Le coup de gueule des assistants de services sociaux

Share on FacebookTweet about this on TwitterShare on LinkedInShare on Google+Email this to someone

Camille est en formation d’Assistante de Service Social à Marseille. Ce n’est pas tous les jours facile, mais là, « ça devient franchement compliqué ». Elle s’explique… 

 

 

Dans notre formation, nous avons entre trois et quatre stages à réaliser et les trouver, quelle que soit la région, relève du parcours du combattant.

On passe des heures à chercher des adresses, des numéros de téléphone, des mails, à se déplacer  pour laisser nos CV et lettres de motivation, à tomber sur des secrétaires qui parfois refusent de passer le message à l’assistante sociale de la structure, à obtenir un accord et, quelques jours ou quelques semaines plus tard, la personne nous rappelle pour nous dire qu’au final ça ne va pas être possible, pour telle ou telle raison. On tombe aussi sur des structures qui nous disent n’accepter des stagiaires que d’une école, pas de l’autre…

Des stages vitaux pour les futurs travailleurs sociaux

Un des problèmes souvent rencontré par les étudiants, c’est la gratification. En effet, à partir de la deuxième année, les stages durent plus de deux mois et sont donc soumis à la gratification.

Or de plus en plus de lieux de stage n’ont pas les moyens de rémunérer un stagiaire sur cinq-six mois.

Attention, nous ne demandons pas la disparition de la gratification. Au contraire, pour certains, c’est vital pour pouvoir continuer la formation. Sans cela, certains sont forcés de trouver un travail à côté, ce qui, de par l’intensité de notre formation, est très compliqué (nous avons 35h de cours par semaine, beaucoup de devoirs à rendre tout au long de l’année, peu de vacances). Prendre un travail est contre-productif et épuisant.

Mais ces stages sont essentiels pour nous, l’alternance est indispensable pour travailler concrètement et comprendre tous les enjeux que ce métier représente.

Si nous passons à une formation avec peu de stages et de courte durée, il est probable que vous retrouverez en face de vous des professionnels hésitants, peu réactifs ou peu capables de répondre de manière adaptée à votre demande.

Ces stages sont vitaux pour nous. Sur trois années de formation, ils représentent un an. C’est énorme !

Ils nous permettent de conforter notre choix de formation en observant pendant un mois le travail d’une assistante sociale, de commencer à intervenir sur la structure d’accueil pendant deux mois pour appréhender certains modules (la relation d’aide, l’ISAP – Intervention sociale d’accompagnement à la personne – et parfois l’ISIC – Intervention sociale d’intérêt collectif, les politiques publiques…), de s’inclure dans une structure pendant cinq mois pour commencer à travailler en tandem avec un travailleur social, et enfin pendant 6 mois (stage de professionnalisation), d’agir presque déjà comme des professionnels.

Ces stages ont des modalités différentes selon les instituts de formation, mais grosso modo, c’est à peu près cela partout.

Qui s’occupera des personnes qui en ont besoin ?

Je suis donc en 2e année et à un mois du début du stage, je n’ai toujours rien*. Je l’avoue, j’ai un peu traîné pour chercher, mais j’ai vu des collègues autour de moi qui s’y sont plongées à fond, depuis des mois, pour ne recevoir que des réponses négatives… quand réponse il y a eu.

Certaines 3e année, qui ont commencé leur stage cette semaine, ne l’ont trouvé que la semaine dernière. Vous imaginez l’incertitude dans laquelle nous vivons constamment ?

Et l’école dans tout cela ? On ne nous aide qu’à partir de la date du début de stage si nous n’en avons pas. Jusque-là, à nous de nous débrouiller… seuls.

Nous disposons d’un classeur avec toutes les adresses où les promotions précédentes ont fait leurs stages, c’est tout.

D’autres écoles aident leurs étudiants à trouver leurs stages, mais je ne suis pas sûre que ce soit beaucoup plus facile.

Si nous restons en rade, nous ne pouvons pas nous former et ne serons pas la prochaine génération de travailleurs sociaux. Et il est clair qu’il y a déjà un manque important de ce côté-là.

Si nous ne sommes pas présents car privés de formation, qui s’occupera d’accompagner les personnes qui en ont besoin ?

Qui leur permettra de régler leurs soucis, si nous-mêmes en avons tellement eu que nous avons dû abandonner ? Qui se chargera d’accueillir les personnes dans le besoin, à la rue ou demandeurs d’asile ? Qui arrivera à les faire sourire malgré les problèmes ? Qui pourra leur permettre de retrouver une stabilité dans leur vie ? Qui répondra à leurs questions ? Qui les accompagnera pour une demande d’asile à la préfecture ? Qui leur expliquera les différentes prestations selon leurs besoins ?

C’est notre formation toute entière qui est remise en question par cette pénurie.

Il faut aussi dire que certaines assistantes sociales n’ont juste pas envie de prendre un stagiaire, parce que cela implique de le former, de passer du temps avec lui pour lui apprendre les spécificités de la structure et comment parler aux personnes reçues…

Ca demande beaucoup de temps et d’énergie, j’en suis consciente. Mais vous avez vous aussi été stagiaires un jour… Avez-vous rencontré autant de problèmes pour trouver un stage ?

 

* Ca y est ! J’ai trouvé. Mais à ce jour, deux étudiantes de 3e année ont decidé d’arreter la formation,  faute d’avoir trouvé un stage…

 

 

Camille Cohendy, 25 ans, étudiante à Marseille, originaire de Clermont-Ferrand, avec le collectif de mobilisation des assistants de services sociaux

Crédit photo Travailleurs Sociaux Libres

Share on FacebookTweet about this on TwitterShare on LinkedInShare on Google+Email this to someone
1 RÉACTION
  • Anaïs 10 novembre 2016

    Salut ! Egalement étudiante dans une formation sociale, je me suis beaucoup retrouvée dans ton (votre) témoignage.

    Me trouver un stage a été la croix et la bannière et beaucoup de personne de ma classe n’ont pas encore trouvé, à un mois et demi du début. Beaucoup d’angoisse qui t’empêche d’être productif dans tes cours, tes devoirs, tes examens. Beaucoup de démotivation aussi.

    Comme vous le dites, nous sommes la prochaine génération de travailleur.e.s sociaux et pourtant nous sommes déjà démotivés… Comment sera la suite ?

RÉAGIS