Jusqu’ici tout va bien…

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J’ai bien dormi. Pas de projet à long terme aujourd’hui, la seule chose à faire pour l’instant : un café et tartiner du Nutella sur mes pains au lait. On écoute France Inter. L’hymne à l’amour. Aujourd’hui tout va bien, cet après-midi on ira faire deux courses. Dans mon coeur y’a de l’amour, de la reconnaissance, et un rire qui résonne.
Ma bulle se construit d’elle-même lorsque la compagnie est bonne.
Jusqu’ici tout va bien…

Je ne pense pas à demain, oui demain, c’est loin

Hier, mon père m’a parlé d’un modèle de Mercedes qui le fait rêver. Il dérive ensuite sur une pub automobile qu’il a vu à la télévision et s’adresse à ma mère : « Attends, je comprends pas, dans la pub, ils disent 200 euros pendant 60 mois, c’est possible ça? C’est intéressant. Il faut verser un acompte? ». Silence. Il s’adresse ensuite à moi: « Ma chérie, je vais à LIDL demain, y’a des promotions, 1 article acheté l’autre à moitié prix. Fais moi une liste. »
LIDL ! La dernière fois un paquet de pâtes était ouvert, quelqu’un a pris quelques poignets pour en mettre dans ses poches. Au rayon des produits congelés, il manquait 3 pièces dans un paquet de poissons pané.
Le même jour, une femme m’a demandé 70 centimes.
« C’est pour votre ticket de bus ? »
« Non. C’est pour manger. »
A la télévision je vois de la peur, dans mon quartier je vois des gens qui n’ont plus peur de rien. Mardi, je vois des femmes marcher pieds-nus, je vois des gosses boire des canettes de bière, je vois des jeunes qui repoussent leurs limites, parce qu’au pire y’a la mort, et la mort c’est toujours mieux que la vie ici.
Elle est là la complexité de mon quotidien : j’aime la vie autant que je la hais. J’aime l’odeur du café, passer une nuit affreuse et me réveiller avec le sourire de Lilya, dire « bonjour » au conducteur du bus, retrouver un ami perdu de vue, partager mon plat avec ma mère et marcher dans Marseille sans savoir où aller. J’aime voir les gens se retrouver ; et leurs pleurs sur le quai de la gare qui n’ont raison d’être que parce qu’ils s’aiment.
Mais après mon café, je rencontre Alima, elle a choisi la France pour terre d’accueil mais ne récolte que le mépris.
Dans le bus, y’a cet homme qui insulte sa femme devant ses gosses et un public faussement inattentif.
Dans la rue y’a les kiosques et les journaux du jour: « Attent… », je détourne le regard. Pas aujourd’hui.

Car si aujourd’hui tout va bien, c’est que je ne pense pas à hier, c’est que je ne pense pas à demain..
Oui, demain c’est loin.

 

Safira, 21 ans, étudiante, Marseille

Crédit photo Gratisography

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3 RÉACTIONS
  • Charles 14 juillet 2016

    Super texte,Marseille est une ville si attachante,une fourmilière de modes de vie et de système D ! Toujours très pauvre malheureusement…Mais elle vaut tellement mieux que ces faits divers qui font office d’infos…J’y passe pratiquement tous les ans depuis 20 ans et l’atmosphère est unique !

    Si tu aimes lire je te conseille l’enquête d’un reporter de la ville sur la corruption, « la fabrique du monstre »,sidérant

    Et par ailleurs ça fait plaisir ta façon de citer « l’école du micro d’argent »,j’espère que tu connais « art de rue » de la Fonky Family,cd mythique sur Marseille…

    Zepement 🙂

      • Charles 15 juillet 2016

        Yup,avant l’atterrissage c’est mystères et suspense sans traverser le pont de part en part vers la Lune noire en réitérant ce qu’on a vu avant 8h et 1/2 ,filles,flics et descentes…

        Au plaisir de te relire jeune femme aussi charmante que son prénom, amitiés varoises.Et merci la ZEP !

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