« Née en France de parents français, je ne suis pourtant pas française »

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Je suis née en France de parents français et pourtant je ne suis pas française.

J’ai grandi entre la France et l’Allemagne

J’ai grandi entre deux pays : la France et l’Allemagne. Un pied dans un pays, un pied dans l’autre. Je n’ai pas de famille en Allemagne, mais un amour partagé avec mes parents, qui m’ont projetée dans ce milieu dès ma naissance. Faire vivre l’Allemagne en moi tout en restant en France a été leur préoccupation principale toute mon enfance.

Du jour où je suis née jusqu’au lycée, nous avons hébergé chez nous des jeunes filles au pair allemandes. Le but n’était pas qu’elles s’occupent de mon frère et moi, mais qu’on échange avec elle dans leur langue. Cette présence allemande constante ainsi que mon inscription dès la maternelle dans des écoles bilingues m’ont permis d’acquérir une bonne compréhension de la langue allemande tout en restant en France avec des parents non bilingues.

Mais plus que la langue, c’est aussi la culture de cet autre pays qui m’a été transmise et que j’ai incorporée. Je n’avais chez moi que des cassettes de films en allemands, j’écoutais des musiques allemandes et lisais des contes allemands. Plus j’évolue dans le milieu franco-germanique, plus je suis convaincue de l’importance de la culture enfantine dans l’appropriation d’un mode de pensée commun. Mes vacances scolaires, je les ai passées en Allemagne, à Göttingen en Basse Saxe, et plus précisément… à l’école. C’est là que je me suis fait des amitiés que j’entretiens aujourd’hui encore. J’ai ainsi évolué dans deux mondes qui ne se confrontaient jamais, avec des amis qui ne se connaissaient pas, des réalités éloignées qui n’étaient rassemblées qu’en moi.

J’aimerais partager mon amour pour ces deux cultures

En France, on me prend pour une Allemande. Et en Allemagne, je suis la Française. J’ai une culture imparfaite dans les deux pays. Mais je prends la rencontre des deux pour une très grande richesse. Une Française m’a dit un jour en m’entendant parler avec emphase de l’Allemagne : « Tu renies ta patrie. » Pourquoi l’amour et l’appartenance à une culture étrangère devrait-elle m’empêcher d’aimer tout autant la mienne ? Je ne suis ni Allemande ni Française, et je suis en perpétuelle recherche d’un équilibre entre les deux. J’étudie l’allemand en France pour rester dans un milieu franco-allemand. C’est là que je suis chez moi.

J’aimerais partager mon amour pour ces deux cultures si proches et pourtant si dissemblables sans être sans-cesse confrontée à des préjugés. Je n’ai pu les dépasser que grâce à l’engagement de mes parents. J’espère en faire profiter d’autres, à commencer par mes amis, qui peinent parfois à me comprendre. Je suis heureuse de ma bi-culturalité, même si elle implique un décalage avec mes interlocuteurs. Mais plus que cela, c’est une ouverture qui est née pour les cultures étrangères en général.

Apprendre une langue c’est découvrir un mode de pensée

J’aime découvrir de nouveaux pays, de nouvelles façons de vivre. Apprendre des langues m’a ouvert à l’apprentissage d’autres langues : anglais, russe, yiddish, vieux-haut-allemand, un jour peut-être le suédois et bien d’autres encore. Apprendre une langue, c’est découvrir un mode de pensée, un univers empreint d’une histoire différente, d’autres aspects sociaux ou géographiques influençant le vocabulaire, les expressions. Je ne réfléchis pas de la même manière dans une langue et dans une autre. D’autres idées me viennent, d’autres façons de concevoir les choses. Bref, une ouverture bien plus grande que « simplement » linguistique.

Je déplore le peu d’importance qu’on accorde aux langues en France. Je ne pense pas que ce soit en réduisant le nombre d’heures d’enseignement des langues dans le secondaire que nous pouvons développer l’ouverture des générations futures sur le monde. La maîtrise des langues est la base de la connaissance de tout autre sujet. Maîtriser une langue et son fonctionnement, c’est pouvoir comprendre un raisonnement. C’est donc pouvoir analyser une pensée philosophique, un raisonnement mathématique ou un débat historique. La langue, c’est ce avec quoi nous réfléchissons. Il n’est pas absolument nécessaire d’avoir conscience de tous les éléments grammaticaux d’une langue pour pouvoir raisonner avec elle. Je suis pour un apprentissage plus efficient des langues, pour ne pas tout appeler « truc » et faire évoluer les idées. Je crois que l’évidence est universellement reconnue : les mots ont un sens, utilisons-les !

 

Solène, 21 ans, étudiante, Paris

 

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