Djebrail et Majid, Soudanais à Marseille

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Le Mamba est un lieu de réunion où différents ateliers ont lieu comme de la réparation de vélo, des cours de français ou encore des sessions musicales. C’est un véritable lieu d’activité que Marguerite, 25 ans, a découvert à son arrivée à Marseille ; ayant elle-même connu la réalité de la condition des réfugiés dans la Jungle de Calais, où elle a donné des cours de français.

Nous avons voulu aller à la rencontre de la communauté soudanaise qui fréquente le Mamba, et qui fait vivre le lieu à travers différentes activités manuelles, pour récolter les témoignages de ses membres et comprendre comment ils sont arrivés en France. Nous avons rencontré Djebrail et Majid, tous deux âgés de 23 ans, qui ont fui il y a environ deux ans le Darfour.

« Nous aspirons à la liberté, à l’éducation et à la sécurité »

« Un groupuscule extrémiste qui agit comme Daesh et qui s’appelle Janjawid nous a fait fuir, parce qu’ils commettent des exactions envers la communauté soudanaise. Nous avons quitté notre pays car nous avons d’autres aspirations que celles que nous permettait d’avoir notre pays. Nous aspirons à la liberté, à l’éducation et à la sécurité. J’espère de tout cœur arriver à parler français, je voudrais étudier et devenir soudeur. J’aime travailler de mes mains, travailler le métal. Je suis convaincu que j’ai quelque chose à apporter, et que c’est possible ici. Et je voudrais aussi pouvoir faire une place par l’apprentissage. Je veux gouter à la liberté, je veux savoir ce que c’est que d’avoir des droits. J’ai déposé une demande à l’OFPRA, vous savez, avec notre parcours, on ne peut qu’apprendre la patience », nous confie Dejbrail le sourire aux lèvres.

En se baladant au Mamba, on tombe nez à nez avec une énorme construction de ferraille. C’est l’oeuvre de Djebrail, qui travaille d’arrache-pied pour le grand carnaval de Marseille qui a lieu le 13 mars prochain. Il construit un char en forme de baleine. Il ne nous le dit pas, mais on comprend que c’est une référence à la méditerranée et à ce périple que tous les réfugiés connaissent pour rejoindre « l’autre rive », au prix de leur vie.

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« 25 des personnes avec qui je vivais en Libye ont péri »

Majid, plus grave, revient sur son passage en Libye avant d’arriver en France : « Lorsque je suis arrivé en Libye, après avoir quitté le conflit sanglant que connaît le Darfour, j’ai de nouveau été confronté à la guerre. J’y avais trouvé un emploi, je faisais les finitions sur des meubles et j’étais logé avec d’autres réfugiés de différentes nationalités. Nous vivions dans la même maison avec des Afghans, des Egyptiens ou encore d’autres Soudanais… Nous avions tous fui la violence à l’œuvre dans nos pays, mais nous avons été confrontés à une misère encore plus grande que celle de nos pays d’origine, en l’occurrence, pour moi, le Soudan. Un jour, nous avons été victimes d’une attaque à la bombe. La maison a été dévastée et vingt-cinq des personnes avec qui je vivais ont péri. Suite à cela, je me suis retrouvé dehors, j’ai connu le froid et la misère. En m’enfuyant, j’aspirais vraiment à une autre vie… »

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Courage et humilité

Tous les réfugiés que nous avons rencontrés ne nous parlent que très pudiquement de ce qu’ils ont vécu. Ils ne parlent presque pas de ce qu’ils ont vécu sur le bateau, et on comprend qu’ils en parlent peu ou pas entre eux. C’est donc avec un courage innomé et avec humilité qu’ils ont bien voulu nous accorder leur confiance et nous confier ces petits bouts de vie. La situation géopolitique du Soudan nous échappe, nous essayons de la comprendre à travers le regard de ces jeunes qui ont notre âge, mais déjà une expérience de la vie que nous n’avons pas. Mais ce que nous savons, c’est que personne ne quitte son pays, sa famille et son foyer par plaisir. Marguerite et moi en avons une expérience différente. Chacune à travers des histoires de vie différentes, nous avons pu voir de près cette réalité qui est celle du statut de réfugié. Pourtant, malgré la barrière de la langue, nous avons voulu mettre à l’honneur le témoignage de nos confrères soudanais.

Les membres du Mamba sont menacés d’expulsion le 1er avril prochain. Cet espace de liberté dans lequel ces personnes pouvaient s’exprimer, échanger, jouer de la musique ou encore créer des œuvres d’art comme la jolie baleine de Djebrail leur sera arraché… Pour aller où ?

Sophia, 22 ans, bénévole à l’Afev, animatrice du blog la petite robe rouge, Marseille

Crédit photos Sophia et Marguerite

 

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