L’inceste… trouver la force d’écrire

Inceste
Share on FacebookTweet about this on TwitterShare on LinkedInShare on Google+Email this to someone

L’inceste. Trouver la force d’en parler, mais en être incapable. Parce que c’est juste trop douloureux. Parce qu’en parler serait me détruire, psychologiquement.

« Es-tu consciente que tu te fais du mal ? »

Non, je ne suis pas la plus heureuse des filles, je ne suis pas non plus malheureuse. Je navigue constamment entre deux eaux. Je vis ma vie en essayant de ne pas trop y penser. Même si, en vrai, cela dirige un peu mes relations avec les gens. Le manque de confiance, le besoin d’un autre genre d’affection.

Une amie m’a posé une question qui me fait beaucoup réfléchir : « Es-tu consciente que tu te fais du mal ? »

A cette question, je n’ai qu’une réponse : oui. J’en suis trop consciente, justement. Mais je n’arrive pas à changer ma manière de vivre pour que cette souffrance s’apaise. Je ne sais pas faire. Et je ne peux pas parler de ce qui a pu m’arriver pour que j’en sois là aujourd’hui. Ce n’est pas que je ne veux pas, mais vraiment, je ne peux pas. Je peux l’écrire alors … Vous allez me lire.

Je suis incapable de lui en vouloir

J’ai une grande famille : plusieurs frères et sœurs, un grand nombre de cousins et cousines, des oncles et tantes à ne plus savoir qu’en faire. Mais la souffrance vient de mon frère. Et je me retrouve incapable de lui en vouloir pour ces après-midis. Nous étions très jeunes, et… c’est comme ça. Ça s’est passé, plusieurs fois. Je n’ai toujours pas envie de développer, mais vous avez compris l’idée.

Ensuite, il y a eu quelqu’un que je connaissais à peine, mais qui avait la confiance de ma famille. J’avais 12 ans. J’avais déjà tout d’une femme, et c’est ce qui lui a plu. Ça n’a pas duré longtemps et ce ne fut pas, « jusqu’au bout ». Mais quand même. Cela m’a marquée et je ne peux l’ôter de mon esprit.

Il y a quelques années, alors que j’étais encore adolescente, je suis partie à l’étranger. La représentation des Françaises là-bas, c’est que ce sont des filles faciles, qui ne viennent que pour coucher avec des « locaux ». Un guide avec qui j’ai fait de la randonnée s’est avéré avoir ce genre de préjugés. Trois jours entiers avec quelqu’un tentant par tous les moyens de coucher avec une amie à moi, et moi. Qui n’a pas réussi, bien sûr, mais qui a pas mal tenté. Qui a fini par se coller derrière mon amie alors qu’ils étaient seuls sur un sentier avec moi loin derrière, et cette amie a failli se retrouver dans le ravin quand elle lui a signifié qu’elle ne voulait rien faire avec lui. C’était il y a 10 ans, elle en a encore des séquelles psychologiques aujourd’hui. J’ai eu de la chance dans cette histoire, je suis assez forte pour ne me laisser envahir par ces souvenirs, et m’en remettre.

On ne guérit pas de son enfance

Ce n’est pas tout ce que j’ai pu vivre, mais se furent les seules expressions de violence sexuelle. Les autres, ce sont les brimades à l’école, les moqueries que plus ou moins tout le monde connait. Parce que je n’étais pas comme tout le monde, je restais dans mon coin, je ne me mêlais que très peu au reste de la classe, j’étais bien avec mes affaires, à faire ma vie, tranquille. Je ne risquais pas de voir ma confiance brisée par d’autres, de leur confier quelque chose et qu’ils aillent en parler ailleurs.

Même faire confiance aux adultes m’était impossible. Parce que je suis passée par beaucoup de choses que d’autres ont vécu : les humiliations, même dans ma famille, les coups avec différents outils, les punitions. J’ai connu les coups, le fouet, la ceinture, les insultes. Je suis une adulte à mon tour aujourd’hui, et je ne fais toujours pas confiance aux autres, ou très peu. Il me faut du temps, beaucoup. Pour preuve, je n’ai jamais parle de tout ceci a personne, pas même à mes amis les plus proches.

On ne guérit pas de son enfance. Qu’elle soit protégée ou non. Elle forge ce que nous sommes comme adultes. Ce qu’on a entendu, vu, vécu dans notre enfance nous modèle entièrement.

Mon enfance a fait de moi ce que je suis aujourd’hui, et je ne peux pas m’en défaire totalement. J’ai beaucoup avancé, il me faudra encore  beaucoup de temps. Mais j’ai juste assez confiance en moi pour savoir que j’y arriverai un jour.

 

Cassandre, 24 ans, étudiante, Marseille

Share on FacebookTweet about this on TwitterShare on LinkedInShare on Google+Email this to someone
TAGS :

RÉAGIS