A Marseille, le foot… et le chaos

marseille
Share on FacebookTweet about this on TwitterShare on LinkedInShare on Google+Email this to someone

Sur le boulevard d’Athènes à Marseille, au bas duquel on voit les escaliers de la gare Saint-Charles, j’ai mes petites habitudes dans un café. On ne peut pas faire plus central, et c’est un quartier foisonnant de diversité, de parfums, d’épices mais aussi de misère. Entre les cafés et les terrasses, il y a aussi les bureaux d’associations d’aide aux demandeurs d’asile, des campements précaires de Roms, le consulat de Tunisie, le marché de Noailles, la Fac de Droit et l’ESPE, tout cela dans un tout petit périphérique.

11h, des supporters déjà bien éméchés

Le samedi, c’est noir de monde, les gens sortent faire leurs courses ou flâner au soleil en sirotant un Gambetta Limonade, une boisson typique d’ici. Tout ce joyeux bazar fonctionne toute l’année. Sans heurts, sans violence. Et j’ai l’habitude tous les matins de prendre mon café à l’une de ces terrasses au croisement de la Canebière et du boulevard d’Athènes, comme je l’ai fait hier au milieu de la matinée.
En descendant depuis le cours Julien, je constate l’arrivée massive de supporters anglais et russes. S’il est vrai que ce quartier n’est pas épargné par le problème du harcèlement de rue et qu’il m’est arrivé de me faire alpaguer dans la rue, je n’avais jamais vécu ce que j’ai vécu hier. Sur les 400 mètres qui séparent mon domicile du café, j’ai pu dénombrer une bonne dizaine d’accostages intempestifs : des sifflements, des mots inaudibles dans argot anglais que je n’ai pas cherché à comprendre, mais aussi des invitations « à boire une bière ». Il était 11 heures du matin.
J’arrive tant bien que mal à mon café pour travailler et le trouve bondé, avec des supporters déjà bien éméchés, des pintes de bière face à eux. J’arrive tout de même à trouver une place à l’extérieur. Je constate que je suis la seule femme, et que tous les regards sont tournés vers moi. Je fais abstraction et continue de préparer mon intervention de l’après-midi à une cinquantaine de mètres de là, à la Cité des Associations. La thématique ? Le vivre ensemble…

J’assiste à une scène de guerre

Face à moi, la rue continuait de devenir de plus en plus noire de monde, et je sentais déjà la tension monter entre l’alcool et les regards noirs que se lançaient Anglais et Russes lorsqu’ils se croisaient.
Mon intervention portait donc sur le vivre ensemble et pendant deux heures, j’ai animé un débat sur les constats et les solutions pour mieux vivre ensemble. Je sors satisfaite de mon après-midi et de mon intervention, avec le sentiment d’avoir été à cet instant précis une pépiniériste d’idées face à des parents (pour la plupart) désireux de faire et d’inventer. Arrivée dans le hall, j’entends des bruits d’hélicoptères, des sirènes, des cris… Je sors enfin à l’extérieur en faisant quelques mètres en direction du Vieux-Port et là… je n’ai même pas les mots pour décrire la scène. Du sang par terre, pas un petit mètre carré sans débris de bouteilles d’alcool, des gens qui courent à droite à gauche, des bouteilles de bières qui volent dans tous les sens et qu’on entend se briser à peu près partout. Certains bars commençaient à fermer, les promeneurs et vendeurs du vide-grenier hebdomadaires pliaient bagage et rentraient se mettre à l’abri.
Qu’on se le dise : c’était le chaos. Moi qui venais de parler pendant deux heures de paix et de société apaisée, j’assiste à une scène de guerre.

Je hais le foot, le culte du ballon rond

La peur me prend au ventre, mais c’est ensuite la colère qui me saisit. Je hais le foot. j’abhorre le culte du ballon rond. J’abomine ce fascisme footballistique. La mafia qu’il y a derrière me répugne. J’ai à ce moment là tout un tas de phrases que j’ai entendues ou lues qui me reviennent à l’esprit et qui résonnent péniblement. « Cette coupe d’Europe sera une manne financière pour tout le monde », « nous exhortons les manifestants à s’abstenir d’aller dans la rue pour ne pas mettre en danger les supporters étranger… » « Quoi…? Accueillir des réfugiés qui fuient la guerre et la misère, mais ça va pas, ces décérébrés venus d’outre Méditerranée vont mettre le pays à feu et à sang, violer nos femmes et nos filles ».
Frénésie de l’argent, des millions qui flambent pour de la pacotille, blanchiment, exploitation sexuelle, exploitation des ouvriers qui fabriquent tous les goodies vendus à des décérébrés inconscients que leur maillot aura été fabriqué par un gamin de 12 ans auquel il n’aura été rétrocédé pas plus de 60 centimes. Et surtout, la folie violente et inconsciente que j’ai vue hier dans les rues dans lesquelles j’ai plaisir à me promener tous les jours. L’autre chose que je me suis demandée, c’est : « Mais où sont les flics…? »

Je ne me reconnais plus dans cette France

Depuis plusieurs semaines, chaque fois que j’allais manifester contre la loi travail, cela terminait mal. Nous étions pourchassés , les CRS formaient régulièrement des murailles humaines le long de kilomètres de trottoir que compte la Canebière et hier… de l’ordre du ridicule. 
Tout le monde savait que ce match allait se dérouler sous haute tension. La veille déjà, des heurts avaient eu lieu. Comment peut-on croire à un tel manque d’organisation concernant un événement international que nous savons tous synonyme de violence et d’alcool ? Non, la France ne va pas bien du tout.

 

Sophia, 23 ans, bénévole à l’Afev, animatrice du blog la petite robe rouge, Marseille

Crédit photos Sophia

Share on FacebookTweet about this on TwitterShare on LinkedInShare on Google+Email this to someone
3 RÉACTIONS
  • Anonyme 13 juin 2016

    Cet article me choque à différents égards.

    Il y a tout d’abord un problème de posture de l’auteure : nous avons d’un côté, la jeune fille, dans le rôle de l’intellectuelle engagée, et de l’autre la masse sauvage des supporters. Soulignons d’abord la confusion, honteuse, qui est faite entre les supporters et les hooligans. En effet, sous couvert de quelques personnes qui sont venus pour en découdre, c’est l’ensemble des supporters qui se voient retirer leurs capacités de raisonnement. « Décérébrés » : peut-on aller plus loin dans l’insulte gratuite ?
    Mais cette posture rhétorique n’est pas nouvelle : le gouvernement ne l’utilise-t-il pas justement pour décrédibiliser les manifestants contre la loi travail en les assimilant à des casseurs ?

    Les associations d’idées, en plus d’être hautaines, sont profondément choquantes : comparer le football au fascisme, sérieusement ? On parle de systèmes de pensée qui stigmatisent des peuples, qui les aliènent, qui leur nient leurs droits fondamentaux.

    Ce billet est à mon sens hautain, méprisant, insultant, et malhonnête, car il joue sur la confusion entre supporters et hooligans.

    • Arrighi 14 juin 2016

      Idem, profondément choqué par ce billet qui met tout le monde dans le même panier

  • Emma 15 juin 2016

    D’autant que quand je suis passée au vieux port, il était bardé de flics mais calme. Il y a eu un mouvement de panique, mais la plupart du temps, c’était assez calme tout de meme. Bien d’accord avec les remarques précédentes..

RÉAGIS