Lucille P. 28/04/2015

Vous avez dit « amour » ?

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Il y a des rencontres qui sont particulièrement marquantes. J'ai rencontré Sam dans le métro mais ce n'est pas ce que vous croyez...

Dans le métro, un couple s’embrasse, tandis qu’un casque mal branché braille en boucle « S’il suffisait qu’on s’aime… » de Céline Dion. Non, je n’invente rien, promis.

Ce même jour, je me prends une claque. Cette claque s’appelle Sam. Et non, ceci n’est pas le récit d’une nouvelle rencontre foudroyante qui se finit en conte de fées. Ce jeune mec n’est pas venu pour séduire, mais pour parler d’amour. Du pareil au même ? Eh non, il ne parle pas d’amour pour adoucir sa proie, mais parce que ce concept universel le touche.

C’était mieux avant ?

Pour lui, le problème, c’est qu’aujourd’hui, le but des gens est bien trop souvent la réussite professionnelle. Quand on demande à un jeune son but dans sa vie d’adulte, il est vrai qu’il est rare qu’il réponde, la bouche en cœur, « mais c’est l’amour bien sûr ! »

Sam pense que dans la génération de nos parents ou même de nos grands-parents, l’amour avait une plus grande place dans la vie des gens. Inutile de dire qu’il regrette ce glissement vers un monde plus (trop ?) matérialiste.

Il cite un article qu’il a lu. Un journaliste interroge un couple ensemble depuis 40 ans sur le secret de leur longévité. Le vieil homme aurait répondu : « À l’époque, on savait se battre ! » On n’avait qu’un seul grand amour, alors que maintenant on serait « amoureux sans amour » ?

Je note scrupuleusement tout ce qu’il me dit, mais je ne peux pas cacher mon air sceptique.

Alors il développe sa théorie. « Pour moi, il y a trois types de couples. Le couple de peur, le couple de fuite et le couple d’amour. » Alors on se voile la face, le plus souvent, on ne s’engagerait pas pour les bonnes raisons. Sam ose parler d’amour tout en sachant qu’il a probablement l’air ridicule aux yeux des autres jeunes et moins jeunes. Il sait que quand il parle ostensiblement d’amour, les gens sont gênés, remisent ce sentiment dans le domaine de l’épique, du chevaleresque, du risible quoi. Et c’est vrai, je suis un peu gênée. Mais il poursuit. Alors que les gens ne veulent pas parler d’amour (mille fois plus tabou que le sexe ou l’argent), ils courent toujours après leur prochaine relation.

« Aimer » ou « être aimé », pour exister ?  

Pour Sam, c’est parce qu’on a tous besoin de savoir qu’une personne se réveille en pensant à soi. On existerait seulement si on existe pour quelqu’un. Comble de l’individualisme ou dépendance vis-à-vis des autres ? Mais selon lui, à l’heure où tout devient trop rationnel, logique, calculé, mesuré, l’amour serait le dernier bastion du passionnel, quelque chose qui « s’impose ». Peu importe vos critères, ce que vous recherchez chez l’autre, la personne dont vous allez tomber amoureux ne correspondra pas forcément à ces prérequis discriminants que vous avez méthodiquement mis en place dans votre tête. L’amour transcende, c’est un idéal.

À ce stade, j’hésite entre croire à son discours et ricaner discrètement.

Je crois qu’il le remarque, mais continue malgré tout : pour lui toutes les théories issues des comédies romantiques et des anecdotes de la vie sur l’interdiction de rappeler le premier, de ne pas envoyer de message avant 3 jours après le premier rendez-vous, sur l’intervalle de temps raisonnable avant de dire « je t’aime », la stratégie pour avouer une infidélité, l’intervalle de temps nécessaire avant de se remettre d’une rupture… tout cela n’a pas de sens. Sam pense que l’amour est intemporel, dans tous les sens du terme. Pas besoin d’attendre 2 mois pour savoir qu’une relation ne marche pas, mais ce n’est pas non plus parce qu’on s’aime depuis 50 ans que l’histoire n’a pas de date de péremption.

L’amour, à deux

Finalement, j’aime sa vision des choses. Mais voilà le hic : pour lui, « l’amour, c’est à partir de deux, et pas à plus que deux ». Je l’interroge : « Alors tu ne crois pas au polyamour ou à l’amour non réciproque ? – C’est pas ça, mais ce n’est pas vraiment l’amour dont je parle. »

L’amour, il y a beaucoup réfléchi, parce que c’est une valeur centrale pour lui. Alors il a ses théories, ses absolus, ses jugements. Mais est-ce qu’à 20 ans, on peut vraiment donner un avis très objectif sur un sujet aussi universel, intemporel, infini ?

Sam ne le sait pas, il repartira sans m’avoir ouvert la boîte de ses histoires personnelles, car s’il parle d’amour au grand jour sans aucune hésitation, les prénoms et les sentiments personnels restent du domaine du jardin secret. À l’heure où votre voisin de métro raconte sa dernière aventure au téléphone et accessoirement à tout le wagon, mais au grand jamais ne parlera de sentiments, Sam préfère taire ses aventures pour mieux parler pendant des heures de son grand idéal.

 

Lucille, 21 ans, étudiante et volontaire en service civique, Paris

Crédit photo Tangi Bertin Flickr

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1 réaction

  1. Waawh ! Merci infiniment d’avoir partager ce moment 🙂
    On à le même âge, et j’aurais aimé rencontrer cette personne… Je ne sais pas ce que c’est que l’amour, pour certaines personne c’est évident, c’est « naturel » alors que pour moi, non. On ne nous explique pas ce que c’est l’amour… On me dis ça ce « sent », mais je ne sens rien… A quoi ressemble cette odeur, ce sentiment ? Je n’y est jamais goûté… Alors j’attends, j’attends et je désespère, car aujourd’hui, la société rejette les célibataires : »c’est un gay refoulé » dis-t-on…
    Alors merci de m’avoir permis d’avoir une définition de l’amour, même i la mienne reste à construire…

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