Elections en Roumanie : dans ce pays européen la démocratie n’est pas acquise…

Elections Roumanie
Share on FacebookTweet about this on TwitterShare on LinkedInShare on Google+Email this to someone

Il était 23 heures ce samedi 15 novembre quand j’ai reçu un texto de ma copine Narcisa. Narcisa est roumaine, elle a 23 ans. Elle est une super copine de fac. Elle vit en France depuis trois ans et cette année, c’est la première fois qu’elle vote à l’étranger. Dans son texto, elle me dit que demain à 6h30 elle se rendra au consulat roumain pour faire entendre sa voix. Le rendez-vous est pris.

Vous vous demandez sûrement en quoi c’est important. Laissez moi vous expliquer…

Elections Roumanie 3Les Roumains ont voté ce dimanche 16 novembre 2014 pour élire leur président au second tour. Le premier tour qui a eu lieu le 2 novembre s’est déroulé dans le chaos. Les Roumains habitant à l’étranger n’ont pas tous pu voter. Mauvaise organisation, pas suffisamment de bureaux de vote… L’amie de Narcisa, Mihaela, s’est levée à 5h ce matin et me dit qu’au premier tour, les bureaux ont fermé à 21h alors que des gens faisaient la queue depuis 17h. Elle n’a pas pu voter, trop de monde. Toutes les deux se plaignent : « Il n’y a que deux bureaux de vote dans toute l’Île-de-France et moins de 10 bureaux dans la France entière. » Du coup, aujourd’hui, elles ont fait la queue dès 6h30 pour être sûres de voter.

Faire face à la propagande du président en place

Les semaines précédentes, la diaspora s’est révoltée suite à ce qui ressemble à du boycott. Les résultats sont éloquents, le premier ministre actuel, Victor Ponta, a emporté la majorité des voix alors que la communauté des Roumains à l’étranger est foncièrement contre lui. Narcisa et Mihaela m’éclairent sur ce personnage. Elles m’expliquent ainsi qu’il va jusqu’à faire de la propagande dans les églises : « Sur les boîtes où tu donnes de l’argent, ils écrivent : Dieu veut que vous fassiez les bons choix, votez Ponta.» Notez la qualité de la punchline ! Des prêtres vont jusqu’à prêcher en faveur du candidat. Et la propagande ne s’arrête pas là. Ponta profite des distributions de denrées alimentaires pour glisser aux plus pauvres des consignes de vote. Les professeurs sont payés pour faire de la « pub » au ministre alors que l’augmentation de leur salaire est gelé depuis des années.

Elections Roumanie2Face à lui, Klaus Iohannis est exempt de toute preuve de corruption. Maire d’une ville prospère qui a été la capitale européenne de la culture, il semble incarner le renouveau politique.

Je leur demande ce que pensent leurs familles, restées en Roumanie. Pour leurs grands-parents, Ponta, c’est la continuité du Communisme. « Ils pensent que c’était mieux avant, tu n’avais pas beaucoup d’argent, mais tout le monde en avait et c’était suffisant », me glisse Mihaela. Narcisa, qui appartient à la jeune génération, sent que le temps de l’engagement est venu : « On veut vivre dans un pays normal, on veut que les choses changent, mais rien ne changera si les personnes au pouvoir restent les mêmes. »

« Je vais m’engager, je ne vais plus être passive »

Le jour du premier scrutin, Ion Tiriac, un joueur de tennis roumain très célèbre s’est rendu à Paris pour voter. Face à la queue de plusieurs kilomètres il a préféré prendre son avion personnel pour se rendre à Bucarest, pour glisser son bulletin dans une urne.

Aujourd’hui, après deux heures de queue, les filles ont pu glisser leur bulletin de vote avec émotion. Narcisa quant à elle a remonté la file d’impatients avec son petit drapeau aux couleurs de la Roumanie. Le sourire aux lèvres et excitée par toute cette ferveur elle me lance enthousiaste :  « Désormais je vais m’engager, je ne veux plus être passive ».

Marie-Amélie, 23 ans, étudiante en master de communication, Paris

Crédit photo Marie-Amélie

Share on FacebookTweet about this on TwitterShare on LinkedInShare on Google+Email this to someone

RÉAGIS