Comment j’ai appris à revivre après avoir été victime d’un viol

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Suite à l’article que j’ai lu dans ZEP sur une jeune fille violée à l’âge de 13 ans, j’ai souhaité réagir. Récemment une de mes amies a été elle aussi violée. Elle n’en a parlé qu’à moi, elle habite à l’autre bout du monde. Après une tentative de suicide elle a été prise en charge par un hôpital en Australie, à côté de là où elle habite. Tous les jours, nous parlons par Whatsapp, elle a besoin de soutien, elle a besoin que je lui rappelle chaque minute qui passe qu’elle n’est pas fautive, qu’elle n’est pas dégoûtante, qu’elle est courageuse, qu’elle ne doit pas détruire son corps, qu’elle est importante pour de nombreuses personnes, que personne ne va la juger, qu’elle a encore de belles choses à vivre et surtout, qu’elle va réussir à survivre et à retrouver le sourire.

Désormais elle a peur de tout

Pendant des semaines, elle a perdu la parole, elle communiquait avec sa thérapeute sur du papier, et m’envoyait des sms. Pendant des semaines, elle mangeait l’équivalent d’un fruit par jour, voire moins. Elle est restée sur un lit d’hôpital pendant des semaines, trop faible pour faire le moindre mouvement. Juste après ce qui lui est arrivé, elle s’est jetée à de nombreuses reprises dans les escaliers, pour être sûre de ne jamais tomber enceinte. Aujourd’hui encore, elle angoisse à l’idée d’être enceinte et elle sait que dans 9 mois, ce sera toujours le cas. Elle a peur de sortir, elle a peur que les gens la voient, elle a peur qu’ils comprennent, qu’ils lisent tout sur son visage et qu’ils la jugent.

« Merci tu m’as sauvée »

J’aurais souhaité que cela n’arrive jamais. Mais aussi horrible que cela puisse être, elle m’a sauvé la vie. Quand elle m’a annoncé ce qui lui était arrivé, je n’ai pas hésité. Je lui ai tout raconté. Ce qu’il m’était arrivé cinq ans auparavant. Cela semblait si normal, je voulais juste la sauver, je voulais lui montrer, que oui, on s’en sort. Cinq ans de silence. Je n’avais jamais rien dit à personne. Une fois à un ami, vaguement, il y avait deux ans de cela, mais sa réaction m’avait également fait peur, j’avais préféré rester dans le silence. Alors, chaque minute que je passe à parler avec cette amie, je l’encourage à vivre, je lui montre que tout n’est pas perdu. On essaie de trouver ensemble des solutions. Quand elle me dit « merci, tu m’as sauvée », je ressens en moi comme la sensation d’être sauvée également.

Pourquoi il faut parler

Les cinq ans de silence que j’ai subi, ont provoqué de graves lésions mentales. Depuis un an, je suis suivie par un psychiatre. Je ne suis plus capable de penser correctement ou de réfléchir sans médicaments. Dormir ne se fait également pas sans. J’ai parfois des images de violence qui tournent en boucle dans ma tête sans que je puisse les contrôler, obligée de les subir. Je ne suis plus vraiment dans mon corps. Je ne suis plus vraiment dans ma vie, du moins, plus sans ces médicaments. Je n’ai pas été capable de retrouver une relation normale avec qui que ce soit. Pourtant je me suis forcée, je n’ai pas voulu être de celles qui ont peur des hommes. Et aujourd’hui encore mes amis les plus proches sont des hommes. Mais avoir un rapport relève de l’inimaginable.

Bref, si toi qui me lis tu as été victime de telles horreurs, il faut parler. Aussi insurmontable que ça puisse paraitre il faut le faire. Parce qu’enfermée dans cette prison d’angoisse, on s’autodétruit.

