Une nuit en troglodyte

troglodyte
Share on FacebookTweet about this on TwitterShare on LinkedInShare on Google+Email this to someone

Ardoise d’écolier à la main indiquant « Lerné » (en Indre et Loire), j’attends au bord de la route, pouce en l’air. Je suis accueillie ce soir chez une collègue de mon hôte de la veille qui vit en troglodyte. Je pressens que je vais vivre une expérience particulière dans les entrailles de cette maison creusée dans la roche.

En stop jusqu’à la troglodyte

Bientôt 19h. une camionnette s’arrête à ma hauteur. Je saute sur la place côté passager tandis que la conductrice démarre. Sur la route, elle me dépeint l’ambiance de Lerné : 300 habitants dont 30 appartiennent au C.O.P.R.A.T., le Collectif Pour Résister à l’Air du Temps. Tous les vendredis, ils se retrouvent dans les locaux d’une ancienne menuiserie, entourés de vieilles machines, éclairés à la bougie. Chacun apporte une bouteille (de vin, de menthe ou d’eau) et ils y font livrer quelques fromages de chèvre. Ils discutent « projets » et créent du lien social. Avec ce voyage, je me rends compte de tout ce qui se fait et se vit ailleurs. Les projets ne sont pas l’apanage des villes. Ici, ce sont les habitants qui animent leur village. Pas de grande exposition organisée ni de multiplex en activité ; l’art et la culture ne se consomment pas, ils se créent !

Dix minutes de route plus tard, me voici aux portes de la « troglo ». Yanos, Laurence et leur fils Isidor, 14 ans, m’accueillent.

La « troglo » de l’intérieur

L'atelier de Yanos

L’atelier de Yanos

C’est la troisième grotte qu’ils investissent. La première qu’ils ont achetée. Ils l’ont acquise en 2007, mais son état ne leur permettait alors pas d’y vivre. A l’état de ruines, les déchets des voisins, la montagne de gravats et de roches éboulées obstruaient son entrée. Sans se décourager, ils ont trimé pour pouvoir vivre dans leur antre.

Quelques années plus tard, le couple dort et refait le monde dans la troglodyte, tandis qu’ils dînent, se douchent dans la « maisonnette », la maison attenante en pierre sur trois étages dans laquelle Isidor sommeille.

Leur « troglo » est cosy, décorée des sculptures de Yanos, à température constante, légèrement humide et fleurant bon la joie de vivre. L’hiver, ils allument occasionnellement le poêle à bois. Lors des soirées festives, ils font brûler du bois dans leur four à pain ; ce qui permet d’emmagasiner un peu de chaleur et de faire cuire fougasses, pizzas ou kouign-amann confectionnés avec le reste de pâte à pain.

Ils ont choisi une vie simple, à l’écart d’un rythme fou et d’une consommation démesurée qui, souvent, me font tourner la tête… D’ici, je regarde Paris avec effroi et dégoût…

Echanges et vin d’épines

Laurence est animatrice de formation, éducatrice, comédienne, marionnettiste, partisane de la non-violence et humaniste. Yanos est artiste/sculpteur. Après avoir longtemps taillé la pierre, il soude de la ferraille, à l’arc, depuis plus d’un an. Une clé anglaise associée à une vis devient un rhinocéros. Un cric surmonté de clous se transforme en poisson, etc.

Au cours de la soirée que je partage avec eux, nous discutons avec naturel de nos vies, que ce soit dans la cuisine autour d’un plat de pâtes arrosé de vin d’épines (troussepinette) préparé par Yanos, ou abreuvés de tisane avec des biscuits typiquement anglais.  Au cœur de la « troglo ». Entre amis…

Quand arrive le moment de se coucher, je souffle sur la bougie puis me glisse sous une couverture. Les yeux rivés sur le plafond de roche, béate, je tends l’oreille attentive aux bruits de la grotte, mais la fatigue m’entraîne bien vite dans les bras de Morphée et me fait oublier ma crainte des chauves-souris qui rôdent.

Le lendemain matin, je plonge mes mains si peu manuelles dans les gants trop grands de Yanos et revêts son bleu de travail pour apprendre les bases de la soudure. J’ai une sacrée allure, un faible talent, mais pas mal d’émotions !

Puis, vient l’heure de les quitter alors que je n’ai qu’une envie : rester. Mais un iconographe m’attend à Poitiers et c’est le principe de mon voyage : avancer, rencontrer, ne pas m’attacher, m’arracher… Cette rencontre, plus que la nuit en troglodyte d’ailleurs, sera fondamentale. Je le sais. Parfois, des êtres vous marquent au fer rouge…

 

La Fille, 27 ans, curieuse voyageuse, croqueuse d’aventures

(Vous pourrez trouver l’intégralité du texte sur La Route de la Fille)

Crédit photo Clarisse Freyssinet

Share on FacebookTweet about this on TwitterShare on LinkedInShare on Google+Email this to someone

RÉAGIS