Le service civique, oui ! Mais contre le chômage, on fait quoi ?

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En ce début d’année, j’ai été très étonnée d’entendre le Président de la République annoncer qu’il souhaitait étendre le service civique (qui mobilise 70.000 jeunes aujourd’hui) au plus grand nombre avec un objectif de 350.000 jeunes en 2018. Très ambitieux, le chef de l’Etat a également fait part de sa volonté de rendre le service civique accessible à la moitié d’une classe d’âge d’ici à 2018 et de le voir généraliser au-delà de 2020.

Un milliard d’euros pour développer le service civique

En entendant ces annonces j’ai failli bondir de ma chaise. Je ne comprends pas cette nouvelle obsession pour le service civique. L’année dernière, au lendemain des attaques terroristes, le débat était de savoir s’il fallait ou non rendre le service civique obligatoire comme si les jeunes avaient leur part de responsabilité qu’ils devaient excuser avec cette mesure punitive. Finalement, le débat ne fera pas long feu puisqu’un mois plus tard, durant une conférence de presse à l’Elysée, François Hollande annoncera que le service civique resterait basé sur le volontariat mais qu’il deviendrait “universel”. Il s’engageait ainsi à tout mettre en oeuvre afin qu’au 1er juin 2015, chaque jeune entre 16 et 25 ans souhaitant effectuer une mission d’intérêt général obtienne une réponse favorable d’ici la fin de l’année.

Un an plus tard, alors que le taux de chômage des jeunes est toujours aussi alarmant, voilà que le Président annonce une enveloppe de 700 millions d’euros supplémentaires afin de développer le service civique, un budget qui devrait atteindre un milliard d’euros en 2018.

Un milliard d’euros. Passée la consternation du chiffre, aujourd’hui je m’interroge.

Et contre le chômage, on fait quoi ?

J’ai fait un service civique pendant 9 mois et j’ai vécu une très bonne expérience. Je recommande même à mes amis de faire une mission s’ils en ont la possibilité. C’est une expérience à vivre et cela peut être un véritable atout dans leur parcours personnel et professionnel. Pour autant, je crois qu’aujourd’hui le service civique est loin d’être la priorité : ce n’est pas ce qui fera pas diminuer le chômage. De plus, la rémunération proposée (environ 600 euros par mois) ne permet pas de sortir de la précarité et il est utile de rappeler qu’il ne s’adresse qu’aux 16-25 ans.

A croire que le service civique serait devenu LA solution à tous les problèmes des jeunes. Le collectif Génération précaire qui soutient et défend l’insertion professionnelle des jeunes résume parfaitement le danger de la généralisation du service civique:

« François Hollande veut dépenser 700 millions d’euros supplémentaires pour ce dispositif alors que la priorité doit aller à l’apprentissage car c’est le seul dispositif qui permet aux jeunes de trouver un job. Or l’apprentissage est quasi-inexistant dans le secteur associatif. Les jeunes vont vers le service civique car ils ne trouvent pas d’emploi et en le généralisant on ne fait que renforcer leur précarisation, soi-disant au nom d’une mission de service public. Comme si les jeunes étaient responsables du désengagement de l’Etat et de la crise civique actuelle. Mais est-ce vraiment à eux d’assumer cette responsabilité ? »

Déconnectés de nos réalités…

J’ai parfois du mal à comprendre pourquoi les politiques sont à ce point déconnectés de nos réalités. Quand je vois plusieurs de mes amis diplômés à bac+5 qui sont au chômage six mois après avoir obtenu leur diplôme, je ne peux accepter que l’on mette autant d’argent dans des missions aussi précaires. Le budget d’un milliard d’euros annoncé par le Président est par ailleurs bien insuffisant : selon le rapport annuel 2014 de la Cour des comptes, « 100 000 contrats représenteraient un coût pour le budget de l’État de l’ordre de 750 millions d’euros ».  Pour atteindre l’objectif de généraliser le service civique, il faudrait donc doubler le budget. Un montant qui pourrait avoisiner les 2,6 milliards d’euros selon le Figaro.

J’ai également du mal à comprendre pourquoi certaines missions privilégient les candidats surdiplômés et exigent des compétences spécifiques alors que le principe du service civique est de sélectionner les candidats sur la seule base de la motivation. Je me demande aujourd’hui si avec un parcours académique différent j’aurais eu les mêmes chances de trouver une mission de volontariat sans être jugée sur les études que j’ai suivies ou sur mes expériences professionnelles.

Aujourd’hui, j’aimerais que l’on propose des solutions concrètes pour lutter contre le chômage des jeunes (et non en les enfonçant un peu plus dans la précarité). J’aimerais que les politiques sortent de leur tour d’ivoire afin de comprendre  nos réalités, la précarité, les difficultés d’accès au logement, mais aussi à l’éducation. Car en fin de compte, c’est peut-être ça le fond du problème. Ils sont bien trop éloignés de nos réalités.
Hawa, 23 ans, étudiante et blogueuse, Ile-de-France

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1 RÉACTION
  • Alexandra 31 mars 2016

    Merci pour votre article ! Il a attiré mon attention sur un aspect auquel je n’avais pas songé.

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