Faut-il avoir peur de ces objets connectés qui nous écoutent ?

obey
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« Echo est devenu le nouveau membre de la famille. » Je lis les quelques lignes écrites sur cet « Echo ». Drôle de nom, je suis intriguée. Le spot publicitaire proposé par Amazon et lancé aux Etats-Unis est prenant. On entre dans la vie d’une famille américaine à laquelle on s’identifie vite. La voix innocente d’une fillette nous accompagne dans la découverte de cet objet arrivé par la poste dans un beau paquet Amazon : un petit cylindre noir qui obéit à la voix et parle.

Un peu comme dans les dernières pubs pour la nouvelle application de Google, que j’ai regardées en souriant : le gars qui demande à son téléphone des images de glaçages de cupcakes pour finalement demander à Google où acheter des cupcakes à proximité de chez lui. Et l’autre qui, en plein milieu d’un match de foot se lève et demande à Google l’explication d’un mot du vocabulaire « footeux » pour paraître calé et pouvoir commenter le match comme ses compères. Voilà, c’est marrant. On s’identifie, on se projette. Et puis ça paraît si simple ! Après tout, c’est devenu un classique des conversations : « Attends, je googlise et je te dis ! » Pourquoi attendre ? Même plus besoin d’écrire, il suffit de poser la question à son smartphone. Magique, non?

Celui qui sait…

Alors Echo, c’est un peu pareil. Il est à la maison, dans une pièce, et dès qu’on a une question, il est là : il est celui qui sait. Plus besoin de sortir le dico quand on ne sait pas comment épeler un mot ou qu’on a un doute sur son sens, on demande à Echo. Quand on se prend la tête avec les conversions (combien de grammes… en litres ?) et qu’on a les mains dans la popote, on demande à Echo.

Quand on a une illumination dans le speed et qu’on n’a pas le temps de noter LE truc à ne pas oublier  quand on fera les courses le soir, on demande à Echo de l’ajouter à notre liste. Echo peut même nous réveiller, nous « ambiancer » en jouant les musiques qu’on aime. Il suffit de l’appeler et de lui demander. Et si Echo ne peut pas nous entendre au-delà d’un certain rayon (la pièce dans laquelle il se trouve), on peut lui poser des questions à distances avec notre téléphone ! Pas mal, non ? Il fallait s’y attendre, le progrès va si vite que nous voilà avec le premier robot à la maison ; probablement le premier d’une grande lignée, au service de l’être humain.

Génial ou quelque peu flippant ?

Oui mais tout ça, c’est un peu flippant et surtout, cet Echo si génial me fait me poser des questions quant aux stratégies marketing d’Amazon. Parce que oui, Echo est quand même bien pratique dans une maison, comme pense-bête, comme « facilitateur de la vie quotidienne ». Mais si Echo n’est censé n’écouter que lorsque l’on prononce son nom, qui peut certifier qu’il n’est pas programmé pour enregistrer des mots clés et faciliter la vie à Amazon ? Je suis une Amazon girl (je n’en suis pas fière, mais je ne me voile pas la face, Amazon, c’est quand même bien pratique) et je reçois régulièrement des offres dans ma boîte mail ; des offres tout à fait en accord avec ma vie de consommatrice. On sait tous à quel point il est facile pour des entreprises comme Amazon d’orienter leurs offres en fonctions de nos achats, de nos goûts, etc. Cela, grâce à nos achats précédents, mais aussi grâce aux moteurs de recherches (merci Google). Jusque là, rien de surprenant. Amazon dans nos ordis, on peut décider d’arrêter les frais et de se désintoxiquer, il suffit de lâcher son ordinateur ou son téléphone… C’est encore faisable !  Sauf qu’Amazon ne s’en contente plus et investit nos foyers.

Ces objets qui cernent mon quotidien

Alors, un progrès juste génial ou un nouvel espion, là pour nous pousser encore plus à la consommation ? Je reste perplexe. Et surtout, je ne peux pas m’empêcher de penser à « 1984 » d’Orwell ou au « Le meilleur des Mondes » de Huxley. Sans compter les nombreux films SF avec des robots qui se révoltent contre les êtres humains… Bon, ok, là, je m’enflamme. Après tout, je serais pour une humanité où les robots pourraient avoir leur place, s’ils deviennent indépendants et sujets pensant. Mais « Big Brother », tout de suite, me fait un peu plus flipper. Une société où les objets de mon quotidien m’écoutent, filtrent mes paroles, là, ça me pose question.

Enfin bon, voilà de quoi réfléchir à l’orientation de la société dans laquelle je vis et de l’environnement que je choisis de construire autour de moi. Quelle place laisser au progrès ? Comment trouver le juste milieu entre ce qui relève d’une avancée monumentale – même à l’ échelle du quotidien – et ce qui relève d’un avenir obscurci par des désirs de contrôle et de manipulation des individus.

Choisir entre le bien et la facilité

Il y a quelques années déjà je trouvais cette phrase (de Dumbledore à Harry Potter dans « Harry Potter et la coupe de feu ») très pertinente : « Bientôt, nous aurons tous à choisir entre le bien et la facilité » . Elle me revient tout de suite après le visionnage de cette pub pour Echo, et prend une dimension encore différente. Entre littérature et vie réelle, je cherche à me positionner au plus juste car s’il y a une chose dont je suis convaincue c’est que la littérature et l’art en général viennent dire des choses de notre société et peindre/dépeindre une réalité, parmi d’autres.

Enfin, soyons optimistes, Noël arrive après tout ! Reste à nous questionner sur nos achats et la liste que nous allons adresser à nos chers pères/mères Noël respectifs !

 

Kanelle, 22 ans, étudiante, Rouen

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