Les jeunes sont-ils vraiment toujours accros à Facebook ?

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J’ai souvent comparé Facebook à une place publique. Comparons les applications de jeux à un bâtiment de jeux d’arcade dans lequel on tente de pulvériser les records, les débats par commentaires de statuts ou d’articles à des groupes de gens manifestants, les conversations privées à des gens assis en terrasse, les publicités agressives aux hurlements des vendeurs du marché… ça y est ? Vous y êtes ?

Comme une pancarte d’homme-sandwich

Dites-moi, est ce que vous iriez exposer les photos de votre dîner en amoureux de la veille au soir sur un lampadaire ? Est ce que vous projetteriez une vidéo de votre dernière soirée sur la façade de la mairie (cela dit ça pourrait peut-être faire un bon son et lumière) ? Est-ce que vous sortiriez hurler à la porte du lieu d’arcade que vous avez battue votre mère au Tetris ? Est-ce que vous iriez dire aux gens en terrasse qui n’ont rien demandé à personne : « Oh mon dieu, la fin du dernier épisode de Game Of Throne était trop gore, le roi est mort » ? Est-ce que vous porteriez devant votre lieu de travail une pancarte d’homme sandwich avec écris la ville où vous vivez, celle d’où vous venez et si vous êtes en couple, et avec qui ? Et écris derrière qui est de votre famille ou fait partie de votre cercle de connaissances ?

Ah vous allez me dire : « Mais non mais j’ai bien géré les paramètres de confidentialité, mon profil n’est pas public… seuls mes amis peuvent voir mes publications et ceux qui ne veulent pas voir mes publications n’ont qu’à les masquer ». Bravo, c’est un premier pas vers la conservation de votre vie privée. C’est important.

Un peu du voyeurisme, non ?

Mais dites moi, est-ce que si vous croisez sur cette place publique le cousin de votre ex (celui que tu as ajouté il y a 2 ans, que tu n’as pas supprimé parce que tu le trouve sympa), ton voisin de classe de maths de 4e ou le mec à qui t’as parlé une fois dans ta vie en soirée ou toutes ces personnes qui ne sont que de vagues connaissances, leurs dirais tu que tu es allé hier à la piscine ? Lui montrerais-tu un album photo de ton dernier passage à Disneyland ou de ton enfant qui s’est déguisé en pirate pour le dernier carnaval ?

Ah vous allez me dire : « Bah non mais moi j’aime bien parfois aller voir sur leurs murs ce qu’ils deviennent » Pourquoi pas ? Mais iriez-vous vous glisser dans son jardin pour aller jeter un coup d’oeil à sa fenêtre pour voir ce qu’il devient. C’est malsain dit comme ça hein ? Vous pouvez aussi simplement leur passer un coup de fil ou leur envoyer un message pour leur laisser la possibilité de vous dire ce qu’ils veulent que vous sachiez d’eux.

Addiction à la connexion

Non, non. Je ne blâme personne, ce serait hypocrite de ma part car moi aussi quand mon ordinateur est allumé, Facebook l’est pratiquement systématiquement aussi… Je me suis même laissée tenter une fois de notifier qu’à telle date c’était la première fois que je mangeais un… Oreo ! C’est addictif ce sentiment de connexion avec le monde, cette impression d’être en lien avec toutes ses connaissances, cette quête des Likes qui vous donnent un sentiment de popularité… À l’époque où j’avais un Android c’était encore pire. J’exposais mes pensées, mes humeurs toutes les 3 heures, je mettais des photos des gâteaux que j’avais cuisiné, toute fière… (alors qu’au final c’est le goût qui compte… mais ça Facebook ne le fait pas encore)

J’ai commencé à trouvé ça gênant quand moi-même j’ai été dérangée de découvrir certaines choses de la vie de mes proches. Concrètement, voir des photos de sa jeune sœur qui roule une belle pelle à son copain, une vidéo de son cousin qui se jette dans un cours d’eau froide pour ne pas payer un restaurant à celui qui lui a dit de le faire… j’ai fini par réaliser que ça me dérange qu’on puisse voir de moi ce que je voyais d’eux.

C’est par où la vraie vie ?

Via Facebook, on donne tous l’impression de jouer un rôle : « Regardez, tout va bien dans ma vie » ou : « Je suis triste, venez vous occuper de moi » ou encore : « Je me suis faite larguée hier, je ne ferai plus jamais confiance aux hommes ». On est dans un mode de démonstration, de mise en scène de sa vie et de soi-même et c’est de plus en plus alarmant.

Qui n’a pas vu cette vidéo sur les écrans… avec cette magnifique voix off qui vous dit « à avoir le nez sur votre téléphone, vous ratez des choses, vous pourriez même rater la femme de votre vie »… J’ai trouvé ça tellement paradoxal et limite hypocrite que les gens la partagent sur Facebook (même si il faut admettre que FB est un des moyens de communication le plus efficace aujourd’hui) et pour 60% d’entre eux 10 minutes après ils publiaient une autre photo de leur mignon petit chat qui fait la sieste sur le canapé et 20% retourneront jouer à candy crush.

Il suffit de savoir se protéger

Depuis quelques temps j’ai largement restreint les publications qui me concernent de manière trop privée. Je lis de loin les statuts des gens en filtrant volontairement les spams de vie privée, les publicités, les images puériles, vulgaires ou racistes de certains groupes Facebook (oui la place publique Facebook a aussi ses ruelles sombres.).

Une fois le filtre passé, j’ai réalisé que ça pouvait être une vraie mine d’or, une belle ressource pour tous et qu’au final, Facebook est ce que nous, internautes, en faisions. C’est en effet une place publique où en plus des arcades et des terrasses de café on trouve aussi un office de tourisme sur le monde entier, moyen d’accéder rapidement à des informations tant locales que mondiales. C’est également un kiosque à journaux autour duquel on peut lire les gros titres et en débattre avec les autres clients. Il peut y avoir dans un coin un bureau de poste duquel on envoie des invitations à un événement.

Il suffit simplement de se rappeler que, bien qu’on soit chez soi, avec le sentiment de sécurité qui s’en accompagne, être sur Facebook impose des respecter des valeurs, une éthique, un savoir vivre… comme on le ferait dehors… sur une place publique.
Clémantine, 22 ans, volontaire en service civique, Lille
Illustration Flickr CC Rishibando

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