Des signes qui alertent

J’aimerais en profiter pour m’adresser aux proches des victimes. Avant toute chose, je tiens à préciser que la liste de conseils qui suit est non-exhaustive. Elle est uniquement tirée de mon expérience personnelle (en tant que proche de victime et de victime même). Je ne suis pas une professionnelle, et certaines choses seront plus ou moins importantes selon les gens. Il est très rare qu’une victime de viol parle directement après son agression, si c’est le cas, c’est votre chance : plus tôt elle est prise en charge, moins elle aura de séquelles sur le long terme. Bien évidemment, une personne qui révèle son traumatisme des mois ou des années plus tard est également à prendre en charge. C’est l’occasion de lui offrir une nouvelle vie.

Différents signes peuvent vous alerter : refus de tout contact corporel (même pas une poignée de main), méfiance constante vis-à-vis des autres, agressivité systématique et disproportionnée, comportement dépressif mais également évitements sexuels et / ou relationnels, rejet de soi-même, conduites d’échecs (boulimie, anorexie, obésité, tentatives de suicide) ou refus des autorités masculines. Il peut également y avoir des refus de soins dentaires et gynécologique.

Ces mots scandaleux pour une victime de viol

Voici d’abord quelques phrases qu’une victime de viol ne devrait pas avoir à entendre :

« C’est de ta faute, tu n’avais qu’à pas … »

« C’est fini, il serait peut-être temps que tu arrêtes de te plaindre et que tu tournes la page. »

« Il faut que tu oublies maintenant. »

« Tu mens, cela n’est jamais arrivé. »

« C’est pas si grave, ça arrive souvent. »

« Il serait peut-être temps que tu pardonnes. »

Mes conseils pour réagir

Ne jamais laisser la victime seule. J’entends par cela qu’il ne faut non seulement pas l’abandonner dans sa douleur, mais il faut aussi être présent constamment pour elle, que ce soit la présence physique ou virtuelle (le mieux reste la présence physique, mais souvent la victime refusera de voir qui que ce soit pour un temps). Il faut toujours être disponible pour elle si elle en a besoin.

Faire le lien avec la justice. Même si la victime décide de ne pas porter plainte, il faut insister sur l’illégalité de ce qu’elle a subi. Cela peut sembler logique, mais cela ne l’est pas pour elle. Elle a perdu le sens des réalités. Il faut bien lui faire comprendre qu’elle est victime et que les personnes qui lui ont infligé cela doivent être jugées et qu’elle devrait porter plainte. C’est particulièrement important pour une personne victime d’agression commis par un membre de la famille ou un proche. La victime aura encore plus de difficulté à faire le lien.

Ne pas la forcer à parler, mais l’encourager à le faire. Si vous pensez qu’une amie a été victime de viol (ou d’une quelconque autre agression d’ailleurs), il faut lui laisser le temps d’en parler par elle-même en lui précisant bien sûr qu’elle peut vous faire confiance, que vous ne la jugerez pas.

Lui conseiller de voir une psy ou de s’adresser à tout autre professionnel. Là encore vous n’êtes pas professionnel et aussi importante que puisse être votre présence, celle d’un psychologue ou d’un psychiatre reste essentielle. A nouveau, vous ne pouvez la forcer, mais essayez d’être le plus persuasif possible. De préférence une femme, car le rapport à l’homme est souvent brisé. Il peut aussi être utile d’assister à des groupes de paroles. Cela lui permettra de se rendre compte que oui, on s’en sort.

Faire attention à ses besoins primaires. Une victime de viol doit réapprendre à vivre, les choses habituelles de la vie peuvent devenir des épreuves quotidiennes. C’est pourquoi il faut l’assister constamment. Lui rappeler de manger, boire. De nombreuses autres habitudes peuvent ne plus être exécutées, comme aller aux toilettes, s’habiller, se coiffer, se laver, etc. Ne soyez pas étonné.

Faire attention à ce qu’elle ne se blesse pas. Le dégoût de soi est fréquent chez la personne victime de viol. Elle peut tenter de se faire du mal de n’importe quelle manière :  brûlures, coupures, grattements violents, arrachage de cheveux, acide… n’importe où, surtout au niveau des parties intimes. Elle peut également tenter de mettre fin à ses jours. Une victime de viol ne peut plus supporter de voir son corps et souvent, tentera de s’infliger une douleur physique forte dans l’espoir de supprimer la douleur psychologique qui la hante. Qu’importe la manière dont elle se fait du mal, si c’est le cas, le séjour à l’hôpital est obligatoire.

