IVG : un droit acquis qui ne met pas à l’abri du mépris

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Un droit acquis le droit à l’avortement ? Sans doute. Mais comme en témoigne Léna c’est sans compter les regards et les réflexions culpabilisantes de son entourage.

 

Il y a trois ans et demi, j’ai pris une décision. J’ai avorté.

J’étais sous contraceptif depuis cinq ans. Et pourtant un jour, j’ai compris que j’étais enceinte. Ma réflexion a été assez rapide à l’époque : j’entamais une formation professionnelle, je n’étais pas réellement autonome financièrement, j’avais besoin de plus de temps, de stabilité, je ne partageais pas beaucoup de principes d’éducation avec mon copain…

Des remarques culpabilisantes

Bref, je ne voulais ni enfant, ni suivi médical important pour donner naissance à un enfant que je n’aurais pas élevé ensuite.

Peu de temps après, j’ai travaillé dans un établissement de soins, endroit qui, pour moi, nécessitait une certaine ouverture d’esprit. J’ai très vite été confrontée à des jugements incessants.

Durant dix semaines, je travaillais douze heures par jour avec des infirmières dont deux essayaient d’avoir un enfant. Et quand je leur ai finalement parlé de mon choix d’avorter, après une grossesse pourtant sous contraceptif, je n’ai eu que des retours négatifs.

J’ai passé des heures à entendre des phrases type :

« L’avortement n’est qu’une mesure de confort pour gamines irresponsables. »

« C’est bafouer le droit universel à la vie, il faut vraiment être dénué de principes moraux. »

Le sentiment d’être jugée

J’ai d’abord essayé de lancer des débats pour leur montrer mon point de vue et j’ai juste récolté une réputation d’enfant. J’ai voulu leur faire comprendre que je trouvais plus responsable d’avorter plutôt que d’avoir un enfant dans un contexte défavorable, et que j’étais assez grande pour faire la paix avec mes principes et notamment avec mon éducation chrétienne après cette décision.

Néanmoins, durant les sept semaines qui ont suivi, j’ai eu le droit chaque jour à des regards noirs, à des remarques très blessantes, des pics sur tous les tons, parfois même devant des patients.

Mes rencontres m’ont prouvé à maintes reprises que les raisons d’un tel choix pouvaient être multiples, variées, mais je considère que, quelle qu’elles soient, chaque femme, chaque couple devrait avoir ce choix, avoir le droit de mettre fin à une grossesse pour son bien-être comme pour le bien-être de l’enfant à naître.

Qui sommes-nous pour les juger et être jugées ?

 

Léna, 22 ans, Nancy

Crédit photo Flickr CC JeanneMenjoulet et Cie

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