Scène de gare, scène de méfiance quotidienne

zep-metro
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19h39. Le train vient d’entrer en gare.
Encore dans le wagon, j’enfile mon manteau et me fonds dans la foule des passagers pressés. Agglutinés les uns contre les autres, nous attendons dans le silence le plus total que les portes s’ouvrent. Malgré la proximité, tout le monde s’ignore. Chacun se contente de fixer les portes en prenant soin d’éviter le moindre contact.
3, 2, 1, partez ! Les portes s’ouvrent et la vague humaine jaillit sur le quai, comme éjectée de la machine. J’avance au rythme soutenu des autres voyageurs vers l’extérieur, pressée comme eux de m’échapper de cette foule où l’on se sent si seul.

Quand soudain… Un homme surgit de nulle part

C’est à ce moment-là que cela s’est passé. Devant moi, un couple de personnes âgées.
La dame cria, de loin, à son mari : « Gérard ! L’ascenseur ! Là ! » Trop tard, Gérard s’était déjà engagé dans les escaliers menant à la sortie, impossible de faire demi-tour. Agacé d’être pris au piège, il haussa les épaules et prit à deux mains sa grosse valise.
La suite de la scène se déroula à la vitesse grand V d’un TGV. Un homme surgit de nulle part. Ce grand monsieur d’origine probablement éthiopienne, à l’allure d’un SDF, coinça sa canette de bière sous le bras pour glisser sa main entre celles de Gérard, autour de la poignée de la grosse valise trop lourde. Le cœur de Gérard et le mien bondirent à l’unisson. Mais que faisait cet homme ?

J’essaie juste de vous aider

Très vite, je compris. Ce grand monsieur noir, à l’allure de SDF, avec sa bière à la main, souleva la valise et se cala au rythme de Gérard dans l’escalier. Un sourire timide éclaira son visage comme pour rassurer le grand-père. Comme pour dire : « Non monsieur, je n’essaie pas de vous voler. J’essaie juste de vous aider. »
Mais Gérard, malgré le poids de son bagage, tira violemment sur la poignée et fusilla l’autre du regard avant de s’enfuir en courant. J’observais abasourdie le grand monsieur s’en aller de son côté, à peine choqué par ce qui venait de se passer. Presque habitué.

Fin de l’histoire. J’ai quitté à mon tour la gare, le cœur serré de constater que la foule nous rend méfiants, froids et distants. Quand une main se tend pour nous aider, nous la toisons avec suspicion au lieu de la remercier. Mais si la main avait été blanche et avait porté une montre de grande marque, Gérard et moi aurions-nous réagi différemment ?

 

 

Marie, 19 ans, volontaire en service civique, Caen

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1 RÉACTION
  • fay 2 février 2015

    juste un petit mot pour dire que ton texte était très joliment écrit

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