Regarder la réalité en face. Oui, elle a bien vécu cela. Non ce n’est pas inventé. Non, il ne faut pas qu’elle oublie même si c’est dur, même si cela la dégoûte et la terrifie. L’oubli va la consumer de l’intérieur, pouvant provoquer de nombreuses lésions. Il est important qu’elle nomme ce qu’elle a vécu ou ce qu’elle ressent et essayer de l’aider à comprendre tout cela. Qu’elle fasse le lien entre l’abus et les symptômes. Il faut vraiment l’encourager à montrer ses émotions (pleurs, cris etc..) afin qu’elle reprenne le contrôle de son corps qui lui a été arraché lors de l’agression.

Être compréhensif et attentif. De nombreux actes effectués par une victime peuvent paraitre bizarres ou illogiques pour les autres. Elle peut, par exemple, avouer ce qu’elle a vécu, puis quelques jours ou semaines plus tard annoncer qu’elle a menti. Elle peut également mentir sur de nombreuses autres choses : dire qu’elle est allée voir la police, qu’elle consulte une thérapeute, qu’elle n’est pas seule. Simplement pour qu’elle puisse restée seule, cachée, loin du reste du monde. Elle peut également se mettre en situation de danger (choix de conjoint violent par exemple) afin de vérifier qu’elle est désormais capable d’éviter l’agression. Elle peut également devenir parano, avoir le sentiment que les gens à l’hôpital souhaitent l’empoisonner ou que les individus dans la rue la fixent avec un regard accusateur. Dans tous les cas, il ne faut jamais la traiter de menteuse, il faut rester compréhensif. Elle peut avouer ne pas avoir été victime uniquement par peur. Il faut donc lui manifester beaucoup de compréhension et ne pas l’accuser de mensonge. La confiance qu’elle vous accorde est quelque chose qui peut se perdre très rapidement.

L’encourager à revivre. Cela prend du temps, cela passe par l’encouragement à être vigilante mais refuser de se méfier de tout le monde, par la volonté de retrouver un intérêt pour la vie, à retrouver du plaisir et du désir et à aimer à nouveau. La vie est belle, pourquoi ne pas lui montrer comment l’aimer à nouveau ?

Bien sûr, il est dur de réussir à bien agir sur tous les fronts et souvent, le manque d’avancées positives peut saper le moral. Il est important, pour la personne qui aide, de rester solide, autrement la victime pourrait montrer encore plus de réticences à se faire aider. Cela n’est pas facile, je le conçois, c’est pour cette raison qu’il est bien que vous parliez vous-même à une personne de confiance (en prenant soin d’être discret quant à l’identité de la victime) ou à un psychologue de ce qui se passe actuellement. Cela vous permettra de prendre du recul et de ne pas vous laisser consumer par la situation qui n’est aisée pour personne.

Courage, vous allez y arriver et son sourire sera le plus beau des remerciements.

Mélissa, 23 ans, étudiante en histoire et philosophie, Montpellier

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11 RÉACTIONS
  • Gwen 10 décembre 2014

    Je trouve cet article touchant. De plus, c’est très important d’en parler, ça peut aider les autres personnes victimes de viol à se sentir moins seules.

  • Clara 4 janvier 2015

    Merci d’avoir réagi à mon témoignage

  • Ali 27 janvier 2015

    Merci pour cet article, je crois que c’est vraiment important, cet élan vers la vie est d’une tendresse frappante.
    Un jour, un ami m’a confié que sa soeur lui avait avoué la veille que leur beau-père la violait régulièrement depuis plusieurs années. Il ne savait pas comment réagir. Je n’ai pas su quoi lui dire. Ce souvenir m’a longtemps hanté.
    Je crois que mainteant, je comprends mieux.

