Réfugiés : un matin ordinaire à Paris, l’attente…

Refugies
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Chaque matin, des réfugiés attendent devant le local parisien de France Terre d’Asile. Leur espoir: une première rencontre avec l’association pour obtenir une attestation de domiciliation et lancer leur procédure de demande d’asile. C’est là que j’ai rencontré Abakar, un jeune Tchadien de 20 ans, au camp de réfugiés du Lycée Jean Carré. J’ai décidé de le suivre et l’aider dans ses démarches administratives. Un voyage qui débute au cœur de la nuit, dans une petite rue du 18e arrondissement de la capitale.

Posté devant le numéro 6 de la rue Doudeauville, parmi un groupe compact d’une soixantaine d’hommes et de femmes, Abakar, attend. Il est arrivé à Paris il y a une semaine et réside au camp du lycée Jean Quarré. La menace de Boko Haram et la misère d’une petite ville proche du Niger, Mao Kanem, l’ont poussé à tout quitter. Il me raconte son parcours : « Je suis parti de chez moi en 2013. J’ai traversé la Libye en guerre, puis j’ai pris un petit bateau avec 200 personnes à son bord pour arriver en Sicile où je suis resté un an dans un camp de réfugiés. Le pays me manque, j’ai du laisser ma mère là-bas, trop âgée pour ce voyage. Pour moi, c’était vivre ou mourir. »

Autour d’Abakar, chacun se réchauffe comme il peut. L’attente est longue et les membres se refroidissent rapidement. Assis sur le rebord de l’entrée d’une laverie voisine, recroquevillés, certains cherchent un léger sommeil. Sur ce morceau de trottoir, j’observe un fragment du monde. Des Erythréens, des Vietnamiens, des Chinois, des Afghans, des Syriens ou encore des Soudanais. Tous viennent pour obtenir une attestation de domiciliation postale qui leur permet de venir récupérer du courrier.

Lors de leur première rencontre avec France Terre d’Asile ils s’identifient et réobtiennent un rendez-vous auprès l’association afin de lancer la procédure. Une fois celle-ci terminée, une ou semaine plus tard en général, ils ont un rendez-vous pour enclencher la procédure de demande d’asile. Mais cela prend des mois avant l’admission au statut de réfugiés. Ils sont pourtant des milliers aujourd’hui à chercher le salut administratif. Indispensable pour accéder au logement et à l’emploi.

Dans le ciel, les lueurs bleutées du matin commencent à colorer les ténèbres. Les corps et les esprits s’éveillent. Une liste passe de main en main. Une trentaine de noms s’y inscrivent. Les premiers sont prioritaires. A l’arrière, Abakar et ses compagnons sont bien trop loin pour s’inscrire. La tension se fait sentir avant l’ouverture des portes de France Terre d’Asile. Dans la bousculade, quelques-uns essaient de se faufiler. « Nous allons pourtant tous passer », me dit Abakar, étonné de cette nervosité naissante.

Il est maintenant 9h30. Deux représentants de l’association laissent passer une première vague d’une dizaine de réfugiés. Dans la file, ça se pousse et se faufile afin de s’engouffrer. Dix minutes plus tard, une deuxième vague puis une troisième vont se suivre, toujours pleine de tension. Un peu plus loin derrière, Abakar attend toujours son tour. Un employé de France Terre d’asile vient prévenir : « C’est fini pour aujourd’hui, je suis désolé. Il faudra revenir demain. ». Faute de moyens et d’effectifs, l’association se soutien aux réfugiés ne peut rencontrer que trente personnes par jour. Abakar, lui, n’en revient pas. « On ne m’avait pas dit cela. Juste qu’il fallait arriver tôt à cause du monde et de l’attente », m’explique t-il, désabusé. « Je vais retourner au camp, mais c’est très difficile là-bas, il fait froid et nous avons peu à manger », me raconte t-il, la capuche toujours sur la tête. A Jean Quarré, ils sont environ cinq cents à attendre une solution administrative. Certains, par ailleurs, bloqués par la Règlement Dublin 3 qui stipule que les réfugiés qui ont donné leurs empreintes aux autorités dans un pays, dépendent de celui-ci pour faire une demande d’asile. Le plus souvent il s’agit du premier qui les a accueilli en Europe. Une fois en France, ils sont donc dans une impasse. Nous reviendrons avec Abakar le lendemain, à 4h30, avec l’espoir de faire partie des trente premiers.

Rudy Bourianne, 25 ans, étudiant en journalisme à Marseille, actuellement à Paris. 

Crédit photo Rudy Bourianne

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