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ZEP4 janvier 2014 2 mn

On compile, on interroge, on résume. Parce que, parfois, nous aussi on a des choses à vous dire !

Flics ou voyous, les gardiens de la rue

De chez sa copine, Flora voit les dealers de son quartier plantés en bas de chez elle, pareils à des statues de cire. Quand un jour les flics interviennent.

Par ZEP4 janvier 2014 2 mn

J’ai rendez-vous avec Dounia, une copine du lycée. Sa mère rentre d’Algérie et j’ai des petits cadeaux à aller chercher. J’adore aller chez elle parce que sa famille me rappelle un peu la série « Ma famille d’abord » mais avec plus d’enfants. Sa mère est adorable, je rentre toujours avec le ventre plein à craquer parce qu’elle veut que je prenne «des kilos». Dounia vit à Saint-Ouen, dans une des nombreuses cités de ma petite banlieue. Bon, l’ambiance de son quartier est un peu « Gloqui, gloqui », c’est à dire qu’en face de son immeuble, qui est en face d’une maternelle, il y a du « business ». De sa fenêtre, on peut voir les jeunes « businessman », comme ils se présentent eux-mêmes, vendre leur marchandise. Des businessmen qui restent à leur poste 24h/24. J’ai beau aller chez ma copine le matin et rentrer le soir, ils tiennent toujours leurs postes.

Arténa ! Arténa !

Ils me font penser à des statues de cire. Parce que certains gardent la même posture pendant des heures. Les autres rodent dans la rue. Parfois, on peut les entendre hurler « Arténa ! » et continuer à faire le guet. C’est très surprenant. Imaginez-vous, marchant dans la rue et la personne en face, comme sous le coup d’une pulsion, hurle « Arténa ! ». Comme moi, vous prendriez peur. Mais maintenant j’y suis habituée. C’est le quotidien de cette rue. J’ai même appris à traduire cette onomatopée qui signifie « Danger ! » ou plutôt « Y’a les flics ! ».

Étrangement, ce jour-là, pas d’Arténa, pas de statue de cire. Rien. Juste la police. Enfin, des cars chargés de policiers. Ça pour le coup, ça ne fait pas partie du quotidien de la rue de Dounia, malgré tout ce qui s’y passait.

« Ils squattent la rue depuis une semaine »

Je me dépêche d’entrer dans cet immeuble qui me fait penser à une construction en Légo. L’ascenseur me fait peur. J’ai toujours peur qu’il me lâche. Je ne prends pas les escaliers parce qu’on ne sait jamais qui on peut rencontrer dans le hall. Arrivée à destination, les cris d’enfants et les insultes de la mère en arabe m’assaillent. Un peu débordée, la mère de Dounia me dit bonjour. Mon amie me murmure : « Comme d’habitude, on croirait être à Alger ».

Les salutations faites, je lui demande ce qui se passe dehors. Cela n’a pas l’air de l’inquiéter : « Ils squattent la rue depuis une semaine ». Les camions de police ont donc remplacé les businessmen. Dounia me raconte que la police reste là toute la journée à « garder la rue » : « Les petits jeunes ont été remplacés par la police ». Ça me paraît énorme comme situation, la police qui reste là, toute la journée, à ne rien faire.

Gardiens de la rue

Quelques mois plus tard, ils sont encore là. A mourir d’ennui dans leurs cars. Ce sont eux le nouveau quotidien d’en face. Le nouveau décor. Maintenant, quand je vais chez Dounia, je prends une minute pour dire bonjour. Grace à eux, il n’y a plus de dealers dans le coin. Ils sont devant le métro à racoler. Mais jusqu’à quand vont-ils garder cette rue ? Et puis deux cars, ça fait quand même beaucoup. Mais apparemment, nous avons assez de flics pour en faire des gardiens.
Flora, 20 ans, étudiante en licence d’économie, Saint-Ouen

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