Pas de justice climatique sans justice sociale

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Le lundi 30 novembre dernier était marqué par le lancement de la 21ème Conférence des Nations Unies pour l’environnement. Pour cet évènement international, 147 chefs d’Etats et de gouvernements ont ainsi pris leurs quartiers au Bourget. Certains d’entre eux ont dépêché d’impressionnants convois pour l’occasion, en témoigne l’escorte super écolo d’une vingtaine de voitures pour Obama. Une entrée plutôt curieuse quand la conférence a pour objectif de réduire l’émission des gaz à effet de serre…

On dit que cette COP est particulièrement « spéciale » et « importante », car pour la première fois, la conférence des parties s’est fixé comme objectif d’aboutir à un accord « universel et contraignant » contre le réchauffement climatique. Bah oui, ce n’est pas comme si c’était la énième fois qu’on tentait de trouver un accord…

J’ai toujours été très sceptique par rapport aux prétendues négociations des conférences des parties. On se souvient de l’épisode douloureux de Copenhague en 2009 qui avait abouti à un échec cuisant des négociations :

Difficile d’aboutir à un consensus quand les pays riches refusent d’assumer leurs responsabilités et ne semblent pas encore prêts à délaisser leurs intérêts au profit d’un monde plus juste et durable. Difficile d’aboutir à un consensus dès lors que les décisions prises ne sont pas suivies d’engagements fermes et chiffrés.  C’est pourquoi les mouvements et initiatives de la société civile sont d’une importance capitale pour rappeler aux chefs d’Etats leurs responsabilités et leurs obligations.

L’injustice climatique est étroitement liée aux luttes sociales et raciales

C’est d’ailleurs en m’intéressant à la branche française du réseau militant américain 350.org pour une justice climatique mondiale que j’ai compris de quelles façons l’injustice climatique est étroitement liée aux luttes sociales et raciales. Ce mouvement a lancé un appel en septembre dernier intitulé « Nous réclamons la justice climatique » qui dénonce la mise à l’écart des citoyen/nes dans l’élaboration des politiques climatiques et leur mise en œuvre, mais aussi le capitalisme et l’impérialisme des pays occidentaux. Au-delà des remises en causes politiques et économiques, j’ai apprécié de voir que l’on abordait enfin la question du racisme dont on parle peu, mais qui est pourtant omniprésente dans le mouvement écologique. Dans l’appel on peut lire :

« Pas de justice climatique sous le système raciste : le discours sur le climat est monopolisé par des groupes où les personnes racisées* et/ou des quartiers populaires sont quasi absentes et invisibilisées. Cette situation conduit de fait à construire des réponses qui ne prennent pas en compte les premier·e·s impacté·e·s ».

*terme qui désigne les personnes (noires, arabes, roms, asiatiques, musulmanes, etc.) renvoyées à une appartenance (réelle ou supposée) à un groupe ayant subi un processus à la fois social et mental d’altérisation sur la base de la race. Les « racisé-e-s » sont celles et ceux qui appartiennent (réellement ou non) aux groupes ayant subi un processus de « racisation ». (Source : Etat d’Exception)

Citoyens de seconde zone

Dans un article intitulé En Seine-Saint-Denis, l’injustice climatique rejoint les luttes sociales et raciales, la journaliste Jade Lindgaard part à la rencontre de militants américains venus rencontrer les familles roms expulsées du bidonville du Samaritain en Seine-Saint-Denis en août dernier. Pour ces militants, on ne peut dissocier l’injustice climatique des luttes sociales et raciales. Aux Etats-Unis, on a bien plus conscience de l’intersectionnalité des luttes « c’est-à-dire les croisements entre demandes de justice sociale, d’action contre les discriminations, les violences policières, les expulsions de sans-papiers, et la conscience de la crise climatique ».  De nombreux mouvements populaires, les « grassroots », appellent à une justice sociale et climatique.

En France, les expulsions de Roms et de migrants participent de ce racisme systémique dans lequel les populations les plus pauvres sont les plus touchées. Dans l’article de Jade Lindgaard, le porte-parole du collectif La Voix des Roms Saimir Mile dénonce les aires d’accueil des Roms qui sont hautement polluées. Pour le porte-parole, « on ne peut prétendre lutter pour le climat sans prendre en compte les gens pauvres, rejetés et exclus.»

Les banlieues françaises sont également touchées par l’injustice climatique, comme le décrit le collectif Toxic Tour qui s’est lancé pour défi de parler du changement climatique dans les quartiers populaires. En Seine-Saint-Denis, dans un quartier construit en face de l’autoroute A1, les habitants sont exposés chaque jour aux concentrations atmosphériques d’ozone et de particules fines qui sont extrêmement  nocives pour la santé. C’est pour sensibiliser les habitants aux effets du dérèglement climatique et à la protection de l’environnement que ce collectif propose des « actions de désintoxication » dans les quartiers populaires. Différentes initiatives sont ainsi mises en place avec la participation des habitants comme des visites guidées et des actions de nettoyage des lieux pollués.

Les COP ont beaucoup à apprendre des initiatives de la société civile, car les citoyens sont les premiers impactés par les effets du changement climatique. La lutte pour le climat doit être collective et inclusive, tous les citoyens doivent pouvoir participer au débat. Exclure une partie des citoyens, c’est passer à côté des problématiques auxquels ils sont confrontés. Il ne suffit pas de réunir autour d’une table des experts déconnectés de la réalité, du quotidien, pour régler nos problèmes. On ne peut dissocier l’injustice climatique de l’injustice sociale, certaines personnes sont bien plus exposées aux conséquences du réchauffement climatique que d’autres. C’est un devoir pour chaque pays de proposer des solutions durables et efficaces pour lutter efficacement contre le réchauffement de la planète. Avec et pas sans nous.

Hawa, 23 ans, étudiante et blogueuse, Ile de France

Crédit P. Kroll

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