ma curiosité d’avant. Je n’étais encore jamais allée dans le sud de la France et étais heureuse de découvrir tant de nouvelles choses : accent, architecture, végétation, météo, culture, tout m’était nouveau. J’ai redécouvert le temps, à ne plus vivre le passé, le présent et le futur en un même instant, à ne plus avoir le sentiment d’être poussée vers l’avant avant même d’avoir pu prendre le temps de prendre conscience de l’arrière.

J’avais en effet pris l’habitude, cette année, d’accepter ce qu’on me donnait et d’y aller tête baissée, prête à tout découvrir, à vivre n’importe quelle aventure. Cette habitude n’est pas disparue en si peu de temps. Il faut du temps pour réapprendre à vivre. Alors quand un monsieur m’a proposé de me faire découvrir une chapelle à trente minutes de là où j’étais, je suis montée dans sa voiture sans même y penser. Lorsqu’il m’a pris ma main et a glissé ses doigts entre les miens, je ne me suis pas étonnée. Et lorsqu’il m’a pris dans ses bras, je n’ai pas bougé. J’ai eu la chance inouïe que rien de pire ne se soit passé. Il m’a ramenée au point de départ après une belle visite. Mais lorsque j’ai enfin pris conscience après coup de ce passé, j’ai compris les dégâts que m’avait causé cette année : je ne savais plus être consciente de mon présent et aviser en conséquence. Je ne savais plus que dire « oui » à tout ce qui m’était agréable dans l’immédiat, sans être capable de penser au futur. J’étais comme dirigée par une force intérieure qui gardait mon corps en éveil pendant que mon esprit se reposait.

Pourquoi séparer repos et voyages ?

2358420J’ai alors pris pleinement conscience de l’importance du repos pour garder un esprit sain, pour pouvoir réfléchir et évoluer dans son monde tout en étant maître de ses mouvements. Je ne comprends pas comment le rythme de la vie peut si facilement nous engloutir dans une vie sans repos, avec un esprit en constante agitation et un corps en perpétuel mouvement, qui ne sait pas quand il va pouvoir manger et dormir, ni où cela aura lieu. Les vacances sont importantes et m’ont fait du bien, mais elles ne devraient pas avoir à se définir en opposition avec la période de travail. Le travail est intéressant, l’engagement est stimulant, les découvertes sont palpitantes. Mais pourquoi devoir les séparer du repos et d’éventuels voyages ?

Je compte considérer mon année comme une expérience qui m’aidera à mieux m’écouter à l’avenir pour que mes vacances ne soient plus des séances de convalescence.

 

Victoria, 21 ans, globe-trotter, Berlin

Crédit photos Steve Davinson/Flickr CC ;  Sami sarkis/Getty images

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