J’ai vécu dans la rue. Qui sont les monstres ?

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Avez-vous froid parfois, quand vous rentrez tard le soir du travail ou de l’école, en espérant avoir très vite le prochain RER, métro, bus ou tram qui passera ? Regrettez-vous parfois d’avoir oublié vos gants ou votre bonnet alors que le froid domine l’atmosphère autour de vous ?

Chez moi, de quoi me préparer un chocolat chaud

Moi oui, réellement, j’ai froid, je ne suis pas très à l’aise avec les températures extrêmes en général, que ce soit froid ou chaud. Je me réfugie toujours près de mon radiateur ou du ventilateur en été. J’adore boire un chocolat chaud en rentrant de l’université, et me regarder un bon film, surtout quand approche Noël. En soi, c’est une période plutôt agréable malgré le froid non ?

C’est ce que je pensais, en tout cas, en tant que personne ayant un logement, un radiateur, et de quoi me préparer un chocolat chaud.

Il y a de cela deux ans, je me suis retrouvée à la rue, dans Paris. Mais pas à la rue comme une personne sans domicile fixe, j’avais une maison, où on m’attendait le soir, avec un bon chocolat chaud, mais que j’avais décidé de ne pas rejoindre. Cela a duré environ deux mois, je ne me souviens plus très bien, j’ai décidé de vivre différemment, de changer de point de vue. J’ai décidé d’envisager les périodes de fin d’année différemment, si près des vitrines décorées pour Noël, mais en réalité si loin.

Dans la rue, la peur de me faire agresser

Au début j’avais très peur quand s’approchait la nuit et que je voyais progressivement les rues se vider, seules les personnes alcoolisées rentrant de soirées, hurlant dans la nuit, arpentaient encore les avenues désertes de Paris. Je ne savais pas où dormir, je ne savais pas où aller, j’avais peur de me faire agresser alors que je m’endormais. J’ai découvert, très partiellement, la vie d’une personne qui a élu domicile partout, sauf dans le confort de la chaleur. Très vite, j’ai développé différentes « stratégies » qui se révélaient progressivement trop provisoires dans le temps, la faute aux politiques de la ville.

Déjà, j’ai longtemps dormi dans le métro (et particulièrement la ligne 7 qui est l’une des plus grandes), je ne descendais pas aux terminus et effectuais des allers-retours. Mais le bruit et la lumière dans le wagon rendaient l’action presque impossible, et régulièrement un agent de la RATP venait me déloger. Aussi, le métro fermait à deux heures pour rouvrir à cinq heures du matin. Trois heures fermé pendant la nuit, pour être sûr qu’aucun sans domicile fixe ne puisse s’installer dans la durée.

J’ai par la suite, trouvé un parking fermé, c’était le lieu parfait, j’étais plus qu’étonnée de voir tous les SDF installés dans une avenue à côté alors qu’il y avait ce magnifique parking, à l’abri du froid et des regards. Je m’y suis installée, et très vite j’ai compris : toutes les minutes, une voix programmée, forte et exaspérante scandait : « Radio parking, la radio des parkings ». Honnêtement, plutôt dormir dehors que de subir cela plus longtemps.

Ce ne sont pas eux les monstres

Néanmoins, malgré toutes mes tentatives pour trouver un lieu confortable, j’ai toujours dû faire face à des mesures mises en place par les politiques de la ville, les magasins, les agents, pour nous offrir le moins de confort possible : gares SNCF fermées pendant une ou deux heures seulement la nuit, pics sur les rebords des établissements, bancs formés de telle sorte que l’on ne peut pas s’y allonger, agents circulant régulièrement pour nous déloger. Certains lieux ferment plus tôt qu’auparavant. Le Carrousel du Louvre par exemple : beaucoup de SDF y venaient quand le public n’était plus présent pour se reposer au chaud, recharger un téléphone.

Ma question est : pourquoi ? Pourquoi rendre la vie des personnes vivant dehors encore plus dure qu’elle ne l’est ? Soyons honnêtes, les déloger d’un endroit ne les empêchera pas d’aller à un autre endroit. Malgré ce que certaines personnes souhaiteraient, visiblement, ils ne peuvent pas simplement disparaître par un coup de baguette magique.

Alors les médias mettent en avant l’aide offerte par des associations pendant l’hiver, alors qu’en réalité, tout est mis en œuvre pour les expulser, comme des déchets toxiques qu’on aimerait enterrer. Pourquoi rejeter des personnes qui je le rappelle, même s’ils sont en marge de notre société, on autant de valeur que vous et moi ?

Ce que j’ai vécu a été dur, le regard des gens, l’aversion des passants et le manque de respect des agents. L’isolement, le froid, la faim parfois. Pourtant, contrairement à ces gens, je savais que n’importe quand je pouvais rentrer chez moi. Alors je réalise que je n’ai pas vécu un seul pourcent de ce qu’ils endurent. Il est important de changer votre regard, regardez la réalité telle qu’elle est, ce ne sont pas eux les monstres.

 

Mélissa, 23 ans, étudiante en histoire et philosophie, Montpellier

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3 RÉACTIONS
  • Cedric 10 mars 2016

    Très poignant… Vous avez connu l’enfer de la rue et il est certain que les choses doivent changer pour que tout à chacun n’est plus à subir cela… Facile à taper sur mon ordinateur…

  • Angel 10 mars 2016

    Poignant et bien écrit …
    Dans ma ville comme dans beaucoup d’autres nous avons une miltitude d’Eglises.
    Avec une amie nous nous sommes demandées pourquoi la maison de Dieu n’accueille t’elle pas les gens qui ont besoin d’être à l’abri, au calme. Croyants ou non, là n’est pas la question.

  • bruno 18 juin 2016

    Bonsoir melanie,
    je trouve celá trés courageux de ta part.
    C’est clair que tu auras appris beaucoup de choses.Trés rare de voir une jeune décidait de faire l’exprérience de la rue.Se confronter á la violence et la bétise de certains individus.
    Moi qui habite budapest,je vois tous les jours des gens completement bousillés par ce monde ultramercantile.
    Si tu lis mon message,j’aimerais correspondre avec toi.
    Merci

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