Mes tatouages comme des post-it

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Camille est tatouée. Pourquoi ? Pour se souvenir. Revue photographique de son corps encré… 

On me demande souvent la signification de mes tatouages. Je suppose qu’on pose la question à toutes les personnes qui ont gravé quelque chose sur leur peau.

Mon dernier tatouage date d’il y a quelques jours, c’est le 3ème en moins d’un an. Mais là c’est bon, honnêtement, je pense être calmée. Vu l’ampleur du dernier, je vais attendre quelques années avant d’en refaire.

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Alors, pourquoi être tatouée ? Pour les autres ? Pour faire l’intéressante ? Pour avoir sur sa peau une marque de son histoire ?

Je pense sincèrement que je ne les ai faits que pour moi. Pour me souvenir.

Parce que je suis consciente qu’à un moment, des souvenirs s’échapperont de ma mémoire, et je veux avoir un post-it pour m’en souvenir, quelque chose dont je ne puisse me défaire, qui se chargera de me rappeler ma vie quand je n’aurai plus la mémoire vaillante.

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Si on fait le compte, j’ai : deux points d’interrogation entrelacés dans le cou, le titre d’une chanson de Bashung sur le bras, la strophe d’un poème d’un poète ami sur l’autre bras, une bague au doigt, un mini-système solaire sur la jambe, une calligraphie arabe sur le bras, et depuis hier des racines et un tronc sur le cou, l’épaule et le bras.

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Le tatouage ci-dessus est un peu particulier. Tout d’abord, parce que je l’ai fait alors que j’étais en Tunisie en avril dernier, mais aussi, et surtout, parce qu’il est en arabe, une langue que j’aimerais maîtriser, mais je ne prends pas assez de temps pour l’apprendre. J’ai l’habitude, quand j’ai un tatouage en tête, de demander à mes amis et quelques membres de ma famille de m’aider dans sa réalisation, j’aime recevoir leurs avis (les deux points d’interrogation sont un dessin de ma sœur, laissé sur un post-it un jour). Pour celui-là, j’ai fait participer mes amis arabophones, qui m’ont dessiné plusieurs fois ce mot. Il signifie « Les rêves ». Et à mes yeux, il est imparfait. Mais je le garderai ainsi. L’encre n’a pas totalement pris à certains endroits qui se retrouvent plus clairs que d’autres… J’ai appris à l’aimer comme il est.

Les rêves… C’est une part importante de ma vie. Et ils sont imparfaits. Il faut toujours retravailler dessus pour les améliorer.

Des rêves spécifiques, ce serait compliqué de vous en parler, mais je pense qu’ils sont à peu près les mêmes pour tout le monde. Être heureuse, tout simplement. Arrêter de souffrir, trouver la paix intérieure, voir le monde sourire… Bref, réussir à vivre simplement. Et en arabe parce que c’est une langue que j’aime entendre et que je dois beaucoup de mes sourires à des amis tunisiens.

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Mes tatouages, ce sont des post-it, des événements au long cours de ma vie, des choses qui se poursuivent, qui vivent encore en moi, qui n’ont pas de fin précise.

Les moments qui ont déclenché ces tatouages, même s’ils sont passés, leur chapitre n’est pas totalement clos. Il y a une possibilité qu’ils s’ouvrent à nouveau.

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Ma famille n’a jamais compris pourquoi je me fais tatouer, mais n’a jamais non plus voulu connaître la signification de ces cicatrices. Ce sont bien les seuls.

Il m’est parfois arrivé de me faire arrêter dans la rue, dans les transports en commun, par un inconnu qui s’interrogeait sur le pourquoi. Il me faudrait faire un exposé de plusieurs jours sur ma vie, je n’en ai ni le temps ni l’envie.

Je crois que même mes amis les plus proches ne savent pas exactement le pourquoi de ces tatouages. Je sais pourquoi je les fais, mais j’aurais des difficultés à vous l’expliquer vraiment à vous, des inconnus, qui ne connaissez rien de ma vie.

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Est-ce possible de les regretter un jour ? Sans doute. Mais si je les ai faits, c’est que ce processus m’a pris des années de réflexion. Ca ne correspond pas (ou peu !) à des envies soudaines, ce sont des pièces de moi qu’il m’a fallu trouver, modeler, et puis… je considère que regretter ne sert pas à grand-chose, qu’il vaut mieux assumer ce que l’on a fait (en tout cas pour les tatouages), plutôt que de se haïr pour un bout de peau encré.

Ces tatouages, ce sont les décisions les plus importantes de ma vie, parce qu’elles me concernent au plus profond. Ca ne s’est pas fait à la légère, jamais.

 

Camille Cohendy, 25 ans, étudiante à Marseille, originaire de Clermont-Ferrand

Crédit photos Camille Cohendy et Saphia (photo de Une)

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