Etat d’urgence : éduquer les gens à avoir peur

Assemblée
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Il y a quelques semaines, on me posait une question troublante : « Et si tu devais changer quelque chose ? » Instinctivement, j’ai répondu que je voulais qu’on arrête d’éduquer les gens à la peur. Quelques heures plus tard, j’ai pensé que la personne à qui j’avais dit cela devait penser que j’étais complètement à côté de la plaque, vu son air dubitatif.

Eduquer à avoir peur de son voisin

Ce matin, pourtant, un SMS a fait vibrer mon téléphone. La personne avec qui je m’étais entretenue  il y a quelques semaines, peu prolixe, m’écrit : « Tu avais raison… » J’écoutais la radio à ce moment-là, et, comble du hasard, j’entends que les députés ont voté l’inscription de l’état d’urgence dans la constitution.

Comment dire… Lorsque j’y repense, j’expliquais à cette personne que tout passait par l’éducation ainsi que par la manière avec laquelle on légifère. Éduquer et légiférer pour entériner la peur… c’est la fin des haricots. Éduquer les gens à avoir peur de son voisin trop basané, potentiellement susceptible d’être un terroriste, alors qu’en fait c’est juste que c’est un hipster blogueur-mode qui s’est laissé pousser la barbe et a fait des séances d’UV.

Comme le vieux dicton le dit : “Diviser pour mieux régner.” Il est tellement plus facile en effet d’avoir la mainmise sur un groupe qui n’en est en réalité pas un car l’individualisme et la crainte règnent, que sur un groupe homogène, conscient d’une même finalité et qui partage un socle commun comme, par exemple, au hasard, le vivre-ensemble…

Une mesure liberticide

Hier soir donc, à 22 heures, après plusieurs heures de débat, l’Assemblée Nationale, dépourvue de 448 de ses 577 députés a entériné l’inscription de l’Etat d’Urgence dans la Constitution ; texte suprême qui a la primauté sur tous les autres. Aucun député frontiste n’était là, 95% des députés républicains étaient absents et ce sont cent trois députés qui ont voté pour. C’est un quart de ceux qui sont censés nous représenter, qui ont voté une mesure liberticide et franchement arbitraire.

Parce que l’Etat d’Urgence c’est quoi?

C’est la possibilité d’assigner à résidence quelqu’un sur simple décision du Ministère de l’Intérieur et donc de court-circuiter le système judiciaire. On vous condamne sans vous juger, sans vous donner la possibilité de vous défendre.

C’est la possibilité de perquisitionner de jour comme de nuit, sans le contrôle d’un juge. Pour certaines des personnes visées par des perquisitions, ces mesures ont eu des conséquences à long terme. Depuis, elles vivent dans la peur ou souffrent de stress ou d’autres problèmes d’ordre médical.

Enfin, c’est également la possibilité de dissoudre très rapidement des associations ou d’interdire des manifestations ou des rassemblements.

Voilà à quoi ressemble notre nouvel Article 2, alors que dans ces même pages, sont censées nous être assurées nos libertés de se réunir, d’aller et venir et de vivre en paix.

Tremblez les moutons ! Dans le pays des Lumières, on s’éclaire à la bougie.

 

Sophia, 22 ans, bénévole à l’Afev, animatrice du blog la petite robe rouge, Marseille

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1 RÉACTION
  • Cedric 9 février 2016

    Je reste dubitatif… Non je suis en colère en fait ! Le gouvernement votant les lois qui l’arrange avec un minimum de députés dont ils seront quasi certain de leur résultat… Je n’accepte pas une telle chose mais pourtant c’est une réalité malsaine et qui ne pourra être changé que par une loi d’un gouvernement fiable qui gouverne avant tout pour son peuple et non pour ces intérêts… Je sais, je rêve… Quand à la loi votée, Sophia en parle mieux que moi !

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