Les dessinateurs de Charlie ont forgé mon esprit critique

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J’ai fait connaissance avec Charlie, comme beaucoup d’autres personnes de ma génération en 2011, lors du scandale des caricatures de Mahomet. Ça fait bientôt trois ans depuis ma terminale. Sans acheter le journal toutes les semaines, leur page Facebook et leur site internet font partie de mon quotidien virtuel.

En mon sens, Charlie est l’essence même de la liberté de la presse. Quand beaucoup de médias sont censurés ou se censurent eux-mêmes pour ne pas choquer, malgré le droit à l’expression, Charlie ne s’est jamais imposé aucune limite, à l’instar de son ancêtre Hara Kiri. La phrase de Charb, qui s’est invitée partout lors des manifestations des derniers jours : « Je préfère mourir debout que vivre à genoux », en dit long sur la vision que partagent ceux qui font vivre le journal. Dire ce qu’ils veulent, quel qu’en soit le prix, dans l’époque qui est la notre, bien loin de toute la dérision qui était permise avant ma naissance. Coluche, les Inconnus, Pierre Desproges l’illustrent merveilleusement bien. Je regrette de n’avoir pas connu ces temps de l’humour grinçant et illimité, où tout semblait permis. C’est cette liberté presque insolente aujourd’hui qui fait la force de Charlie. C’est aussi elle qui est au coeur de toutes les attaques auxquelles le journal a dû faire face depuis des années : insultes, procès, incendie. Attentat. elle  qui choque et dérange tous ceux qui préfèreraient le voir se taire.

Prendre pleinement conscience de la liberté

Il y a un an, je suis tombé par hasard, dans le bureau de mes parents, sur un énorme livre rouge, publié à l’occasion des vingt ans du journal. Des centaines de dessins regroupés dans en un immense pavé. Toute l’étendue de leur talent hors normes regroupée en un énorme livre. J’ai mis plus d’une semaine à admirer tous les dessins qui y étaient représentés. J’ai rigolé, je me suis questionné, j’ai appris, j’ai même été choqué. J’ai pris conscience là de l’importance de la liberté d’expression et de la chance que j’ai de vivre dans un pays qui en a fait l’un de ses fondements, l’une de ses valeurs les plus importantes et les plus fortes. J’ai pris conscience de la chance et de l’importance de vivre dans une démocratie et de vivre dans un pays laïc. Mais aussi de vivre dans un pays multiculturel, car c’est là aussi un des messages de Charlie. Le fait même qu’il s’en prenne à chaque religion, à chaque orientation sexuelle, à toutes les origines, à chaque idéologie, à chaque pays du monde, montre qu’il est pour la diversité. S’il arrêtait de tacler telle ou telle communauté, là, il faudrait se poser des questions quant à ses valeurs.

Cabu, Wolinski, Honoré, Riss, Luz, mais aussi Plantu et Philippe Geluck ont participé à forger mon jugement critique. J’ai aussi aussi le souvenir de Charb, quand j’étais petit et abonné à « Mon Quotidien » et dont la mascotte était Cotillon. Chaque jour, en rentrant de l’école, je suivais l’actualité tout en suivant les aventures du personnage au t-shirt rouge et de son petit chien, tous deux créés et dessinés, jusqu’en 2009, par Charb. Je me souviens m’être demandé pourquoi Cotillon et son chien n’avaient plus la même tête qu’avant, lorsque Charb avait passé le flambeau à un autre dessinateur. Les traits étaient moins épais, et me paraissaient beaucoup moins familiers.

imagesIl est incroyable de voir que l’on puisse aujourd’hui s’en prendre à un journal pour la cause qu’est celle qui a motivé ces terroristes à assassiner ces hommes de talent, mercredi. Je suis triste et inquiet de voir que c’est possible, quinze ans après le passage en l’an 2000. Je suis néanmoins fier d’avoir pris part aux manifestations, et vraiment admiratif de toutes les personnes qui se sont elles aussi levées à travers le France et, plus incroyable encore, à travers le monde. Je suis admiratif de la dignité des politiques debout en soutien à Charlie Hebdo, alors qu’eux-même s’en prennent plein la gueule depuis toujours. J’ai en souvenir une caricature datant de 2012 sur laquelle on voit François Hollande passer au hachoir la tête de Nicolas Sarkozy, après son élection lors des présidentielles. Hier après-midi, ils étaient tous les deux présents lors de la marche historique à laquelle nous avons assisté. Tout le monde devrait réagir ainsi. Aucune excuse ne justifie la violence, pas même un blasphème qui, en France,  n’est passible de rien !

Les dessinateurs et auteurs de Charlie m’ont beaucoup appris. Ils m’ont surtout appris le respect, car, malgré tout qu’ils balancent chaque semaine, leurs revendications et leurs valeurs sont nobles. Mercredi, je suis là pour assister à la renaissance de l’hebdo, car je suis Charlie.

Thomas, 19 ans étudiant, Lille

Illustration : Une de la version lyonnaise pirate de Charlie Hebdo, baptisée Charlie Héros – Charlie Héros

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