  • Ame 1 septembre 2015

    Je trouve que cette article est vraiment important tu m’as redonné espoirs, même si je n’arrive pas encore a exprimé ce qui m’est arrivé je pense qu’un jour j’y arriverai. Merci

  • Inconnu 15 septembre 2015

    Je trouve que tout se que ta écrit est vrai, on est dégoûter de la vie , et en guerrier une fois que l in s est venger au début, on a qu une envie mourrir , mais apres quand on parle a personne en essaie de comprend pourquoi, mais quand on voie que c est que pour du plaisir, en a envie de se vange et fe réussir dans la vie , apres 2 ans de vécu au sombre , j ai décidé de me vange et d être plus forte, ça va être dure en sachant que que toujours je fais des cochemar mais je vais réussir mon combat tout seul sans l aide à personne ,
    Je souhaite et je veux que vous ne pleur plus car eux sont plus comptant de voie voir perdre donc réussisse , bâte vous même si la vie ne vous sourie pas

  • Cindy 12 janvier 2016

    Mercie moi qui es subit le viole pendant 7 ans et demi je dois avouer que c’ est difficile et même après présse que 1 an aprés avoir dènoncer c’est difficile j’ai l’impression de vivre dans autre mondemaintenant . Voilà je m’appelle Cindy et la premier fois que c’est arrivée j’avais 10 ans et il ma fallut plusieur t’entative de sucides un changement de comportement une perte de poids important et une super amie qui ma fais prend consience de se que je vivais n’etait nornale.
    A toutes les filles et garçon vie la maltraitesse surtout n’abandonnée pas et dénoncer.

  • Anne-Sophie 30 mars 2016

    Il est tres bien cet article, avec des paroles encourageantes. J’ai été victime de viol de la part de mon père à 10 ans et je suis resté longtemps dans le silence. Ce que tu décris je le traverse actuellement. J’espère vraiment pouvoir m’en sortir de cette spirale infernale qui dure depuis 1 ans maintenant. Bon courage à toutes ces victimes

  • glad 9 juillet 2016

    Bonjour j’ai lu votre article. Je sais comment être après plusieurs agressions. Je viens avec sa tout les jours alors que j’ai que 26 ans mais certes j’ai vécu des choses horrible mais c’est ma force. J’ai fait quelques bêtises quelques années après ma première agression car je n’avais que 9 ans . On ne devrait même pas vivre ça et je ne le souhaite à personne mais sachez que si vous avez vécu ça. Vous n’êtes pas seul et aussi que sa peut vous permettre de vous battre et de faire de grandes choses dans ce monde de cruel et miséricorde. En tout cas c’est comme ça que je vois les choses .

  • Samia 19 juillet 2016

    J’ai été victime de viol aujourd’hui, j arrive pas à fermer l’œil. Ça tourne dans ma tête, je pleure sans m en rendre compte, je culpabilise. Je suis perdue

  • Alexandrine 2 octobre 2016

    Bravo, Oui je me reconnais dans beaucoup de situations, ma douleur est très présente, je ne dors plus moi non plus, je fais des crises d angoisses, j ai honte de moi et de mon corps, je hais les hommes et je suis complètement parano. Je veux m en sortir, je consulte, ça fait du bien mais une fois sortie, je ressasse, je pleure énormément. Je n ai pas porté plainte tout de suite car je suis rester muette pendant plusieurs mois, ma famille m a accompagnée pour porter plainte, mais on m à reproché d être allée trop tard, plus de preuves, donc, plainte classée sans suite. Je connaissais pourtant mon « violeur ». J ai eu accès au dossier pénal, selon lui j etais consentante. Point barre, et pour comble, on m a incitée à ne pas poursuivre sinon il déposerait plainte pour dénonciation calomnieuse. De qui se moque t on ? Je ne parviens pas a me reconstruire sans qu il avoue ce qu il a fait, surtout qu il m a prise en photo alors que j etais nue. Ces photos sont bien quelque part, même effacées ! Je suis complètement détruite, je pleure sans arrêt c est très difficile à surmonter.

  • katia 24 novembre 2016

    merci pour ton témoignage pour les victimes on se retrouve dans se que tu dit et sa fait du bien de voir qu’on est pas la seule a ressenti tout sa merci

RÉAGIS